Le transfert d’embryon (TE) est une technologie de reproduction avancée qui permet aux éleveurs de produire plusieurs poulains à partir d’une seule jument au cours d’une même année. Cette procédure consiste à prélever un embryon d’une jument donneuse et à le déposer dans l’utérus d’une jument receveuse qui mènera la gestation à terme.

Le TE est de plus en plus courant en reproduction équine, et de nombreux vétérinaires équins sont en mesure de réaliser cette technique pour les éleveurs. Toutefois, le transfert d’embryon nécessite une gestion rigoureuse tant de la jument donneuse que de la jument porteuse afin de maximiser les chances de succès de la gestation.

Pour effectuer un transfert d’embryon, la jument donneuse est généralement fécondée par insémination artificielle afin de produire un embryon fécondé. Entre les jours 7 et 9 de gestation, le vétérinaire prélève l’embryon de la jument donneuse grâce à un lavage utérin et le prépare pour l’implantation dans une jument receveuse dont le cycle a été synchronisé avec celui de la donneuse.

L’ovulation de la jument receveuse doit survenir dans un intervalle de 4 à 8 jours suivant l’ovulation de la jument donneuse. Le cycle des deux juments doit être synchronisé afin que l’embryon ait les meilleures chances de s’implanter et de se développer jusqu’à terme.

Le transfert d’embryon présente un taux de réussite élevé, avec plus de 90 % des embryons transférés qui s’implantent avec succès chez la jument receveuse. [4] L’article qui suit aborde le processus de prélèvement et de transfert des embryons, ainsi que les avantages et considérations liés à cette technologie de reproduction.

Transfert d’embryon chez les chevaux

Le transfert d’embryon est le processus par lequel un embryon est prélevé d’une jument donneuse et transféré dans une jument receveuse qui mènera la gestation à terme. Il s’agit essentiellement d’une forme de gestation pour autrui chez les chevaux.

La possibilité de faire porter une gestation par une autre jument présente de nombreux avantages, notamment : [1][2][3]

  • Produire des poulains à partir de juments de performance ou de concours qui sont présentement en compétition
  • Avoir plusieurs poulains d’une même jument en une seule année
  • Produire des poulains à partir de juments ayant des problèmes de santé ou des troubles musculosquelettiques qui les empêchent de porter leur propre poulain
  • Produire des poulains à partir de juments ayant des problèmes de santé reproductive les empêchant de mener une gestation à terme

Cependant, certaines associations de races n’autorisent pas l’enregistrement des poulains issus du transfert d’embryon, notamment le Jockey Club, qui enregistre les Pur-sang de course. [1] Les éleveurs doivent se renseigner sur la réglementation spécifique à leur race concernant les techniques de reproduction assistée avant d’entreprendre un transfert d’embryon.

Étapes du transfert d’embryon

Trois étapes du transfert d’embryon doivent réussir pour que la gestation ait lieu. Ces étapes sont :

  • La gestation de la jument donneuse afin de produire l’embryon désiré
  • Le lavage utérin pour récupérer l’embryon de la jument donneuse
  • L’implantation de l’embryon dans une jument receveuse dont le cycle œstral a été synchronisé et est au même stade que la jument donneuse

Les récentes avancées en matière de transfert d’embryon permettent désormais de réfrigérer ou de congeler les embryons pour leur conservation ou leur transport. La réfrigération des embryons est facilement accessible et peut être effectuée par la plupart des vétérinaires spécialisés en reproduction équine. La congélation est plus complexe et généralement offerte uniquement par certains spécialistes en reproduction équine.

Gestion de la jument donneuse

La plupart des juments donneuses sont fécondées par insémination artificielle, ce qui permet au vétérinaire d’identifier précisément la date d’insémination et de suivre le cycle œstral de la jument. [1]

Une fois la fécondation effectuée, le vétérinaire suit le développement de l’embryon afin de déterminer le moment optimal pour procéder au lavage utérin, qui permet de prélever l’embryon de la jument donneuse. [1]

Les embryons prélevés environ 7 jours après l’ovulation ont généralement la taille idéale pour le transfert, bien que celle-ci puisse varier selon l’âge de la jument, la fertilité de l’étalon, le moment de la fécondation et les variations individuelles de l’appareil reproducteur de la jument. [1]

En fin de compte, le vétérinaire doit déterminer le moment le plus approprié pour le lavage utérin en se basant sur les résultats d’échographies de l’appareil reproducteur.

Collecte d’embryon par lavage utérin

Historiquement, seules des techniques chirurgicales permettaient de prélever les embryons. Ces interventions étaient invasives, peu pratiques et nécessitaient une anesthésie générale de la jument donneuse. [4] Les progrès des techniques de transfert d’embryon ont permis le développement de méthodes de prélèvement non chirurgicales, comme le lavage utérin. [4]

Pour réaliser un lavage utérin, le vétérinaire introduit un tube spécialisé dans le col de l’utérus de la jument donneuse, puis le connecte à une poche de milieu de lavage spécialement conçu pour accueillir un embryon hors de l’environnement utérin. [5] Environ 1 à 2 litres de liquide sont introduits dans l’utérus avant de les laisser s’écouler à l’extérieur de l’utérus par un filtre. [5]

Le vétérinaire répétera ce processus 3 à 4 fois afin de s’assurer que tous les embryons ont été récupérés, réduisant ainsi le risque qu’un embryon s’implante dans l’utérus de la donneuse. [5] Des prostaglandines peuvent également être administrées après prélèvement pour prévenir tout risque de gestation chez la jument donneuse. [1][5]

Une fois le lavage terminé, le contenu du filtre à embryons est examiné afin de confirmer la récupération de l’embryon. Lorsqu’un embryon est identifié, il est placé dans une paillette, un tube plastique fin et stérile conçu spécifiquement pour contenir et transférer des embryons.

L’embryon est ensuite lavé plusieurs fois dans un milieu de lavage pour éliminer tout contaminant ou débris cellulaires. Il est ensuite transféré dans une boîte de petri pour un entreposage temporaire pendant que la jument receveuse est préparée. [5]

Évaluation de l’embryon

Après le lavage, certains vétérinaires choisissent d’évaluer l’embryon afin de s’assurer de sa viabilité et de ses chances de produire une gestation réussie. Les caractéristiques évaluées comprennent : [2][5]

  • La taille de l’embryon
  • La forme et la symétrie
  • Le stade de développement de l’embryon
  • L’intégrité de la membrane embryonnaire

La plupart des embryons sont de bonne ou excellente qualité, probablement parce que les embryons de mauvaise qualité ne parviennent généralement pas à franchir l’oviducte et ne se retrouvent donc pas dans l’utérus au moment du lavage. [3][5]

Biopsie embryonnaire

La biopsie embryonnaire est une autre méthode d’évaluation permettant de détecter certains traits génétiques portés par l’embryon. La plupart des biopsies ciblent des maladies héréditaires graves et sont réalisées lorsque l’un ou les deux parents sont porteurs de la maladie.

Parmi les maladies génétiques testées, on retrouve : [5]

La biopsie permet également de déterminer le sexe de l’embryon, pour les éleveurs qui souhaitent produire spécifiquement un poulain ou une pouliche. [5] La biopsie embryonnaire n’a pas d’impact sur le taux de réussite du transfert d’embryon. [6]

Gestion de la jument receveuse

La jument receveuse a besoin d’une gestion particulière avant et après le transfert de l’embryon. Avant le transfert, son cycle œstral doit être synchronisé avec celui de la jument donneuse à l’aide de médicaments, ou être suivi de près afin de garantir sa compatibilité avec la jument donneuse.

Après le transfert, elle doit être gérée avec soin pour assurer une implantation réussie de l’embryon et le maintien de la gestation.

Synchronisation d’une jument receveuse

La gestion des juments receveuses est très complexe, car la receveuse doit être « synchronisée », c’est-à-dire que son cycle œstral doit correspondre à celui de la jument donneuse. Les deux principales méthodes de synchronisation sont : [1][3]

  • Sélectionner une ou plusieurs juments receveuses spécifiques pour la jument donneuse, et utiliser des médicaments pour ajuster leur cycle œstral afin qu’il corresponde à celui de la donneuse
  • Maintenir un grand troupeau de juments receveuses, de sorte à garantir la disponibilité d’une jument receveuse synchronisée au moment requis

L’idéal est que les deux juments ovulent à 4 à 8 jours d’intervalle. [1] La plupart des vétérinaires recommandent d’avoir au moins trois juments receveuses potentielles disponibles, afin que le transfert puisse avoir lieu même si l’une d’elles n’est pas synchronisée ou présente un problème reproductif. [1]

Pour synchroniser les juments, on administre de la progestérone quotidiennement à la jument donneuse et aux receveuses à partir du même jour. Ce traitement maintient leur cycle en phase de diestrus, soit la phase qui suit immédiatement l’ovulation. [1]

Après 8 à 10 jours, le traitement à la progestérone est interrompu et une dose de prostaglandine est administrée, déclenchant ainsi un nouveau cycle. [1]

Le vétérinaire surveille ensuite le développement des follicules pour détecter la synchronisation, puis administre des médicaments pour stimuler l’ovulation lorsque les follicules ont atteint un stade de développement suffisant. [1][3] L’objectif est qu’au moins l’une des trois receveuses soit une candidate adéquate pour recevoir l’embryon.

Troupeaux de juments receveuses

De nombreuses cliniques vétérinaires spécialisées en reproduction équine maintiennent leur propre troupeau de juments receveuses pour leur clientèle. Les grands établissements d’élevage peuvent également avoir leur propre troupeau de juments receveuses.

Dans ces situations, le cycle œstral de chaque jument receveuse est suivi de près par échographie afin que le vétérinaire responsable sache quel jour chacune ovulera.

Avec un troupeau de juments receveuses suffisamment important, il devrait toujours y avoir au moins une jument receveuse disponible au bon moment, sans avoir à synchroniser spécifiquement la receveuse avec la jument donneuse désirée. [1][3]

Des études montrent que les embryons implantés chez des juments ovulant naturellement présentent des taux de réussite similaires à ceux des ovulations induites médicalement. [7]

Procédure de transfert d’embryon

Tout comme le prélèvement embryonnaire, le transfert d’embryon était autrefois une procédure exclusivement chirurgicale. [4] De nombreux vétérinaires croyaient que les procédures non chirurgicales seraient inefficaces, car la manipulation du col utérin libérerait des prostaglandines susceptibles d’interrompre la gestation. [1]

Des recherches approfondies sur cette question précise ont permis de démontrer que la manipulation du col de l’utérus n’avait aucun effet sur la capacité des juments receveuses à devenir gestantes, ce qui a permis le développement de techniques non chirurgicales. [1]

Transfert d’embryon transcervical

La principale technique utilisée de nos jours est le transfert d’embryon transcervical. [5] Pour effectuer le transfert, le vétérinaire utilise une pipette ou un dispositif d’insertion spécialisé qu’il introduit par le col de l’utérus de la jument receveuse.

Certains vétérinaires peuvent utiliser des pinces cervicales pour redresser l’axe du col de l’utérus avant d’y insérer le dispositif de transfert embryonnaire. [8] Le but du transfert d’embryon est de déposer l’embryon dans le corps utérin ou dans une corne utérine. [2][5]

Après la mise en place, le vétérinaire retire le dispositif de transfert d’embryon et le rince dans un milieu de rinçage afin d’en examiner le contenu au microscope. Dans certains cas, l’embryon peut demeurer coincé dans le dispositif d’insertion, de sorte que l’examen du liquide de rinçage permet de confirmer la mise en place de l’embryon. [5]

Gestion après le transfert

Le suivi des juments receveuses après le transfert embryonnaire fait l’objet de débats, et aucun protocole unique ne s’impose comme étant supérieur. [1] Les principaux objectifs de la gestion sont de rendre l’appareil reproducteur de la receveuse propice à l’implantation de l’embryon et d’encourager son organisme à reconnaître la gestation.

Pour y parvenir, les stratégies de gestion peuvent inclure : [1][5]

  • Des anti-inflammatoires comme le Banamine, afin de réduire l’inflammation causée par la procédure de transfert
  • Des antibiotiques pour traiter toute contamination bactérienne potentielle de l’appareil reproducteur
  • Un supplément de progestérone afin d’ajuster l’équilibre hormonal à un niveau favorable au maintien de la gestation

Gestion de l’embryon

Les avancées récentes en matière de réfrigération et de congélation d’embryons permettent désormais de les transporter sur de longues distances avant leur implantation chez la jument receveuse. La possibilité de transporter les embryons offre plusieurs avantages aux éleveurs de chevaux : [1][5]

  • Les juments receveuses peuvent être hébergées dans des centres spécialisés, évitant ainsi à chaque éleveur de devoir gérer son propre troupeau de receveuses
  • Le coût d’expédition des embryons à l’étranger ou entre pays est considérablement inférieur à celui de l’expédition d’une jument
  • Un meilleur accès à des gènes uniques ou à des combinaisons génétiques non disponibles dans leur région géographique actuelle

Embryons réfrigérés

Pour expédier un embryon réfrigéré, le vétérinaire place l’embryon dans un flacon contenant un milieu de conservation embryonnaire. L’embryon est ensuite refroidi progressivement à l’aide d’un récipient de transport réfrigéré spécialisé, semblable à ceux utilisés pour le sperme frais réfrigéré. [1][5]

Une fois l’embryon arrivé à destination, il est retiré du milieu de conservation et préparé en vue de l’implantation. Des études montrent que les taux de réussite d’implantation sont similaires entre les embryons transférés immédiatement et ceux réfrigérés et expédiés, avec une moyenne de 75 à 80 %. [1]

Embryons congelés

Les embryons congelés sont de plus en plus courants, mais cette procédure n’est pas encore offerte systématiquement par tous les vétérinaires spécialisés en reproduction. [1] Les principaux avantages de la congélation embryonnaire comprennent : [5][9]

  • La jument receveuse n’a pas besoin d’être synchronisée avec la jument donneuse
  • La possibilité d’importer ou d’exporter des embryons
  • La conservation à long terme des embryons, y compris après le décès de la jument
  • La collecte d’embryons de juments de compétition durant la saison morte, pour implantation lors de la saison de reproduction suivante

L’azote liquide est l’agent de congélation le plus couramment utilisé pour les embryons, car il ne nécessite aucun équipement spécialisé et la plupart des vétérinaires spécialisés en reproduction en possèdent déjà pour la congélation de semence. [5]

Pour utiliser un embryon congelé, le vétérinaire le retire du réservoir d’azote liquide et le décongèle dans un bain d’eau tiède avant de l’implanter chez la jument receveuse. [5] Les taux de réussite du transfert d’embryons congelés varient de 65 à 85 % selon les études. [1][10]

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur le transfert d'embryon chez les chevaux :

Résumé

  • Le transfert d’embryon consiste à prélever un embryon d’une jument donneuse, puis à l’implanter dans une jument receveuse qui mènera la gestation à terme
  • La synchronisation du cycle œstral des juments donneuses et receveuses nécessite une gestion rigoureuse
  • Il est possible de réfrigérer ou congeler les embryons pour les entreposer ou les transporter
Manque-t-il quelque chose dans l’alimentation de votre cheval?

Identifier les manques dans le programme alimentaire de votre cheval pour optimiser son bien-être.

Références

  1. McKinnon, A. O. et al. Equine Reproduction. Wiley-Blackwell, 2010.
  2. Brinsko. S. P. and Blanchard. T. L., Eds.Manual of Equine Reproduction, 3rd edition. St. Louis, Mo: Mosby/Elsevier. 2011.
  3. Dordas-Perpinya. M. and Bruyas. J. F. Practical Aspects of Equine Embryo Transfer. Translational Research in Veterinary Science. 2019.
  4. Allen. W. R. (Twink) and Wilsher. S. Historical Aspects of Equine Embryo Transfer. Journal of Equine Veterinary Science. 2020. View Summary
  5. Dascanio. J. J. et al., Eds. Equine Reproductive Procedures, 2nd edition. Wiley-Blackwell. 2021.
  6. Guignot. F. et al. Establishment of Pregnancies after Transfer of Biopsied Equine Embryos. Journal of Equine Veterinary Science. 2012.
  7. Vicioso. R. et al. Influence of Hormonal Induction of Estrus and/or Ovulation on Embryo Transfer Success. Journal of Equine Veterinary Science. 2023.
  8. Ramirez. H. et al. Embryo Transfer Technique Affects Pregnancy Rates in Recipient Mares. Journal of Equine Veterinary Science. 2023.
  9. Squires. E. L. and McCue. P. M. Cryopreservation of Equine Embryos. Journal of Equine Veterinary Science. 2016.
  10. Araujo. G. et al. Pregnancy Rates after Vitrification, Warming and Transfer of Equine Embryos. Animal Reproduction Science. 2010.