Les sautes d’humeur chez les juments sont depuis longtemps un sujet de discussion parmi les propriétaires de chevaux, ce qui engendre souvent de fausses croyances sur leur comportement. Les recherches scientifiques ont permis d’éclaircir les véritables causes du comportement changeant de certaines juments, démystifiant ainsi plusieurs idées erronées et fournissant des pistes de solution adaptées à ces variations de tempérament.

Certains signes de sautes d’humeur chez les juments sont liés au cycle œstral, notamment des changements de comportement, une sensibilité accrue et de l’agitation. Cependant, d’autres facteurs, comme la douleur ou le stress environnemental, peuvent également entraîner des comportements que l’on interprète à tort comme des sautes d’humeur.

Selon une étude ayant évalué les profils hormonaux de 2 914 chevaux, seulement environ 10 % des comportements changeants chez les juments seraient liés à des fluctuations hormonales. Il est donc essentiel de déterminer si le comportement anormal de votre jument est dû à son cycle œstral ou s’il résulte d’autres facteurs.

Les propriétaires de juments qui ont des sautes d’humeur consultent souvent leur vétérinaire pour explorer les options visant à réguler les hormones, dans l’espoir de limiter les comportements indésirables associés au cycle œstral. Les stratégies de suppression du cycle chez les juments incluent l’utilisation de progestérone, les injections d’ocytocine, la vaccination anti-GnRH et l’ovariectomie.

Bien que certaines juments puissent bénéficier d’une élimination des périodes de chaleurs, des soins vétérinaires réguliers, une alimentation équilibrée et des stratégies efficaces de gestion du comportement peuvent contribuer à favoriser un comportement positif chez toutes les juments.

Sautes d’humeur chez les juments : idées reçues courantes

Le comportement des juments est souvent qualifié de instable ou difficile, particulièrement lorsqu’on le compare à celui des hongres. Ce stéréotype anthropomorphique, profondément ancré dans la culture équestre, peut entraîner des incompréhensions et une gestion inappropriée du comportement des juments.

Dans une étude menée par sondage auprès de 1 233 cavaliers, les juments étaient plus souvent décrites comme ayant une « mauvaise attitude » ou comme étant « dominantes », tandis que les hongres étaient associés à des qualités telles que « calme », « fiable » et « prévisible ». [16]

Or, ces préjugés n’ont pas de fondements scientifiques et devraient être remplacés par une compréhension plus nuancée du comportement équin. [16] Dans le texte qui suit, nous abordons quelques-unes des idées reçues les plus répandues à propos des sautes d’humeur chez les juments et nous présentons les faits réels qui se cachent derrière ces fausses idées.

Mythe 1 : Les juments ont toujours des sautes d’humeur

Contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas toutes les juments qui vivent des sautes d’humeur. Bien que certaines puissent présenter des changements de comportement pendant leur cycle œstral, la majorité sont peu affectées.

Mythe 2 : Les sautes d’humeur sont un signe de mauvais tempérament

L’idée qu’un comportement fougueux ou changeant chez une jument reflète un mauvais tempérament est trompeuse. Ce type de comportement est souvent une réponse physiologique normale à divers stimuli internes et externes, et ne doit pas être interprété comme un problème de personnalité ou un trait de caractère.

Mythe 3 : Les juments présentant des sautes d’humeur sont ingérables

Avec une bonne compréhension et des techniques de gestion appropriées, il est tout à fait possible de gérer les comportements indésirables chez les juments. Certaines méthodes d’entraînement, des routines cohérentes, une nutrition adaptée, un environnement adéquat et des soins vétérinaires appropriés permettent de résoudre les problèmes sous-jacents et réduire le stress chez votre jument.

Signes de sautes d’humeur chez les juments

De nombreux types de comportements indésirables sont interprétés comme des signes de sautes d’humeur chez les juments. Certains sont effectivement liés au cycle œstral, mais d’autres ne le sont pas.

Une observation régulière et une bonne connaissance des comportements habituels de la jument sont essentielles pour repérer les changements qui pourraient être liés aux fluctuations du cycle hormonal.

Voici les signes les plus fréquents de changements de comportement chez les juments : [5]

  • Irritabilité et agitation : la jument peut devenir plus irritable et facilement agitée. Elle peut plaquer les oreilles vers l’arrière, remuer fréquemment la queue ou se montrer agressive envers d’autres chevaux ou les humains.
  • Comportement imprévisible : des changements de comportement soudains et inhabituels peuvent indiquer des sautes d’humeur. Une jument peut être calme et coopérative un instant, puis soudainement se montrer résistante ou difficile à manier.
  • Sensibilité accrue : la jument peut présenter une sensibilité accrue durant son cycle œstral. Elle peut réagir fortement au pansage, à l’ajustement de la selle ou au toucher de certaines zones du corps.
  • Agitation : certaines juments peuvent être agitées, faire les cent pas ou avoir tendance à bouger davantage.
  • Manque de concentration et d’attention : une jument à l’humeur changeante peut avoir de la difficulté à se concentrer pendant les séances de travail et se laisser facilement distraire.
  • Refus ou réticence à travailler : les changements de comportement peuvent se manifester par une réticence à travailler ou à exécuter certaines tâches comme le dressage, le saut ou d’autres exercices d’entraînement.
  • Changements dans les interactions sociales : la jument peut modifier sa façon d’interagir avec ses congénères, devenant plus dominante ou plus distante.
  • Vocalisations : des vocalisations accrues ou un changement dans la fréquence ou le ton des sons émis peut aussi indiquer une humeur instable, surtout si cela est inhabituel pour cette jument.
  • Signes d’œstrus exagérés : certaines juments peuvent présenter des signes d’œstrus exagérés, tels qu’une miction excessive, des « clignotements » de la vulve (éversion) ou un comportement de séduction envers d’autres chevaux.

Les propriétaires et les manieurs de chevaux devraient soigneusement noter les changements dans le comportement ou les performances d’une jument au fil du temps avant de consulter un vétérinaire pour gérer un comportement changeant.

Signes d’œstrus

Une enquête menée auprès de vétérinaires équins a révélé que le symptôme clinique le plus courant de l’œstrus était un changement d’attitude. [5]

Pendant l’œstrus, on peut observer des comportements tels que des approches fréquentes vers l’étalon, l’inclinaison de l’arrière-main vers l’étalon, un relâchement des muscles faciaux, une tête légèrement abaissée, les oreilles tournées sur les côtés, des postures caractéristiques, l’éversion du clitoris et une miction passive. [6]

Des signes tels que des ruades, des fouaillements de queue ou une attitude négative peuvent être liés à la phase de diœstrus du cycle œstral. [6]

Causes des sautes d’humeur

Le comportement souvent qualifié de sautes d’humeur chez les juments peut découler de diverses causes, englobant des facteurs environnementaux, sociaux, physiques et physiologiques.

Facteurs environnementaux

Les facteurs de stress environnementaux peuvent influencer l’humeur d’une jument et entraîner des comportements indésirables. Ce type de comportement peut indiquer qu’un aspect du mode de vie, de l’environnement ou de la gestion de votre jument doit être modifié pour améliorer son bien-être.

Les facteurs environnementaux qui peuvent influencer le comportement de votre jument comprennent :

  • Le type d’hébergement et l’espace : les conditions de vie de votre jument, incluant les aires de sortie à l’extérieur, la taille du box, la propreté et le niveau d’activité autour d’elle, jouent un rôle important dans sa santé mentale et physique. Une densité excessive de chevaux ou les espaces restreints peuvent entraîner de l’inconfort et du stress.
  • Les opportunités de pâturage : un accès adéquat à des pâturages est essentiel pour la santé physique et mentale du cheval. Le fait de paître favorise le comportement naturel de recherche de nourriture, contribue à la santé digestive et réduit le stress. Un accès limité ou une végétation de mauvaise qualité peuvent entraîner des carences nutritionnelles et augmenter la probabilité de comportements stéréotypés.
  • Le climat et les conditions météorologiques : l’exposition aux précipitations et aux températures extrêmes peut influencer le comportement d’un cheval. Un abri adéquat et des soins adaptés aux conditions climatiques sont essentiels.
  • La routine et la constance : les chevaux se portent mieux s’ils suivent une routine stable. Des changements soudains dans les horaires quotidiens ou un maniement incohérent peuvent entraîner des comportements indésirables.
  • La stimulation et l’enrichissement : la stimulation mentale est importante pour le bien-être d’une jument. Un environnement dépourvu de stimulation sensorielle peut engendrer de l’ennui et de la frustration, ce qui peut se traduire par des comportements stéréotypés.

En offrant à votre jument un mode de vie adapté à son espèce, un hébergement adéquat et des opportunités de paître, vous pouvez contribuer à gérer les sautes d’humeur.

D’autres facteurs peuvent également influencer le comportement de votre jument. Travailler avec un spécialiste en comportement équin peut vous aider à identifier les sources de stress environnemental qui contribuent aux problèmes de comportement.

Facteurs sociaux

Les chevaux ont évolué pour être des animaux sociaux et les changements dans la dynamique de troupeau peuvent avoir une incidence significative sur leur comportement. Une socialisation inadéquate peut engendrer du stress et de l’anxiété, et potentiellement mener à des sautes d’humeur.

  • Isolement : dans la nature, les chevaux forment des groupes stables composés habituellement d’un étalon dominant et de plusieurs juments avec leurs petits. Des liens sociaux solides fournissent protection et sécurité. Isoler une jument des autres chevaux peut provoquer de la solitude et du stress, se manifestant par des comportements instables.
  • Changements dans la hiérarchie : l’introduction ou le retrait d’un cheval au sein du groupe peut perturber la hiérarchie sociale. Des changements fréquents dans la composition du troupeau empêchent la formation de liens sociaux et provoquent des comportements de stress chez les juments.
  • Surpopulation : une trop forte densité de chevaux peut accroître la compétition pour les ressources et l’espace, entraînant un stress accru et un risque d’agressivité.
  • Faible statut social : les juments peuvent devenir renfermées ou souffrir de sautes d’humeur si elles sont harcelées par des congénères plus dominants. Les juments qui sont au bas de la hiérarchie peuvent avoir un accès plus limité à des ressources essentielles comme la nourriture et l’eau.
  • Séparation jument-poulain : une séparation prématurée ou stressante entre une jument et son poulain peut causer une détresse émotionnelle importante et entraîner des changements d’humeur.

Les facteurs sociaux influencent également l’expression du comportement reproducteur chez les juments en lien avec le cycle œstral. [9] La présence d’un étalon ou d’une jument dominante peut modifier la façon dont les comportements naturels d’accouplement se manifestent. [9]

Douleur ou inconfort

Un comportement indésirable chez une jument est parfois vu à tort comme une saute d’humeur, alors qu’il peut en réalité être un signe de douleur ou d’inconfort. Cette perception erronée peut empêcher les propriétaires de chevaux de réaliser que leur cheval a besoin d’attention vétérinaire ou de changements au niveau de ses soins.

  • Changement de tempérament : un inconfort physique ou une douleur, comme des problèmes reproductifs, des infections utérines, des troubles digestifs ou des affections musculosquelettiques, peuvent entraîner des sautes d’humeur et des changements de comportement chez les juments. [5][7] Cela peut se manifester par de l’irritabilité, de l’agressivité ou un refus de coopérer.
  • Comportement d’évitement : une jument qui souffre pourrait commencer à éviter certaines activités qui aggravent son inconfort, comme courir, sauter ou même bouger normalement. Ce comportement d’évitement peut être perçu à tort comme de l’entêtement ou un manque de réactivité.
  • Sensibilité au toucher : une jument qui ressent de la douleur peut réagir négativement au toucher sur certaines parties de son corps. Cela peut inclure des sursauts, des mouvements d’éloignement ou une aversion pour la sangle lorsqu’une zone douloureuse est approchée ou touchée.
  • Diminution des performances : des symptômes de douleur peuvent entraîner une baisse de performance ou une réticence à exécuter des tâches. Ce comportement peut être interprété à tort comme une saute d’humeur, alors qu’il est plutôt dû à une cause sous-jacente comme des coliques, des ulcères gastriques, ou une blessure musculosquelettique.

Certaines juments présentent une irritabilité en raison d’un pneumovagin, une affection qui provoque une irritation vaginale. Chez ces juments, l’opération de Caslick, qui consiste à fermer chirurgicalement la partie supérieure de la vulve, peut soulager l’inconfort. [8]

Fluctuations hormonales

Comme chez les femmes, les juments connaissent des fluctuations hormonales, particulièrement durant leur cycle œstral. Les variations des niveaux d’œstrogène et de progestérone au cours du cycle reproducteur peuvent influencer leur comportement, entraînant parfois des signes d’humeur changeante.

Le cycle œstral ou cycle reproducteur de la jument dure généralement entre 21 et 23 jours et comprend deux phases principales : l’œstrus et le diœstrus. [1][2]

  • L’œstrus est la phase la plus courte du cycle œstral, durant cinq à sept jours. Pendant l’œstrus, les juments sont réceptives à la saillie et on dit qu’elles sont en chaleur. [2]
  • Le diœstrus est la phase la plus longue du cycle œstral, durant de 14 à 16 jours. Durant le diœstrus, les juments ne sont pas réceptives à la saillie et sont considérées comme n’étant pas en chaleur.

Le cycle œstral prépare l’appareil reproducteur au développement et à la fécondation d’un ovule, ainsi qu’au maintien de la gestation si la conception a lieu. Les hormones produites par l’hypophyse, les ovaires et l’utérus régulent chaque étape de ce cycle.

Environ 80 % des jeunes juments nullipares ont des cycles polyœstraux saisonniers, ce qui signifie qu’elles entrent en chaleur pendant des saisons spécifiques, généralement lorsque la durée du jour et les températures augmentent et que la qualité de l’alimentation s’améliore. [3]

L’anœstrus, la phase non reproductive chez les juments ayant des cycles polyoestraux saisonniers, survient à l’automne et en hiver, lorsque la durée d’ensoleillement diminue. En phase d’anœstrus, la jument ne réagit pas aux avances de l’étalon, et la taille et le niveau d’activité des ovaires diminuent.

Les juments peuvent présenter des comportements indésirables associés aux variations hormonales à n’importe quel stade de leur cycle œstral. Dans ce cas, le propriétaire peut observer des difficultés à entraîner ou monter le cheval, ainsi que d’autres comportements anormaux, qui correspondent souvent à différentes étapes du cycle.

Testostérone

Des recherches démontrent que certains changements de comportement chez les juments sont attribuables à une augmentation du taux de testostérone pendant le cycle reproducteur. Une étude a révélé que l’apparition de comportements normalement associés aux étalons chez les juments était liée à une poussée temporaire du taux de testostérone circulant. [10]

Cependant, une autre étude a remis en question l’idée selon laquelle les troubles du comportement chez les juments seraient principalement dus à une augmentation du taux d’hormones.

Des chercheurs ont analysé les profils hormonaux de 2 914 juments référées au UC Davis Clinical Endocrinology Laboratory and the Equine Reproduction Service. Ces juments présentaient des dossiers contenant des termes comme « comportement », « agit » ou « réagit ».

Les chercheurs ont examiné les données afin de détecter des liens entre les comportements anormaux rapportés et les concentrations d’hormones ovariennes, en particulier la testostérone. L’étude a révélé que les comportements anormaux, regroupés sous la catégorie de troubles du comportement, étaient associés à une élévation hormonale dans moins de 10 % des échantillons examinés.

Il est important de noter que seuls les comportements rappelant ceux d’un étalon, comme les vocalisations, les morsures et les tentatives de monte sur d’autres chevaux, étaient corrélés à des taux hormonaux élevés. En revanche, les comportements agressifs ou autres problèmes de comportement étaient beaucoup moins susceptibles d’être liés à des taux d’hormones élevés.

Cela suggère que d’autres facteurs, comme la douleur, l’inconfort ou le stress environnemental, pourraient être à l’origine de la majorité des comportements anormaux observés chez les juments.

Diagnostic

Le diagnostic de la cause des sautes d’humeur chez les juments implique souvent un processus d’élimination qui prend en compte divers facteurs pouvant influencer le comportement.

Observation du comportement

Les propriétaires et soigneurs de chevaux doivent surveiller le comportement de la jument au fil du temps, en notant tout changement dans son tempérament ou ses schémas de comportement. Cela inclut les modifications dans ses interactions avec les autres chevaux, sa réceptivité à être maniée, son irritabilité, son niveau d’agitation ou sa sensibilité.

Évaluation du cycle reproducteur

Le suivi du cycle œstral de la jument et l’identification des signes d’œstrus (chaleurs) peut aider à établir un lien entre les changements comportementaux et les fluctuations hormonales.

Examen vétérinaire

Un examen vétérinaire complet est essentiel pour écarter toute cause médicale sous-jacente pouvant contribuer à l’humeur instable. Le vétérinaire évaluera l’état de santé général de la jument et recherchera des signes de douleur, d’inconfort ou d’affections physiques susceptibles d’influencer le comportement.

Évaluation de la santé reproductive

Chez les juments présentant des sautes d’humeur marquées ou des changements de comportement persistants, un examen des qualités de reproducteur peut être recommandé. Celui-ci permet de vérifier si le système reproducteur présente des anomalies et d’identifier d’éventuels déséquilibres hormonaux ou problèmes de fertilité.

Évaluation des pratiques de gestion

Recueillir de l’information sur l’historique, la gestion, le niveau d’activité et les conditions de vie actuelles de la jument peut fournir un contexte utile pour interpréter les comportements observés. Des changements liés à l’environnement, à l’alimentation, aux routines d’entraînement ou à la dynamique de troupeau peuvent avoir un impact.

Consultation professionnelle

Consulter un comportementaliste équin peut offrir des pistes de réflexion supplémentaires pour mieux comprendre le comportement de la jument. Ces spécialistes peuvent fournir des conseils d’expert pour gérer l’instabilité de l’humeur et mettre en place des stratégies de modification du comportement.

Tests diagnostiques

Dans certains cas, des examens ou procédures supplémentaires peuvent être nécessaires pour écarter des pathologies spécifiques ou des déséquilibres hormonaux. Cela peut inclure des analyses sanguines, des évaluations des niveaux d’hormones, des échographies des organes reproducteurs ou d’autres examens spécialisés.

Traitement

Le traitement des sautes d’humeur chez la jument repose sur une approche multidimensionnelle. Il est essentiel de mener une enquête approfondie afin d’identifier les causes sous-jacentes du comportement, en écartant d’abord les facteurs environnementaux et médicaux avant d’attribuer l’humeur changeante uniquement au cycle œstral.

« L’humeur des juments ne change pas sans raison; les chevaux réagissent souvent aux variations hormonales, tout comme les humains. Des stratégies de gestion simples, telles que des sorties régulières à l’extérieur, une alimentation équilibrée et faible en sucre ainsi qu’une routine de maniement calme, peuvent grandement contribuer au bien-être de votre jument. L’établissement d’une routine quotidienne prévisible et le suivi du cycle de votre jument peuvent contribuer à l’harmonie et à une bonne collaboration entre vous et elle. »

Dre Madison Ricard, D.M.V, Ph. D., DACVP, PAS
Éducatrice vétérinaire chez Mad Barn

Une fois les causes identifiées, il est possible d’obtenir des améliorations notables en combinant soins vétérinaires, ajustements de l’environnement et entraînement comportemental.

Si des fluctuations hormonales sont responsables des sautes d’humeur, une thérapie hormonale visant à réguler le cycle œstral pourrait constituer une option de traitement valable.

Stratégies de gestion

Il est important de bien comprendre et de traiter les causes de sautes d’humeur afin de favoriser une relation positive avec votre jument. Voici quelques conseils pour gérer efficacement une jument à l’humeur changeante :

Enrichissement du milieu de vie

Offrez un environnement de vie confortable et une stimulation mentale à votre cheval afin de prévenir l’ennui. Un abri adéquat, l’accès au pâturage, les interactions avec d’autres chevaux et les activités d’enrichissement peuvent avoir un effet positif sur son humeur.

Sorties à l’extérieur et exercice réguliers

Un programme d’exercice adéquat et un horaire régulier de sorties à l’extérieur contribuent grandement au bien-être physique et mental de la jument, réduisent son niveau de stress et favorisent un tempérament plus équilibré.

Routine constante

La constance a un impact positif sur le comportement des chevaux. Établissez une routine prévisible pour votre jument, particulièrement en ce qui a trait à ses repas, son programme d’exercice, sa routine de pansage et ses périodes de repos.

Entraînement comportemental

L’application de méthodes d’entraînement cohérentes peut contribuer à modifier les comportements de votre jument. Bâtir une relation de confiance à travers le travail au sol, des exercices de désensibilisation et le renforcement positif peut améliorer son tempérament général.

Maniement et lien affectif

Investissez du temps dans des activités qui favorisent la création du lien affectif avec votre jument, comme des séances de pansage régulières. Assurez-vous d’approcher et de manier votre jument avec patience et douceur, surtout lorsqu’elle adopte un comportement inhabituel. Évitez d’aggraver les situations et laissez-lui de l’espace au besoin.

Gestion nutritionnelle

Une alimentation adéquate joue un rôle clé dans le soutien de la santé générale et de l’équilibre de l’humeur. Assurez-vous que votre jument reçoive une alimentation équilibrée à base de fourrages, qui répond à ses besoins nutritionnels. Consultez un nutritionniste équin pour élaborer un plan d’alimentation approprié.

Suppléments alimentaires

Certaines juments présentant des sautes d’humeur bénéficient d’un apport en gattilier, un supplément à base de plantes qui favorise la régulation hormonale et le bon fonctionnement de l’hypophyse. [15] Il est fréquemment administré aux juments afin de favoriser un tempérament équilibré.

Soins vétérinaires

Les sautes d’humeur peuvent parfois être le signe d’un inconfort ou de problèmes de santé sous-jacents. Des examens vétérinaires réguliers et la prise en charge rapide de tout problème médical sont essentiels pour le bien-être de votre jument.

Aide professionnelle

Si les sautes d’humeur de votre jument persistent ou deviennent difficiles à gérer, demandez conseil à un comportementaliste équin, à un entraîneur ou à un vétérinaire spécialisé en comportement équin. Ils pourront vous offrir des recommandations adaptées au tempérament et aux besoins spécifiques de votre jument.

Suppression de l’œstrus

Dans certains cas, la gestion des comportements indésirables chez les juments peut nécessiter un traitement pour contrôler les fluctuations hormonales. Votre vétérinaire peut prescrire des thérapies hormonales afin de réguler ou de supprimer le cycle œstral.

Les traitements couramment utilisés pour supprimer l’œstrus comprennent la progestérone, l’ocytocine, la vaccination anti-GnRH ou l’ablation chirurgicale des ovaires.

Progestérone

L’administration de progestérone est une méthode courante pour maintenir les juments en période de diœstrus, ce qui inhibe efficacement les chaleurs. [8]

Le médicament le plus fréquemment utilisé à cette fin est l’altrénogest oral (Regu-Mate). Cependant, l’administration de Regu-Mate peut provoquer des douleurs musculaires chez certaines juments. [8][11]

Bien que le Regu-Mate soit efficace, il est très important de lire les précautions d’emploi et les mises en garde lors de son utilisation. Des réactions indésirables graves ont été rapportées chez des humains ayant absorbé ce médicament par la peau, particulièrement chez les femmes. [18]

Des formes injectables de progestérone sont également disponibles et couramment utilisées pour supprimer l’œstrus. [8]

Injections d’ocytocine

Des injections intramusculaires d’ocytocine, administrées après l’ovulation, ont démontré leur efficacité à inhiber les chaleurs chez certaines juments pendant plus de 30 jours. [8]

Cependant, cette méthode de suppression de l’œstrus nécessite des injections fréquentes pour maintenir son efficacité.

Vaccination anti-GnRH

La vaccination contre la GnRH est une autre stratégie visant à réguler les comportements liés à l’œstrus en réduisant la sécrétion d’hormones stéroïdes.

Ce traitement consiste à injecter de la gonadolibérine (GnRH) ou une forme modifiée de celle-ci, combinée à un adjuvant, pour stimuler la production d’anticorps anti-GnRH. [12][11] Ces anticorps se lient à la GnRH naturelle, l’empêchant d’agir sur les récepteurs de l’hypophyse.

Cela entraîne une réduction de la production habituelle de gonadotrophines, telles que l’hormone lutéinisante (LH) et l’hormone folliculostimulante (FSH). Ainsi, la sécrétion d’hormones stéroïdes diminue, ce qui conduit à une réduction des comportements associés à l’œstrus.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun vaccin anti-GnRH approuvé au Canada ou aux États-Unis. Cependant, en Australie, Zoetis commercialise un vaccin anti-GnRH sous le nom de Equity, spécifiquement destiné à la suppression de l’œstrus chez les juments. Parmi les effets secondaires signalés, on compte des réactions au site d’injection.

La réponse à ce vaccin varie considérablement d’une jument à l’autre. Même avec une inactivité ovarienne, certaines peuvent continuer à manifester des signes de comportement œstral. Les juments plus âgées peuvent avoir besoin de rappels de vaccin pour que le traitement soit efficace.

Il existe également un risque de suppression prolongée des cycles reproducteurs ou d’absence de reprise de l’activité ovarienne chez certaines juments. Les propriétaires de juments doivent être mis en garde quant aux effets possibles, et cette vaccination ne devrait pas être utilisée chez des juments destinées à la reproduction.

Ovariectomie

Une autre méthode visant à prévenir les comportements liés à l’œstrus est l’ovariectomie, c’est-à-dire l’ablation chirurgicale des ovaires. [11][13][14] Ce traitement est généralement réservé aux cas où les autres options se sont révélées inefficaces.

Avant d’envisager une ovariectomie chez une jument, son comportement devrait être évalué sur l’ensemble du cycle œstral. Si son comportement est problématique même en dehors des périodes de chaleur, il est possible qu’une ovariectomie ne donne pas de résultats.

Méthodes inefficaces

L’implantation d’une bille dans l’utérus au moment de l’ovulation a été utilisée pour supprimer l’œstrus pendant une période pouvant aller jusqu’à 90 jours. Toutefois, cette méthode n’est pas toujours efficace et comporte des risques d’effets secondaires. [11]

L’infusion intra-utérine d’huiles végétales, notamment d’huile de coco fractionnée ou d’huile d’arachide, est censée provoquer une inflammation transitoire dans l’utérus qui supprime l’œstrus. Cependant, cette méthode ne permet pas d’inhiber systématiquement les chaleurs chez les juments. [11]

Questions Fréquemment Posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur les juments lunatiques :

 

Résumé

  • Le comportement qualifié de « saute d’humeur » chez les juments peut être lié aux fluctuations hormonales du cycle œstral, mais il peut aussi découler de douleurs ou d’inconfort, de facteurs environnementaux ou de dynamiques sociales.
  • Il est important pour les propriétaires de chevaux et les cavaliers de comprendre les causes sous-jacentes et de déconstruire les mythes entourant le comportement des juments.
  • Si votre jument présente des signes de sautes d’humeur, consultez un vétérinaire afin d’évaluer son état de santé et d’exclure toute cause sous-jacente.
  • Des ajustements dans l’entraînement et la gestion peuvent contribuer au bien-être de votre jument et réduire les sautes d’humeur. Dans certains cas, une intervention vétérinaire pour supprimer les comportements liés à l’œstrus peut s’avérer bénéfique.
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Références

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  3. S. L. Crowell-Davis. Sexual behavior of mares. Hormones and Behavior. 2007 View Summary
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  5. P. Pryor and A. Tibary. Management of Estrus in the Performance Mare. Clinical Techniques in Equine Practice. 2005
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  7. H. S. Thomas. Mares Behaving Badly: Is it Estrus or Something Else? The Horse. 2023.
  8. Etta Agan Bradecam[. Estrus Suppression. AAEP. 2010.
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  10. M. O. Gastal, E. L. Gastal, M. A. Beg, and O. J. Ginther, Stallion-like Behavior in Mares: Review of Incidence, Characteristics, Ovarian Activity, and Role of Testosterone. Journal of Equine Veterinary Science. 2007.
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  12. I. Imboden, F. Janett, D. Burger, M. A. Crowe, M. Hässig, and R. Thun, Influence of immunization against GnRH on reproductive cyclicity and estrous behavior in the mare. Theriogenology. 2006. View Summary
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  17. Huggins, L. Abnormal mare behaviour is rarely associated with changes in hormonal markers of granulosa cell tumours: A retrospective study. Equine Vet J. 2023. View Summary
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