La thérapie par cellules souches suscite un intérêt croissant en médecine vétérinaire équine en tant qu’option potentielle pour le traitement des blessures et la prise en charge des affections dégénératives. Cette approche thérapeutique est explorée pour sa capacité à favoriser la réparation des tissus et à faciliter la récupération chez les chevaux souffrant de problèmes articulaires, tendineux et ligamentaires.

En exploitant les capacités régénératives propres à l’organisme, la thérapie par cellules souches vise à stimuler la guérison et à améliorer la fonction des zones atteintes. Elle est considérée comme une alternative ou un complément aux traitements traditionnels. Des recherches sont en cours pour évaluer son efficacité et ses résultats à long terme.

Dans l’article qui suit, nous présentons un aperçu du fonctionnement de la thérapie par cellules souches, des pathologies qu’elle peut cibler et de ce à quoi les propriétaires de chevaux peuvent s’attendre lorsqu’ils envisagent ce traitement.

Thérapies biologiques pour les chevaux

Les thérapies biologiques sont des traitements dérivés d’organismes vivants utilisés pour combattre des maladies ou réparer des blessures. Ils reposent sur des substances et des organismes naturellement présents dans le corps et l’environnement, ou pouvant être reproduits en laboratoire. [1]

Les produits biologiques constituent un outil important en médecine régénérative, un domaine dans lequel les vétérinaires (et les médecins) exploitent la capacité naturelle du corps à se réparer. Ce champ suscite un grand intérêt tant en médecine humaine qu’animale et fait l’objet de recherches actives. Les utilisations potentielles des thérapies régénératives chez le cheval comprennent : [2]

  • La régénération des tissus ou des organes
  • La cicatrisation des plaies
  • Le retour à la fonction
  • La réduction ou l’élimination de la dépendance à d’autres thérapies

Certains produits biologiques suscitent un intérêt croissant dans la communauté équestre, notamment : [3][4][5]

  • Le plasma riche en plaquettes (PRP) est une injection de plasma à forte concentration en plaquettes, dérivé du sang du cheval. Le sang provient généralement du même cheval que celui qui reçoit le traitement.
  • La protéine antagoniste du récepteur de l’interleukine-1 (IRAP) est semblable au PRP. Plutôt que de contenir une concentration accrue de plaquettes, ce produit renferme une forte concentration d’une protéine appelée antagoniste du récepteur de l’interleukine-1. La solution est utilisée comme traitement anti-inflammatoire chez les chevaux atteints de maladie articulaire.

Parallèlement aux avancées relatives aux procédures, les biotechnologies de soutien ont rapidement évolué afin de permettre l’administration cohérente et efficace des thérapies biologiques. Par exemple, Pro-Stride® est un dispositif bien connu de nombreux propriétaires de chevaux. Les vétérinaires utilisent de l’équipement comme Pro-Stride® pour préparer de façon sécuritaire des produits dérivés du sang destinés à la prise en charge de la boiterie et de l’arthrose chez le cheval. [6]

Un domaine prometteur de la médecine régénérative est la thérapie par cellules souches, dans laquelle des cellules souches sont administrées à un site de traitement précis dans l’espoir de favoriser la régénération des tissus. L’ingénierie tissulaire implique l’utilisation de cellules, de facteurs biologiques et de biomatériaux afin de restaurer la structure et la fonction normales des tissus. [7]

Thérapie par cellules souches

La thérapie par cellules souches est l’un des domaines les plus reconnus de la médecine régénérative. Son potentiel pour maintenir des chevaux de grande valeur actifs malgré leur âge ou à les aider à se rétablir après une blessure a été à l’origine d’importantes recherches équines à l’échelle mondiale. [8]

En fait, l’intérêt croissant pour la thérapie par cellules souches chez le cheval a favorisé l’expansion mondiale d’un marché spécialisé axé sur la distribution commerciale de cellules souches destinées à la recherche et aux utilisations vétérinaires. [9]

Chaque cellule du corps du cheval, à l’exception des globules rouges, contient toute l’information génétique nécessaire pour devenir n’importe quel autre type de cellule. Toutefois, une fois qu’une cellule se différencie, sa forme et sa fonction finales ne changent plus.

Les cellules souches sont uniques parce qu’elles sont « indifférenciées », ce qui signifie qu’elles ne se sont pas encore développées en un type cellulaire spécifique. [10] Dans des conditions adéquates, ces cellules indifférenciées ont le potentiel de se transformer en d’autres types de cellules au sein de l’organisme. [11]

Les cellules souches provenant d’un embryon, appelées cellules souches embryonnaires, sont particulièrement polyvalentes, car elles peuvent devenir n’importe quel type de cellule de n’importe quel tissu ou organe constituant le corps de l’individu. [12]

Les cellules souches issues d’autres sources, appelées cellules souches adultes, sont moins polyvalentes. Les cellules souches adultes ne peuvent être prélevées que dans certaines parties du corps et ne peuvent se différencier qu’en cellules présentes dans la région dont elles sont issues. Par exemple, les cellules souches adultes provenant de l’intestin ne peuvent se différencier qu’en cellules intestinales. [12]

Il existe deux grandes catégories de cellules souches adultes : [7][10]

  • Les cellules souches hématopoïétiques se différencient en cellules sanguines
  • Les cellules souches mésenchymateuses (aussi appelées cellules stromales mésenchymateuses multipotentes ou CSM) se différencient en tissus conjonctifs tels que les cellules musculaires, osseuses, tendineuses et nerveuses

Cellules souches et régénération tissulaire

Les cellules souches jouent un rôle clé dans la réparation des tissus, particulièrement après une blessure. Lorsque l’organisme subit une lésion, il libère des signaux chimiques appelés cytokines. Ces signaux attirent les cellules souches vers le site de la blessure. [10]

Une fois sur place, les cellules souches se différencient en types cellulaires spécifiques nécessaires à la réparation. Les plaquettes, un composant du sang, sont essentielles à ce processus, car elles contiennent des concentrations élevées de facteurs de croissance qui attirent les cellules souches vers la zone lésée et orientent leur développement. Ce processus est appelé régénération tissulaire. [10]

Bien que les cellules souches ne permettent pas nécessairement d’accélérer la guérison, on pense qu’elles peuvent améliorer la qualité de la réparation des tissus et réduire la formation de tissu cicatriciel. [13] Généralement, l’organisme guérit les blessures en formant du tissu cicatriciel, lequel rétablit les fonctions de base, mais demeure moins résistant et moins flexible que le tissu d’origine.

En augmentant le nombre de cellules souches et de facteurs de croissance au site de la blessure, la thérapie par cellules souches peut aider l’organisme à reconstruire un tissu qui se rapproche davantage du tissu original, ce qui se traduit par une meilleure fonction et une plus grande durabilité. [10]

Utilisations de la thérapie par cellules souches chez le cheval

À ce jour, l’utilisation la plus courante de la thérapie par cellules souches concerne la réparation des tendons et des ligaments. [8][11][14] Étant donné que les lésions tendineuses constituent une cause majeure de boiterie et de diminution des performances athlétiques chez le cheval, l’étude de cette utilisation est devenue un centre d’intérêt majeur tant sur le plan scientifique que public. [15][16]

Après une blessure, les cellules locales sont responsables de la synthèse de nouveaux tissus. En introduisant des cellules souches au site de la lésion, celles-ci peuvent se différencier et remplacer les cellules locales endommagées. Elles peuvent également sécréter des facteurs de croissance et des cytokines qui favorisent la guérison. [8]

Les premières recherches sur la récupération après des lésions ligamentaires et tendineuses montrent que les chevaux ayant reçu une thérapie par cellules souches présentent un meilleur alignement des tendons et des ligaments ainsi que des fibres tendineuses plus résistantes. De plus, les taux de récidive de la tendinite sont plus faibles chez les chevaux traités via la thérapie par cellules souches comparativement à ceux ayant reçu des traitements conventionnels. [15][17]

Parmi les autres domaines où les traitements par cellules souches sont actuellement à l’étude, on peut citer : [11][14][18]

  • La cicatrisation des plaies
  • La chirurgie du voile du palais
  • Les plaies profondes chez les poulains
  • Les escarres infectées
  • Les plaies cutanées chroniques
  • Les atteintes cornéennes
  • Le décollement de la rétine
  • Les défauts cartilagineux
  • L’arthrose
  • La guérison osseuse
  • La laminite
  • Les lésions nerveuses et de la moelle épinière
  • Les troubles de la reproduction
  • Les lésions méniscales

Prélèvement de cellules souches

Il existe plusieurs méthodes pour recueillir des cellules souches chez les chevaux adultes. Les deux méthodes les plus courantes sont la ponction de la moelle osseuse et le prélèvement de tissu adipeux. Il est également possible de prélever des cellules souches à partir de la gelée de Wharton (sang du cordon ombilical) et du sang. [19]

N’essayez pas de prélever ou d’injecter vous-même des cellules souches d’un cheval à domicile. Ces procédures doivent être réalisées uniquement par un vétérinaire qualifié.

Ponction de la moelle osseuse

Lors de la ponction de la moelle osseuse, le vétérinaire prélève de la moelle au niveau du sternum ou du tuber coxae (la pointe de la hanche, sur le côté de la colonne vertébrale) du cheval. [19][20][21][22] Cette procédure peut être réalisée à la ferme ou à la clinique vétérinaire sous sédation en position debout. [21][23]

Le vétérinaire traitant effectue la ponction de la moelle osseuse en suivant les étapes suivantes : [21][23]

  1. Raser et stériliser la zone de ponction
  2. Appliquer un anesthésique local
  3. Pratiquer une petite incision cutanée à l’aide d’un scalpel
  4. Guider l’aiguille de ponction à travers l’os, généralement sous contrôle échographique
  5. Prélever la moelle osseuse dans la seringue
  6. Retirer l’aiguille et appliquer une pression sur l’incision

La moelle osseuse prélevée est envoyée à un laboratoire, où les cellules souches mésenchymateuses sont isolées et mises en culture jusqu’à ce qu’elles atteignent un nombre suffisant pour le traitement. Il faut généralement de 3 à 4 semaines pour obtenir une dose optimale de 10 à 25 millions de cellules souches par traitement. [10][19][23]

Prélèvement de tissu adipeux

Lors du prélèvement de tissu adipeux (graisse), une incision chirurgicale est pratiquée près de la base de la queue du cheval afin de retirer un segment de tissu graisseux. Ce tissu est ensuite envoyé à un laboratoire pour l’extraction des cellules. Généralement, ces cellules sont retournées pour injection dans un délai de 48 heures suivant le prélèvement. [10]

Étant donné que ces cellules ne sont pas mises en culture ni multipliées, la dose totale de cellules souches mésenchymateuses est inférieure à celle obtenue avec une thérapie à partir de cellules souches dérivées de la moelle osseuse. [10]

Une fois les cellules souches traitées au laboratoire, elles sont renvoyées au vétérinaire. Elles sont ensuite injectées chez le cheval directement au niveau de la lésion, sous contrôle échographique ou radiographique.

Efficacité et données probantes

Bien que la thérapie par cellules souches ait suscité un vif intérêt du public en raison de son potentiel pour traiter de nombreuses pathologies, elle n’en est qu’à ses débuts en matière de recherche scientifique et de validation médicale.

À l’heure actuelle, il existe très peu d’études ayant recours à des animaux témoins et à des essais randomisés, ce qui limite la capacité de démontrer son efficacité pour une utilisation à grande échelle. [17] De plus, une incertitude persiste quant aux mécanismes sous-jacents responsables des effets des cellules souches sur les tissus lésés. [17]

Les études existantes portant sur des traitements spécifiques à base de cellules souches présentent des résultats variables. La recherche n’a pas encore permis de tenir compte de l’ensemble des facteurs susceptibles d’influencer le succès du traitement, notamment les facteurs génétiques ou les problèmes de conformation. [17]

Bien qu’il semble que l’utilisation des cellules souches en début de convalescence améliore les résultats, davantage de données sont nécessaires afin de valider les pratiques optimales et d’élaborer des protocoles sécuritaires et fiables. [17]

On constate également un manque d’information concernant les nombreux types spécifiques de CSM et la manière de les identifier. Des recherches supplémentaires visant à concevoir de meilleurs outils et méthodologies pour isoler et identifier les CSM équines sont nécessaires afin de mieux déterminer les façons les plus efficaces de tirer parti de cette technologie. [17]

De plus, il n’existe actuellement aucune donnée à long terme sur les résultats. Les chevaux peuvent présenter une amélioration temporaire à la suite de cette thérapie, mais il faudra des années avant de disposer de suffisamment de données pour extrapoler quant à ses effets à long terme. [17]

Effets secondaires

Avant d’envisager l’utilisation de thérapies biologiques régénératives pour votre cheval, il est important de prendre en compte certains effets secondaires potentiels. Les ponctions cutanées réalisées lors du prélèvement et de l’administration peuvent entraîner :

Si votre cheval semble présenter de la douleur ou de l’inflammation au niveau du site de traitement, votre vétérinaire peut recommander un traitement anti-inflammatoire de courte durée, tel que les AINS.

De plus, il existe un risque d’infection au site d’implantation. Des canaux d’aiguille peuvent persister au site d’implantation des cellules souches pendant plusieurs mois après l’intervention. Ces canaux ne provoquent généralement aucun effet indésirable. [17]

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur la thérapie par cellules souches chez les chevaux :

Résumé

La thérapie par cellules souches est une thérapie biologique qui utilise des cellules souches pour traiter des blessures et des maladies. Ce type de thérapie en est à ses débuts et n’a donc pas encore fait ses preuves, bien qu’il s’agisse d’un domaine de recherche prometteur, en particulier pour le traitement des lésions des tendons et des ligaments chez le cheval.

  • Les cellules souches sont des cellules uniques capables de se différencier en divers types de cellules spécialisées dans l’organisme
  • La thérapie par cellules souches consiste à prélever des cellules souches, puis à les réinjecter dans une zone lésée
  • Les cellules souches peuvent être prélevées à partir de certaines parties du corps et ne peuvent se différencier qu’en cellules présentes dans cette même région
  • L’injection de cellules souches dans les tissus lésés améliore la qualité de la réparation tissulaire et réduit la formation de tissu cicatriciel
  • D’autres domaines dans lesquels la thérapie par cellules souches pourrait être utile comprennent entre autres la cicatrisation des plaies, la chirurgie du voile du palais, les lésions cornéennes, les défauts du cartilage, la laminite et l’arthrose
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Références

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  6. Pro Stride APS. Zoetis. 2025.
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