Les chevaux peuvent souffrir d’un certain nombre de troubles dentaires différents au cours de leur vie, qui nuisent à leur capacité à mastiquer et à digérer la nourriture.
Si on les néglige, ces problèmes peuvent affecter la santé, l’état de chair, le comportement et le rendement du cheval. C’est pourquoi l’examen périodique des dents par un vétérinaire ou un dentiste équin expérimenté est si important.
Aux États-Unis, les troubles dentaires sont le troisième problème médical le plus fréquent que rapportent les pratiques qui prennent en charge les grands animaux.
Malheureusement, les études post mortem révèlent une forte incidence de troubles dentaires non diagnostiqués chez les chevaux, des pathologies qui s’avèrent significatives du point de vue clinique. [1] Cela signifie que de nombreux équidés ne bénéficient pas des soins dentaires dont ils ont besoin.
Dans cet article, nous abordons un certain nombre de troubles dentaires fréquents dont souffrent les chevaux, ainsi que leurs symptômes et leur traitement.
Les soins dentaires équins
Les publications dentaires équines existaient déjà en l’an 600 av. J.-C. En l’an 330 av. J.-C., on estimait couramment l’âge des chevaux en examinant leur dentition.
Toujours aux environs de cette période, on a consigné les effets de la maladie parodontale et recommandé des traitements.
Depuis lors, les connaissances dentaires équines ont progressé lentement. Ce n’est que dans les années 1600 que la technique pour éliminer les surdents tranchantes sur l’arcade des dents jugales supérieures s’est répandue. [2]
À ce jour, les recherches publiées sur la prévalence des pathologies dentaires équines demeurent limitées. Néanmoins, on a développé récemment certaines techniques de diagnostic.
Par conséquent, on reconnaît de plus en plus que les maladies dentaires équines sont un problème à grande échelle qui a des conséquences importantes sur le bien-être des chevaux. [3]
De nos jours, la dentisterie équine représente une bonne partie de la pratique vétérinaire. En effet, les vétérinaires pour grands animaux passent jusqu’à 10 % de leur temps à prodiguer des soins dentaires. [3]
Quelle est votre priorite numero un pour la sante de votre cheval?
La dentition du cheval
Pour comprendre certains des troubles dentaires qui touchent le plus souvent les chevaux, il faut d’abord en savoir plus sur leur dentition en général.
Illustration: Dr. Ana Mesa, PhD Légende :
Molars : Molaires
Pre-molars : Prémolaires
Canines : Canines
Incisors : Incisives
Contrairement à nous, les chevaux ont des dents hypsodontes à couronne haute. Une partie de la couronne hypsodonte demeure dans l’os de la mâchoire après l’éruption des dents du cheval et ces dernières continuent de pousser jusqu’à un âge avancé.
Il s’agit probablement d’une adaptation qui permet au cheval d’avoir suffisamment de matériau dentaire pour amortir l’usure des dents pendant sa longue vie qui requiert un apport important de matière végétale. [4]
Les chevaux possèdent au total entre 36 et 42 dents, selon leur sexe et la formation de « dents de loup ». Ces dernières ne sont pas toujours présentes. À l’avant de la bouche se trouvent six incisives supérieures et inférieures qui sont profondément enracinées. Ces dents servent à saisir et à arracher l’herbe et d’autres plantes.
Les dents jugales
Les dents jugales sont les molaires et les prémolaires qui se trouvent à l’intérieur des joues. Elles broient l’herbe et le foin pour les préparer à leur entrée dans le système digestif. Les chevaux possèdent 12 prémolaires et 12 molaires divisées en une arcade supérieure et une arcade inférieure situées des deux côtés de la cavité buccale.
Ces dents émergent d’un seul bloc très serré et agissent à l’unisson pour broyer les aliments.
Les canines ou crochets
Les crochets sont des canines qui émergent entre l’âge de 4 et 5 ans. Ils poussent à la fois sur le maxillaire et la mandibule, entre les incisives et les dents jugales.
Ce sont principalement les hongres et les étalons qui ont des crochets. Elles servent aux chevaux sauvages à combattre les autres mâles. Les juments ont parfois des canines, mais ces dernières sont généralement moins développées.
Les dents de loup
Les dents de loup sont de petites dents que certains chevaux développent entre l’âge de 6 et 18 mois. Elles poussent devant les premières dents jugales supérieures et tombent souvent lorsque le cheval atteint l’âge de trois ans.
Il n’est pas rare cependant que les vétérinaires choisissent de les extraire, car elles peuvent nuire à l’action normale du mors et causer de la douleur ou des lésions aux tissus. [5]
Les symptômes de troubles dentaires chez les chevaux
De nombreux chevaux ne présentent aucun symptôme de troubles dentaires. Cependant, les dents cassées ou irrégulières peuvent causer un manque d’appétit, une perte de poids ou une diminution générale de l’état de chair.
Parmi les autres signes de troubles dentaires chez les chevaux, on retrouve ceux qui suivent :
- de la difficulté ou la lenteur à manger;
- la réticence à boire de l’eau froide;
- un port de tête incliné en mangeant;
- une salivation excessive;
- la présence de mucus teinté de sang dans la bouche;
- une mauvaise haleine;
- la réticence à accepter le mors;
- le cheval monté qui encense ou qui bat à la main;
- les défenses à l’entraînement.
Des caries dentaires et une infection étendues peuvent mener à une sinusite et à un écoulement occasionnel qui provient d’un seul naseau. L’infection peut d’autre part provoquer l’enflure de la face ou de la mâchoire. [6]
Bien que n’importe quel cheval puisse développer des troubles dentaires, les animaux âgés sont plus enclins à souffrir de ce type de pathologie.
Les troubles de développement de la dentition
À mesure que les jeunes chevaux grandissent et se développent, des problèmes tels que le surplomb horizontal, aussi appelé brachygnathie inférieure ou « bec de perroquet » peuvent apparaître. On parle alors d’un cheval bégu. Inversement, la brachygnathie supérieure ou « bouche de bouledogue » est une autre anomalie du développement.
La brachygnathie inférieure ou bec de perroquet :
La brachygnathie mandibulaire ou inférieure est la malformation congénitale buccale la plus fréquente. Dans ce cas, les dents de la mâchoire supérieure avancent anormalement au-delà de celles de la mâchoire inférieure. Cette anomalie peut être le résultat d’une exposition à des toxines pendant la gestation de la jument ou il peut s’agir d’un trait héréditaire.
La brachygnathie supérieure ou bouche de bouledogue :
La brachygnathie maxillaire ou supérieure est moins commune chez les chevaux. Dans ce cas, les dents de la mâchoire inférieure se prolongent au-delà de celles de la mâchoire supérieure. Ces deux malformations peuvent nuire à la mastication des aliments. [7]
Les dents surnuméraires :
Des dents surnuméraires, une affection connue sous le nom de polyodontie, peuvent aussi se développer. Il peut s’agir d’une rangée double d’incisives ou encore de dents jugales excédentaires. [6]
Parmi les autres anomalies du développement, on compte les dents jugales de la mâchoire supérieure qui poussent devant celles de la mâchoire inférieure. Cet écart peut entraîner la pousse excessive de certaines dents et le développement de la maladie parodontale dans les interstices anormaux (les diastèmes) qui se forment entre les dents déplacées et les dents normales. [7]
La chute des dents de lait :
La chute des dents de lait (les dents lactéales) peut irriter la bouche du jeune cheval. Les dents de lait déchaussées, déplacées ou cassées peuvent engendrer des problèmes de mastication. [6]
La rétention des coiffes :
Les coiffes sont des dents de lait qui restent fixées aux dents définitives. Elles peuvent être extrêmement tranchantes et entailler la joue ou la langue, ou encore interférer avec l’alimentation. Il faut donc extraire les coiffes qui ne tombent pas d’elles-mêmes.
L’éruption anormale de dents définitives :
L’éruption anormale de dents définitives survient habituellement à la suite d’un traumatisme à la tête ou à la mâchoire. Dans de tels cas, le bourgeon de la dent permanente peut avoir subi une fracture ou des dommages durant le processus de réparation. L’éruption tardive ou l’impaction des dents jugales est une cause fréquente d’inflammation osseuse et de carie dentaire. [6]
Les dents définitives peuvent d’autre part émerger au mauvais endroit si les autres dents sont trop serrées. [6]
La carie dentaire
Tout comme les humains, les chevaux peuvent développer des caries. Les caries réfèrent à la dégradation ou à la destruction du tissu dentaire par des bactéries présentes dans la cavité buccale. [8]
Les bactéries buccales sécrètent des acides qui érodent l’émail des dents du cheval. Cette érosion provoque la déminéralisation et accélère l’usure des dents. [8][9]
Il existe deux principaux types de caries chez le cheval : les caries périphériques et les caries infundibulaires.
Les caries périphériques :
Les caries périphériques se forment sur les côtés des dents jugales. [9] Une étude menée sur 500 chevaux d’Australie-Occidentale a constaté des caries périphériques chez 58,8 % des sujets examinés. [10]
Les caries périphériques ne sont normalement pas à l’origine de troubles graves, mais si on les néglige, elles peuvent conduire à des fractures et à la maladie parodontale.
L’ensilage et de grandes quantités d’aliments transformés à base de maïs sont liés à un risque accru de formation de caries périphériques. Un meilleur accès au pâturage de qualité et une alimentation à base de foin de graminées semblent protéger le cheval contre ces caries. [10]
Les caries infundibulaires :
Les caries infundibulaires se développent dans l’infundibulum, soit à la surface des dents jugales maxillaires qui broient les aliments. [11]
Une étude menée sur 706 chevaux britanniques a révélé que 45,5 % d’entre eux présentaient des caries infundibulaires. Les chevaux âgés étaient plus souvent touchés. [12]
La maladie parodontale
On sait depuis des siècles que les chevaux souffrent de maladie parodontale. Les auteurs anciens la décrivaient comme « le fléau de la bouche du cheval ».
Cette maladie provoque l’inflammation des structures qui supportent les dents du cheval, y compris les gencives, les ligaments parodontaux et les os sur lesquels repose la dent. [13]
Contrairement à la parodontopathie chez l’humain, on considère presque toujours que la maladie parodontale équine est un mécanisme pathologique secondaire. Les chercheurs pensent qu’elle découle de troubles physiques et mécaniques qui affectent la pousse des dents, de problèmes d’éruption ou de troubles liés à l’usure.
La seule exception est la forme souvent bénigne de la maladie qui touche les canines. [14]
Malheureusement, les études ont montré que la maladie parodontale est fréquente chez les chevaux et qu’elle affecte jusqu’à un tiers de la population équine. [15]
Il existe deux formes principales de maladie parodontale : la gingivite et la parodontite.
La gingivite :
La gingivite se caractérise par l’inflammation ou la récession des gencives, mais sans perte de l’appareil de fixation de la dent. [13]
Les chevaux atteints de gingivite peuvent développer des saignements, des rougeurs et une enflure des gencives. [16] La gingivite peut entraîner la formation de poches, l’ulcération et la destruction du cément dentaire. [15]
Le cément dentaire est le matériau calcifié qui recouvre l’extérieur de la racine dentaire. Il sert de point de fixation aux ligaments parodontaux qui retiennent la dent à l’os alvéolaire à l’intérieur de l’alvéole.
La gingivite précède toujours la parodontite, mais tous les cas de gingivite ne conduisent pas nécessairement à une pathologie plus grave. On peut guérir la gingivite grâce à un traitement approprié. [13]
La parodontite :
En revanche, la parodontite attaque les structures plus profondes qui supportent les dents. Elle endommage l’os et le ligament parodontal environnants. Elle provoque souvent la chute des dents.
La maladie parodontale s’accompagne fréquemment de la présence de diastèmes des dents jugales, qui sont des intervalles entre les dents. [13]
La maladie parodontale équine débute ordinairement par une rétention d’aliments, la formation de diastèmes et l’inflammation gingivale. Elle se poursuit avec la formation de poches parodontales.
Ce processus peut provoquer le détachement des fibres qui soutiennent les dents. On diagnostique souvent la maladie parodontale à un stade avancé qui requiert alors l’extraction des dents touchées. [15]
On observe parfois une parodontite bénigne et temporaire autour des dents jugales permanentes lorsqu’elles commencent à émerger. Celle-ci représente rarement un problème. Elle se résout d’elle-même une fois que les dents sont complètement sorties. [13]
Les facteurs de risque
Les chercheurs ont constaté que l’apparition initiale des caries dentaires s’accompagne également de changements au sein des populations de bactéries buccales. Il en résulte la croissance d’un grand nombre d’organismes pathogènes qui déclenchent une réaction inflammatoire et endommagent les tissus. [17]
Les études ont découvert plusieurs autres facteurs intéressants liés à la maladie parodontale chez les chevaux, notamment ceux qui suivent :
- Les étalons sont beaucoup moins enclins à souffrir de maladie parodontale que les juments et les hongres.
- Les régimes alimentaires riches en foin haussent l’incidence de carie dentaire périphérique, alors qu’un meilleur accès au pâturage semble être un facteur de protection. [2]
Lorsque le cheval mange des aliments plus souples, par exemple de l’herbe fraîche, ses déplacements mandibulaires sont plus amples et il broie la nourriture en effectuant un mouvement circulaire plutôt que de l’écraser.
Ce mouvement fait en sorte que les aliments ont beaucoup plus de contact avec les tissus mous. Le cheval sécrète alors une grande quantité de fluide gingival et de salive. Tout cela contribue à prévenir la carie et la maladie parodontale. [17]
Lorsque les chevaux mangent des aliments plus durs comme le foin et les concentrés de céréales, l’amplitude de mouvement de la mâchoire est moindre et la carie dentaire est plus susceptible de se développer. De plus, les aliments secs absorbent une partie de la salive, ce qui diminue son efficacité dans le mécanisme digestif.
En outre, le cheval ingère ces aliments plus rapidement, ce qui entraîne une diminution de la sécrétion de fluide gingival et de salive, et par conséquent, fait en sorte que les aliments passent plus de temps à se décomposer dans la cavité buccale. [17]
Une haleine fétide (l’halitose) est souvent le symptôme d’un cheval atteint de maladie parodontale et de carie dentaire. [7] Les autres signes incluent la chute de nourriture en mangeant et de la difficulté à s’alimenter. Ces symptômes peuvent toutefois être subtils et passent facilement inaperçus. [16]
Les diastèmes ou espaces interdentaires
Le diastème est un interstice entre les dents. Ces espaces se forment le plus souvent entre les dents jugales, mais on les trouve parfois entre les incisives. Les diastèmes peuvent être congénitaux ou ils peuvent avoir d’autres causes.
Les chercheurs ont découvert une forte corrélation entre la maladie parodontale et les diastèmes. [1][15]
Il existe deux types de diastèmes : ouverts et valvulaires. Le diastème ouvert a la même largeur de haut en bas. Le diastème valvulaire a une ouverture étroite en haut et un espace plus grand au niveau des gencives. [2]
Un diastème ouvert permet aux aliments de s’échapper avec peu ou pas de prolifération bactérienne et ne cause pas la maladie parodontale. En revanche, le diastème valvulaire retient les aliments et mène à la parodontopathie. [2]
Les chevaux âgés sont plus susceptibles d’avoir au moins un diastème, mais ces espaces peuvent se former chez les jeunes animaux pour les raisons suivantes : [13]
- des bourgeons dentaires trop serrés ou déplacés;
- des bourgeons dentaires qui se développent trop éloignés les uns des autres;
- une angulation insuffisante des dents qui se trouvent très en avant et très en arrière; ou
- un cément périphérique insuffisant dans les espaces interdentaires.
La recherche des diastèmes requiert normalement un miroir dentaire ou un endoscope oral. La palpation des marges entre les dents peut révéler la présence d’espaces interdentaires ou d’aliments séquestrés. On peut nettoyer les diastèmes au moyen d’un explorateur dentaire muni d’une longue tige ou d’un dispositif de lavage intraoral à haute pression. [13]
Le traitement des diastèmes peut s’avérer ardu et aucun traitement curatif n’existe actuellement. Certains vétérinaires suggèrent de combler les diastèmes nettoyés avec du matériau d’empreinte dentaire. Cette procédure peut les sceller temporairement et donner au tissu gingival le temps de guérir.
Les propriétaires peuvent par ailleurs baigner la bouche du cheval avec une solution de sel ou de chlorhexidine diluée. Ce soin pourrait aider à diminuer la probabilité d’apparition d’une maladie parodontale secondaire. [13]
Les dents fracturées
Les dents fracturées sont un autre trouble dentaire fréquent chez les chevaux. Elles sont plus prévalentes plus chez les mâles que chez les femelles et peuvent être la conséquence d’un traumatisme à la bouche. [7]
Les fractures des dents jugales peuvent se produire sans traumatisme. On appelle ce type de lésion « fracture idiopathique des dents jugales ». Elles touchent surtout les dents jugales maxillaires, c’est-à-dire les dents supérieures. Une étude a montré que 25 % d’entre elles étaient atteintes d’une pathologie dentaire chronique avant la fracture. [18]
Les dents fracturées peuvent séquestrer de la nourriture et causer des douleurs buccales, la chute de nourriture en mangeant et une perte d’appétit. Le cheval peut éprouver des difficultés à accepter le mors ou battre à la main lorsqu’on le monte. Elles peuvent aussi causer un écoulement nasal unilatéral et l’enflure de la face.
La perte spontanée ou l’extraction des fragments déplacés ou déchaussés élimine normalement la douleur. [18]
Les troubles liés à l’usure
Un mauvais alignement des dents, des arcades dentaires inégales ou une mécanique du cycle de mastication anormale peuvent engendrer la formation de surdents ou de pics dentaires. [4] On pense néanmoins que de nombreux troubles liés à l’usure proviennent de facteurs alimentaires liés à la domestication.
Si on les néglige, ces troubles peuvent s’aggraver et conduire à des problèmes de dents jugales ou à la maladie parodontale généralisée. [7]
Les surdents :
Le trouble dentaire équin le plus fréquent est la formation de surdents sur le bord extérieur des dents jugales de l’arcade maxillaire (supérieure) et le bord intérieur des dents jugales de l’arcade mandibulaire (inférieure).
Cette usure inégale forme des surdents tranchantes aussi appelées pointes d’émail. Ces saillies coupantes peuvent lacérer la langue ou les joues en plus de nuire à la mastication. [7]
Les pics dentaires :
Les pics dentaires sont des excroissances qui se forment généralement sur les deuxièmes prémolaires supérieures et les dernières molaires chez les chevaux qui présentent des anomalies d’occlusion, c.-à-d. une brachygnathie supérieure ou inférieure. Les régimes composés principalement de foin, qui est moins abrasif que l’herbe fraîche, peuvent par ailleurs favoriser l’apparition des pics dentaires. [4]
Les mâchoires croisées :
Les mâchoires croisées sont rares chez les chevaux. Elles peuvent toutefois se produire lorsque la table des dents jugales devient fortement inclinée. L’arcade intérieure des dents est alors beaucoup plus haute ou plus basse que l’arcade extérieure. Les mâchoires croisées entravent gravement la mastication et la digestion. Elles donnent souvent lieu à une perte de poids.
Les scientifiques ont émis plusieurs théories différentes sur la cause des mâchoires croisées. Certains chercheurs pensent qu’elles pourraient découler d’un manque de râpage des pointes d’émail tranchantes qui peuvent engendrer des mouvements de mastication anormaux. [19]
Le décalage antéro-postérieur :
Le décalage antéro-postérieur est un mauvais alignement des dents qui ressemble à une vague vue de côté. Il s’agit aussi de l’une des principales causes de maladie parodontale.
Un certain nombre de facteurs peuvent causer le décalage antéro-postérieur, notamment la rétention des dents de lait, l’hérédité (en particulier chez les chevaux miniatures), la brachygnathie ou le manque de soins dentaires sur une longue période. [6][20]
Les dominances :
Les dominances sont une pathologie similaire qui apparaît lorsqu’une dent jugale devient plus longue que les autres. Cela se produit souvent lorsque la dent opposée est cassée ou manquante, et que l’usure de la table dentaire devient inégale. [6]
Tout comme les mâchoires croisées, on peut normalement prévenir le décalage antéro-postérieur et les dominances en prodiguant régulièrement des soins dentaires au cheval. En revanche, une fois que l’irrégularité s’est aggravée, les interventions dentaires ne réussissent plus à rectifier complètement le problème. [6]
Les comportements stéréotypés tels que le tic à l’appui et le tic en l’air peuvent d’autre part mener à une usure excessive des incisives. Dans les cas graves, le cheval peut raser ses incisives presque complètement. [21]
Les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) chez les chevaux
Les troubles de l’ATM (l’articulation temporo-mandibulaire) sont rarement découverts chez les chevaux en raison de la difficulté du diagnostic, et non pas de la prévalence réelle de ces pathologies.
On peut poser un diagnostic définitif de trouble de l’ATM en procédant à une anesthésie intrasynoviale de l’ATM touchée. [21] L’imagerie de l’ATM est complexe, mais les radiographies, les échographies, la scintigraphie et la tomodensitométrie peuvent être utiles dans certains cas. [21]
Les symptômes associés aux troubles de l’ATM chez les chevaux incluent ceux qui suivent :
- une diminution de l’amplitude du mouvement mandibulaire;
- une préférence pour la mastication du côté sain, ce qui peut mener aux mâchoires croisées;
- une distension de l’articulation et une enflure osseuse au-dessus de l’articulation touchée; et
- l’atrophie des muscles de la mâchoire dans les cas chroniques.
Les chevaux âgés et les troubles dentaires
Les chevaux gériatriques souffrent des mêmes anomalies d’usure que les animaux plus jeunes, mais elles sont habituellement à un stade plus avancé. Les dominances, le décalage antéro-postérieur et les mâchoires croisées sont notamment plus fréquents chez les chevaux âgés.
Les surdents peuvent aussi être instables, se déplacer ou tomber.
Le risque de développer la maladie parodontale et un diastème augmente après l’âge de 15 ans. Les chevaux qui vieillissent subissent des modifications du contact occlusal qui peuvent contribuer à l’apparition de nouveaux problèmes tels que le décalage antéro-postérieur ou les diastèmes, ou encore aggraver les troubles dentaires existants. [1][20]
Le cheval « hors d’âge » :
Chez les chevaux âgés dits « hors d’âge », les dents sont souvent rasées et la table dentaire est lisse. L’émail et la dentine s’usent alors en même temps et les dents ne peuvent plus broyer efficacement les aliments.
En outre, la table dentaire lisse peut être le résultat d’un râpage trop agressif. Le cheval aura alors besoin de manger des purées molles et du foin haché mouillé. [20]
Les animaux âgés qui souffrent de troubles dentaires ont tendance à bien se porter pendant les mois d’été tant que l’herbe est disponible, mais ils peuvent pâtir durant l’hiver lorsqu’on les nourrit avec du foin.
Une solution de rechange consiste à leur donner du foin haché ou des cubes de graminées, ou encore des moulées complètes ou des granulés spécialement conçus pour les chevaux qui ont des problèmes dentaires. Le trempage des aliments est nécessaire pour éviter les obstructions de l’œsophage. [20]
La résorption dentaire odontoclastique et l’hypercémentose équines :
Les chevaux âgés peuvent développer une forme grave de maladie parodontale des incisives connue sous le nom de résorption dentaire odontoclastique et hypercémentose équines (EOTRH en anglais). Chez le cheval atteint de ce trouble, les lésions résorbables s’étendent à l’émail des dents, à la dentine et au cément. Elles mènent à la perte de l’architecture dentaire normale. [20]
Le traitement privilégié pour soigner cette pathologie consiste à extraire les dents malades. La plupart des chevaux récupèrent bien après l’extraction et retrouvent une qualité de vie normale. [21]
La prévention et le traitement des troubles dentaires équins
On ne saurait trop insister sur l’importance de faire examiner régulièrement la dentition du cheval par un vétérinaire ou un dentiste équin qualifié pour prévenir et traiter les troubles dentaires.
Le râpage des dents
La prophylaxie dentaire (le râpage) sert à éliminer les arêtes vives, ainsi qu’à entretenir une table dentaire et une occlusion normales. On procède habituellement en mettant le cheval sous sédation ou à l’aide d’un moyen de contention simple. [6]
Les jeunes chevaux, soit ceux qui ont entre deux ans et demi et cinq ans environ, ont besoin d’un râpage deux fois par an pendant l’éruption de leurs dents définitives, puis aussi souvent que nécessaire par la suite. Ceux qui mangent du foin toute l’année ont probablement besoin d’au moins deux examens buccaux annuels ainsi que de soins préventifs. [6]
La plupart des soins dentaires équins se concentrent sur la correction des anomalies d’occlusion qui peuvent donner naissance à des problèmes d’alimentation et de comportement.
Un deuxième objectif important de la dentisterie équine vise l’extraction des dents déciduales (les dents de lait). Ces dents peuvent émerger incorrectement lorsqu’elles subissent la poussée des dents permanentes. Elles engendrent alors des problèmes de comportement et d’alimentation. Le cheval peut aussi refuser la bride et le contact du mors. [5]
Le traitement des poches parodontales varie en fonction des besoins de chaque dent. On peut éliminer le cément dégradé à l’aide d’une fraise à grande vitesse. On peut retirer l’épithélium sulculaire décomposé à l’aide d’instruments manuels ou d’une fraise à grande vitesse. [17]
Les extractions
Des extractions dentaires sont parfois nécessaires pour retirer les dents cariées. On peut fréquemment les faire en mettant le cheval sous sédation. Cependant, dans certains cas, on doit procéder à une anesthésie générale. [6]
Dans le cas des chevaux âgés, il faut tenir compte des maladies cardiaques et des troubles orthopédiques lors de la sédation ou de la contention de l’animal pendant les examens dentaires. Ces animaux peuvent être plus sensibles aux agents sédatifs d’usage courant, de sorte qu’il peut être nécessaire de leur administrer une dose plus faible.
Le principal but des soins dentaires gériatriques est d’assurer le confort buccal du cheval, d’améliorer le contact occlusal lorsque c’est possible et d’optimiser la mastication. [22]
Si le cheval est confronté à des troubles dentaires, il peut avoir besoin d’un régime alimentaire adapté pour garantir qu’il puisse digérer et absorber les nutriments dans son alimentation.
Nos nutritionnistes peuvent vous aider à concevoir un régime alimentaire pour les chevaux qui souffrent de troubles dentaires. Transmettez-nous les renseignements au sujet de votre cheval en ligne pour obtenir une évaluation sans frais.
Questions fréquemment posées
Voici quelques questions fréquemment posées sur la santé dentaire équine :
Les problèmes dentaires chez les chevaux peuvent provoquer une alimentation lente, une perte de nourriture pendant la mastication, une inclinaison de la tête, une perte de poids, une mauvaise haleine, de la salivation ou une réticence à accepter le mors. Certains chevaux présentent également des secousses de tête pendant le travail monté, une résistance à l'entraînement ou de la difficulté à boire de l'eau froide. Les infections dentaires plus graves peuvent provoquer un gonflement du visage ou de la mâchoire, ou un écoulement d'une seule narine.
Les chevaux ont besoin d'examens dentaires réguliers réalisés par un vétérinaire expérimenté ou un dentiste équin afin de détecter les problèmes avant qu'ils n'affectent l'alimentation, le confort ou la performance. Les jeunes chevaux âgés d'environ 2 ans et demi à 5 ans ont souvent besoin de vérifications deux fois par année pendant l'éruption des dents adultes. Les chevaux qui consomment du foin toute l'année peuvent également bénéficier d'au moins deux examens buccaux par année.
Le flottement des dents chez un cheval consiste à limer les pointes d'émail tranchantes et à réduire les bords dentaires inégaux qui peuvent blesser les joues ou la langue. Un vétérinaire ou un professionnel qualifié en dentisterie équine utilise souvent une sédation, un spéculum et des outils spécialisés pour atteindre les zones problématiques en toute sécurité. Un flottement régulier peut favoriser une mastication plus confortable et permettre une détection précoce de la carie, des dents mobiles ou d'une usure anormale.
Les problèmes dentaires peuvent provoquer une perte de poids lorsque la douleur, l'usure inégale, les dents manquantes ou une infection rendent la mastication moins efficace. Les chevaux peuvent laisser tomber leur nourriture, mâcher lentement, éviter certains aliments ou ne pas broyer suffisamment le foin pour une digestion normale. Les chevaux âgés sont particulièrement sujets aux modèles d'usure avancés et peuvent avoir besoin de cubes trempés, de foin haché ou d'aliments granulés pour maintenir leur condition corporelle.
Les problèmes dentaires courants chez les chevaux âgés comprennent les maladies parodontales, les espaces entre les dents, la bouche ondulée, la bouche en marches, la bouche en ciseaux, les dents mobiles et la bouche lisse. Les chevaux âgés peuvent également développer l'EOTRH, un trouble douloureux des incisives qui endommage la structure des dents. Les changements liés à l'âge dans l'occlusion peuvent rendre la mastication moins efficace, particulièrement en hiver lorsque l'herbe est limitée et que le foin devient plus difficile à mâcher.
Les coiffes dentaires chez les chevaux sont des dents de lait qui demeurent attachées pendant l'éruption des dents permanentes. Ces coiffes peuvent devenir tranchantes, mobiles, déplacées ou cassées, ce qui peut irriter les joues et la langue ou nuire à l'alimentation. Les jeunes chevaux peuvent présenter des problèmes de mastication, des difficultés avec le mors ou un inconfort buccal lorsque les coiffes causent des problèmes. Les coiffes problématiques sont généralement retirées lors des soins dentaires.
Les pointes tranchantes sur les dents des chevaux se forment lorsque la mastication normale n'use pas les bords dentaires de façon uniforme. Les bords externes des dents jugales supérieures et les bords internes des dents jugales inférieures développent fréquemment des pointes d'émail. Un mauvais alignement, des rangées dentaires inégales, une alimentation riche en foin et un mouvement naturel de pâturage limité peuvent aggraver ces pointes, entraînant des blessures aux joues, une irritation de la langue et un inconfort lors de la mastication.
Les chevaux peuvent avoir des caries, aussi appelées caries dentaires, lorsque les bactéries buccales endommagent les tissus dentaires. Les caries périphériques touchent les côtés des dents jugales, tandis que les caries infundibulaires apparaissent sur les surfaces de broyage des dents jugales supérieures. Les cas légers peuvent provoquer peu de signes, mais une carie non traitée peut contribuer aux fractures, aux maladies parodontales, à la douleur et aux difficultés de mastication.
La maladie parodontale chez les chevaux est une inflammation et une détérioration des gencives, des ligaments et de l'os qui soutiennent les dents. Les cas équins se développent souvent après que des problèmes de croissance, d'éruption ou d'usure dentaire emprisonnent de la nourriture entre les dents. Une mauvaise haleine, le fait de laisser tomber des boulettes de nourriture et des difficultés à manger peuvent apparaître, mais les signes peuvent être subtils. Une maladie avancée peut entraîner le déchaussement des dents et nécessite parfois une extraction.
Les espaces entre les dents chez les chevaux sont appelés diastèmes et apparaissent le plus souvent entre les dents jugales. Certains espaces permettent à la nourriture de passer, tandis que les espaces de type valve emprisonnent les aliments près de la gencive et peuvent entraîner une maladie parodontale. Les chevaux âgés sont plus susceptibles de développer des diastèmes, bien que les jeunes chevaux puissent également avoir des espaces causés par des bourgeons dentaires déplacés ou encombrés.
L'alimentation peut affecter la santé dentaire équine en modifiant le mouvement de mastication, le flux salivaire et l'usure des dents. Les pâturages plus tendres favorisent un mouvement plus large de la mâchoire et une production accrue de salive, tandis que le foin sec et les grains peuvent réduire l'amplitude de mastication et absorber la salive. Une forte utilisation de concentrés ou de certains aliments transformés peut augmenter le risque de carie, tandis qu'un pâturage et un foin de graminées de bonne qualité peuvent avoir un effet protecteur.
Les dents de loup peuvent devoir être retirées lorsqu'elles nuisent au confort avec le mors ou causent de la douleur et une irritation des tissus. Ces petites dents apparaissent habituellement devant les dents jugales supérieures entre l'âge de 6 et 18 mois. Certaines tombent naturellement vers l'âge de 3 ans, mais plusieurs sont retirées par des vétérinaires lorsqu'elles affectent le travail monté, l'utilisation du mors ou le confort buccal.
Résumé
Les problèmes dentaires équins sont courants et souvent inaperçus, et peuvent affecter la mastication, la digestion, le comportement et la santé globale. Comme les dents des chevaux continuent d’émerger et de s’user, de nombreuses affections peuvent apparaître tout au long de la vie, ce qui rend les examens dentaires réguliers essentiels.
- Les chevaux peuvent présenter des problèmes dentaires congénitaux, structurels et liés à l’âge qui nuisent à la mastication et causent de l’inconfort ou une perte de poids
- Les caries, la maladie parodontale et les diastèmes sont répandus et progressent souvent silencieusement sans évaluation dentaire régulière
- Des schémas d’usure anormaux, tels que des pointes d’émail, des crochets, une bouche ondulée et une bouche en escalier, se développent fréquemment dans des conditions d’alimentation domestiquées
- Les chevaux âgés présentent un risque plus élevé de perte de dents, de maladie parodontale sévère et d’affections comme l’EOTRH nécessitant des soins spécialisés
- La dentisterie préventive, y compris le nivellement dentaire, les extractions au besoin et des régimes alimentaires appropriés, favorise le confort, la digestion et la santé à long terme
Références
- Nuttall, H.E. and Ravenhill, P.J. Prevalence and analysis of equine periodontal disease, diastemata and peripheral caries in a first-opinion horse population in the UK. The Vet J. 2019. View Summary
- Carmalt, J.A. Evidence-Based Equine Dentistry: Preventive Medicine. Vet Clin Equine. 2007. View Summary
- L. Samad. et al. Clinical dental finding in Iranian horses. Vet Med Sci. 2020. View Summary
- Viranta, S. and Mannermaa, K. A tall rostral hook in a medieval horse premolar tooth. Int J Paleopathol. 2017. View Summary
- Taylor, W.T.T. et al. Origins of Equine Dentistry. Proc Natl Acad Sci USA. 2018. View Summary
- Dental Disorders of Horses. Merck Veterinary Manual. 2022.
- Dixon, P.M. A review of equine dental disorders. The Vet J. 2004. View Summary
- Borkent, D. Equine peripheral and infundibular dental caries: A review and proposals for their investigation. Equine Vet Educ. 2015.
- Gere, I. Post mortem survey of peripheral dental caries in 510 Swedish horses. Equine Vet J. 2010. View Summary
- Jackson, K. Equine peripheral dental caries: An epidemiological survey assessing prevalence and possible risk factors in Western Australian horses. Equine Vet J. 2018. View Summary
- Klugh, D. Infundibular Decay in Equine Maxillary Teeth. J Vet Dentist. 2016. View Summary
- Borkent, D. Epidemiological survey on equine cheek tooth infundibular caries in the United Kingdom. Vet Rec. 2017. View Summary
- Kennedy, R. et al. The microbiome associated with equine periodontitis and oral health. Vet Res. 2016. View Summary
- Barakzai, S. and Cox, A. Equine Gingivitis, Periodontal Disease, and Diastemata Cases. Vet Times. 2012.
- Klugh, D.O. A Review of Equine Periodontal Disease. Clin Tech Equine Prac. 2005.
- Steinfort, s. et al. The Equine Gingiva: A Gross Anatomical Evaluation. Front Vet Sci. 2019. View Summary
- Padraic, M.D. et al. Equine "Idiopathic" and Infundibular Caries-Related Cheek Teeth Fractures: A Long-Term Study of 486 Fractured Teeth in 300 Horses. Front Vet Sci. 2021. View Summary
- Moore, N.T. Clinical findings and treatment of shear mouth in two horses. Equine Vet Educ. 2015.
- Nichols, V.M. and Townsend, N. Dental Disease in Aged Horses and Its Management. Vet Clin Equine. 2016. View Summary
- Schiesser, E. [Equine dentistry: Survey on Swiss horse owners]. Schweiz Arch Tierheilkd. 2017. View Summary
- Rahmani, V. et al. History, clinical findings and outcome of horses with radiographical signs of equine odontoclastic tooth resorption and hypercementosis. The Veterinary Record. 2019.
- Gunter, S. and Borgdorff, P. The Wave Mouth. National Equine Dental Practitioners. 2017.











