Le grasset est une articulation complexe dans la patte du cheval, comparable au genou humain. Il joue un rôle clé dans la fonction globale et le soutien du membre postérieur.

L’articulation du grasset chez le cheval est composée d’os, de ligaments, de cartilage et de muscles qui travaillent ensemble pour permettre le mouvement et assurer la stabilité du cheval.

Un grasset bloqué, ou fixation proximale de la rotule (UFP), survient lorsque la rotule se coince temporairement sur le fémur (os de la cuisse). Cela entraîne un blocage du membre postérieur en position étendue, rendant difficile la flexion de la patte. [1][2][3]

Cette affection peut affecter considérablement la mobilité et le confort du cheval, se manifestant souvent par une raideur soudaine du membre postérieur, une difficulté à se déplacer ou un traînement du bout du pied.

Un grasset bloqué peut varier en gravité, allant de mouvements légers et maladroits à un blocage persistant pouvant nécessiter une intervention chirurgicale. En comprenant les causes, les symptômes et les options de traitement disponibles, les propriétaires et les soigneurs peuvent prendre des décisions éclairées pour gérer cette affection.

Anatomie de l’articulation du grasset chez le cheval

L’articulation du grasset du cheval est une structure importante du membre postérieur, avec une fonction similaire à celle du genou humain mais plus complexe. Elle agit comme une grande charnière, permettant un mouvement fluide et efficace tout en soutenant le poids du cheval et en maintenant la stabilité lors de diverses activités.

L’articulation du grasset comporte deux compartiments principaux : [3][4]

  • Articulation fémoro-patellaire (FP) : Zone où la rotule repose et glisse en douceur sur le fémur (os de la cuisse). Cette articulation permet à la patte du cheval de se plier et de se tendre efficacement, jouant un rôle essentiel dans la allure du cheval et l’amplitude de la foulée.
  • Articulation fémoro-tibiale : Zone où le fémur se connecte au tibia (os de la jambe).

L’articulation fémoro-tibiale est ensuite divisée en deux sections distinctes : [3][4]

  • Compartiment fémoro-tibial médial (MFT) : Partie interne de l’articulation où le fémur et le tibia se rejoignent du côté interne de la patte.
  • Compartiment fémoro-tibial latéral (LFT) : Partie externe de l’articulation où le fémur et le tibia se connectent du côté externe de la patte.

Ces deux compartiments fonctionnent ensemble pour soutenir le poids du corps du cheval et permettre un mouvement fluide du membre postérieur. Ils veillent à ce que les forces exercées pendant le mouvement soient réparties uniformément dans l’articulation.

L’appareil de soutien

L’appareil de soutien passif est un mécanisme anatomique unique chez le cheval qui lui permet de rester debout pendant de longues périodes avec un effort musculaire minimal, ce qui lui permet d’économiser de l’énergie. Ce système agit comme un « verrou » intégré pour les membres postérieurs, aidant à maintenir le cheval en position debout pendant le repos. [5][6][7]

L’appareil de soutien fonctionne de la façon suivante : [5][6][7]

  • Verrouillage de l’articulation du grasset : La patella (rotule) peut s’accrocher à une crête du fémur (os de la cuisse), verrouillant l’articulation du grasset en place. Cela est rendu possible par l’action des muscles quadriceps et des ligaments patellaires.
  • Stabilisation de l’articulation du jarret (tarse) : L’appareil réciproque relie les articulations du grasset et du jarret, ce qui assure également la stabilisation du jarret lorsque le grasset est verrouillé. Ce système implique le tendon fléchisseur digital superficiel et le muscle troisième fibulaire.
  • Soutien des articulations du boulet et du paturon : Le ligament suspenseur et les tendons fléchisseurs digitaux soutiennent les articulations du boulet et du paturon dans les membres postérieurs, empêchant l’hyperextension et maintenant la stabilité articulaire.

Pour libérer l’appareil de soutien, le cheval contracte ses muscles quadriceps, ce qui fléchit l’articulation du grasset et déplace la patella hors de sa crête de verrouillage sur le fémur. Cette action permet au grasset de se déverrouiller.

Blocage du grasset

Un blocage du grasset se produit lorsque la patella (rotule) reste coincée en position étendue sur le fémur (os de la cuisse), empêchant le mouvement normal de l’articulation. Il existe deux principaux types de blocage du grasset, ou fixation supérieure de la patella, chez le cheval : persistante et intermittente.

  • Fixation supérieure persistante de la patella : Survient généralement lorsque le cheval est au repos. Dans cette condition, la rotule demeure continuellement verrouillée au-dessus de la crête trochléaire médiale du fémur, ce qui fait que l’articulation du grasset reste en extension. Par conséquent, le membre postérieur atteint est incapable de se plier. Le membre peut se libérer soudainement, soit spontanément, soit après avoir été manipulé. [3]
  • Fixation supérieure intermittente de la patella : Survient de façon sporadique, souvent lorsque le cheval change d’allure ou tourne. Pendant ces épisodes, la patella semble s’accrocher au fémur distal lorsque la jambe avance, provoquant un mouvement inhabituel de la patella. Le membre atteint peut se projeter brusquement vers l’avant avant de se libérer. [2]

Une forme légère de blocage du grasset est une libération retardée de la patella pendant le mouvement, ce qui fait bouger la jambe du cheval de façon saccadée. Cela s’observe généralement lorsque le cheval ralentit. [1][2]

Symptômes

Les symptômes du grasset verrouillé sont tous liés au mouvement et à l’allure du cheval. Les symptômes spécifiques incluent : [1][3][8]

  • Membre postérieur étendu : Le membre postérieur atteint est souvent maintenu en extension, éloigné du corps, avec l’articulation du boulet fléchie. Cette position peut persister pendant des minutes, des heures, ou beaucoup plus longtemps, selon la gravité de l’affection.
  • Raideur et boiterie : Le cheval peut présenter une raideur marquée et une boiterie au niveau du membre atteint, surtout dans les cas chroniques.
  • Réticence à se déplacer : Une difficulté ou une hésitation à se déplacer est observée, notamment lors du démarrage ou des transitions entre les allures.
  • Allure saccadée ou anormale : Le cheval peut présenter une allure saccadée ou irrégulière, particulièrement visible au pas et lors des virages.
  • Libération soudaine du membre : Le membre peut se libérer brusquement avec un déclic ou un à-coup caractéristique, revenant à une position et une fonction normales.
  • Traînement du bout du pied : Le cheval peut traîner le bout du pied ou montrer des signes de traînement du membre atteint lors du mouvement en raison de la position anormalement étendue du membre.

Notez qu’un grasset verrouillé peut être unilatéral, affectant un seul membre postérieur, ou bilatéral, touchant les deux membres postérieurs simultanément.

Causes

La cause exacte d’un grasset verrouillé n’est pas complètement comprise, mais plusieurs facteurs sont connus pour contribuer à cette affection. Les chevaux ayant une faible masse musculaire ou une conformation des membres postérieurs excessivement droite peuvent être prédisposés à cette condition. [1][9]

Les lésions du grasset (notamment de l’articulation fémoro-patellaire) peuvent perturber la mécanique normale de l’articulation. Les dommages aux ligaments, aux tendons ou au cartilage autour de l’articulation peuvent nuire au mouvement fluide de la rotule. [1][3]

Certaines races, comme les poneys Shetland, sont plus fréquemment touchées, ce qui suggère une prédisposition héréditaire. Plusieurs chevaux d’une même lignée peuvent développer un grasset verrouillé, indiquant un possible lien génétique. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement les facteurs génétiques spécifiques impliqués. [1][2][3]

Les jeunes chevaux en début d’entraînement, encore en croissance et ne possédant pas une force musculaire suffisante, sont particulièrement sujets au verrouillage du grasset. [1][2][9]

Diagnostic

Le diagnostic des problèmes de grasset commence par un examen physique du cheval, une évaluation des symptômes et un historique médical. Pour provoquer et observer le verrouillage, le vétérinaire peut faire trotter le cheval lentement, le faire reculer ou lui faire effectuer des virages serrés. [2]

Le vétérinaire peut aussi tester manuellement la rotule en la forçant vers le haut et vers l’extérieur afin de vérifier s’il y a verrouillage. Une usure excessive de la pince due au traînement du pied, ainsi que l’imagerie diagnostique des articulations du grasset, peuvent aider à confirmer le diagnostic. [1][3]

Diagnostic différentiel

Lors du diagnostic d’un grasset verrouillé chez le cheval, les vétérinaires doivent le différencier d’autres affections pouvant présenter des symptômes semblables.

Les principaux diagnostics différentiels comprennent : [1][2][3][10][11][12][13]

  • Luxation coxofémorale : Une luxation de l’articulation de la hanche peut donner au membre postérieur un aspect étendu, semblable à celui observé lors d’un grasset verrouillé. Cependant, contrairement à un grasset verrouillé, la luxation coxofémorale entraîne généralement une boiterie plus sévère et davantage de difficulté à se déplacer. De plus, une luxation coxofémorale peut survenir secondairement à un grasset verrouillé. Il est suggéré que lorsque la rotule est verrouillée, le muscle quadriceps peut se contracter fortement dans une tentative de fléchir le grasset, ce qui pourrait entraîner une luxation de l’articulation de la hanche.
  • Ataxie légère du membre postérieur : Un manque de coordination peut causer des allures anormales et des difficultés de déplacement. Contrairement à un grasset verrouillé, l’ataxie affecte généralement l’équilibre et la coordination du cheval plutôt que de faire en sorte que le membre demeure fixé.
  • Stringhalt : Cette affection se caractérise par un mouvement exagéré et saccadé du membre postérieur, qui peut ressembler au mouvement brusque observé dans les cas plus légers de grasset verrouillé. Les chevaux atteints de stringhalt peuvent aussi présenter un traînement de la pince.
  • Arthrite : Les maladies dégénératives des articulations de la hanche ou du grasset peuvent causer de la raideur et de l’inconfort, ce qui peut être confondu avec les signes d’un grasset verrouillé. L’arthrite entraîne généralement un niveau de boiterie plus constant et peut montrer des changements articulaires à la radiographie.
  • Lésions des tendons ou des ligaments : Des dommages aux tendons ou aux ligaments autour du grasset ou du membre postérieur peuvent provoquer une boiterie et une altération du mouvement du membre.

Imagerie diagnostique

Dans les cas où le blocage est partiel ou lorsque le diagnostic est incertain, des examens d’imagerie diagnostique supplémentaires peuvent être nécessaires. Des techniques d’imagerie comme les radiographies ou l’échographie de l’articulation du grasset peuvent aider à exclure d’autres affections et à évaluer la structure de l’articulation. [3]

Traitement

Lors du traitement d’un cheval présentant un grasset bloqué, ou une fixation supérieure de la rotule (UFP), les vétérinaires envisagent à la fois des traitements conservateurs et des options chirurgicales.

Chaque approche présente ses propres avantages et considérations, selon la gravité de l’affection et le cheval concerné.

Gestion conservatrice

Les traitements conservateurs pour le grasset bloqué chez le cheval visent à gérer l’affection sans chirurgie. Pour les cas légers ou intermittents, l’augmentation d’un exercice contrôlé peut efficacement développer la force musculaire et améliorer la condition générale du cheval. Chez les jeunes chevaux ou ceux en croissance, la gestion implique généralement une surveillance attentive et de la patience, car l’affection se résout souvent avec la maturité. [3]

De plus, des contre-irritants comme des solutions à base d’iode peuvent être injectés dans les ligaments rotuliens afin de provoquer une inflammation contrôlée. Ce processus favorise la formation de tissu fibreux, ce qui peut rigidifier les ligaments, améliorer leur fonction et réduire la probabilité que la rotule se bloque. [8]

Le ferrage correctif et le parage jouent également un rôle en ajustant la façon dont le sabot interagit avec le sol. L’ajout d’un talon compensé à la ferrure peut améliorer le mouvement de l’articulation du grasset et réduire la tension dans le ligament rotulien, aidant ainsi la rotule à se déplacer plus librement. [1][2][14]

Chirurgie

Cette section contient des descriptions détaillées de procédures chirurgicales pouvant être sensibles pour certains lecteurs

Lorsque les traitements conservateurs échouent et qu’un diagnostic définitif est posé, la chirurgie est indiquée. La desmotomie du ligament rotulien médial (MPD) est une intervention chirurgicale utilisée pour corriger les cas graves de grasset bloqué chez le cheval. L’intervention vise à libérer la rotule et à rétablir un mouvement normal de l’articulation du grasset. [1][3]

Sous sédation debout et anesthésie locale, une petite incision est pratiquée au-dessus du ligament rotulien médial. Le chirurgien sectionne soigneusement le ligament, permettant à la rotule de se déplacer librement et empêchant son blocage sur la crête du fémur. L’incision est ensuite suturée et bandée. [14]

Malheureusement, la chirurgie MPD peut entraîner plusieurs complications. Les problèmes à long terme peuvent inclure une instabilité de l’articulation fémoro-patellaire, ce qui peut entraîner de l’arthrose, de l’inflammation et des problèmes ligamentaires, pouvant provoquer une boiterie persistante. Les complications à court terme impliquent souvent un gonflement et de la douleur. [1][3][9]

Les cliniciens recommandent maintenant au moins deux mois de repos au box après une chirurgie MPD afin d’assurer une guérison adéquate, de prévenir les complications et de soutenir une réadaptation efficace. Cette période de repos permet au site chirurgical de récupérer complètement et réduit le risque de complications telles que l’instabilité articulaire. [2][3]

Pronostic

Le pronostic pour les chevaux atteints d’un grasset bloqué est généralement positif lorsque la condition répond bien au traitement conservateur. Les cas légers se résolvent souvent sans causer de problèmes à long terme, puisque de nombreux jeunes chevaux surmontent la condition en mûrissant. [3]

Cependant, les chevaux présentant des cas graves nécessitant une chirurgie ont généralement un pronostic plus réservé. Bien que la récidive du grasset bloqué après une chirurgie soit rare, la chirurgie MPD peut entraîner des complications à court et à long terme, et les résultats de récupération peuvent varier d’un cheval à l’autre.

Des soins postopératoires efficaces sont essentiels pour améliorer la récupération et les résultats globaux. [2][3]

Questions Fréquemment Posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur le blocage du grasset chez les chevaux :

 

Résumé

Le blocage du grasset, ou fixation supérieure de la rotule, survient lorsque la rotule du cheval reste coincée sur le fémur, ce qui bloque la jambe en position étendue.

  • La cause de cette affection n’est pas entièrement comprise, mais une composante génétique est suggérée
  • De nombreux chevaux se débarrassent de cette affection à mesure que leur corps mûrit et qu’ils développent de la force et du conditionnement dans les jambes et les articulations
  • La prise en charge conservatrice comprend de l’exercice contrôlé, du repos et des injections ciblées pour stimuler la croissance du tissu fibreux
  • Une correction chirurgicale est nécessaire dans les cas graves, mais comporte un risque de complications secondaires
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Références

  1. Tnibar, A. Treatment of Upward Fixation of the Patella in the Horse: An Update. Equine Veterinary Education. 2010.
  2. Boswell, J.C. Intermittent Upward Fixation of the Patella and Delayed Patella Release in Horses. MSD Veterinary Manual. 2015.
  3. Adair, S. et al. Patella: Upward Fixation in Horses (Equis). Vetlexicon.
  4. Fowlie, J.G. et al. Chapter 101 - Stifle. In: Equine Surgery (Fifth Edition). W.B. Saunders. 2019.
  5. Gussekloo, S.W.S. et al. Effect of Differences in Tendon Properties on Functionality of the Passive Stay Apparatus in Horses. AJVR. 2011. View Summary
  6. Schuurman, S.O. et al. The Equine Hind Limb Is Actively Stabilized during Standing. Journal of Anatomy. 2003. View Summary
  7. Glossary - Passive Stay Apparatus. FEI Campus.
  8. Brown, M.P. et al. The Effects of Injection of an Iodine Counterirritant into the Patellar Ligaments of Ponies: Application to Stifle Lameness. Journal of Equine Veterinary Science. 1983.
  9. Peitzmeier, M.D. et al. Outcome of Medial Patellar Ligament Desmoplasty for Treatment of Intermittent Upward Fixation of the Patella in 24 Horses (2005–2012). Can Vet J. 2015. View Summary
  10. Ludwig, E.K. and Byron, C.R. Femoral Head Ostectomy and Medial Patellar Ligament Desmotomy to Treat a Pregnant Miniature Horse with Coxofemoral Joint Luxation and Upward Fixation of the Patella. Can Vet J. 2017. View Summary
  11. Clegg, P.D. and Butson, R.J. Treatment of a Coxofemoral Luxation Secondary to Upward Fixation of the Patella in a Shetland Pony. Vet Rec. 1996. View Summary
  12. Hwang, H. et al. Epidemiological Investigation of Equine Hindlimb Ataxia with Setaria Digitata in South Korea. J Vet Sci. 2022. View Summary
  13. Neurological Examination in the Horse. UC Davis Veterinary Medicine. 2014.
  14. Dumoulin, M. et al. Upward Fixation of the Patella in the Horse - A Retrospective Study. Veterinary and Comparative Orthopaedics and Traumatology: V.C.O.T. 2007. View Summary