Jusqu’à 90 % des chevaux traités pour des ulcères gastriques avec l’oméprazole peuvent connaître une récidive d’ulcères lorsqu’ils arrêtent de prendre ce médicament.

Les chevaux peuvent développer une hypersécrétion d’acide qu’on appelle rebond acide après l’arrêt du traitement à l’oméprazole. Des niveaux plus élevés d’acide gastrique entraînent souvent la formation de nouveaux ulcères, en particulier si les causes sous-jacentes de l’ulcère n’ont pas été traitées.

Cette situation est frustrante autant pour les propriétaires de chevaux que les vétérinaires, puisqu’elle entraîne une diminution des performances et du bien-être du cheval. Pourquoi tant de chevaux connaissent-ils une récidive d’ulcères et que peut-on faire pour empêcher la réapparition de ces lésions gastriques ?

Certains chevaux de performance sont traités à l’oméprazole toute l’année pour réduire le risque de récidive.

Cependant, l’utilisation de l’oméprazole à long terme n’est pas conseillée, car ce médicament peut interférer avec la digestibilité et l’absorption de certains nutriments dans l’alimentation. Garder un cheval sous oméprazole est également une option coûteuse.

Au lieu de cela, vous pouvez prévenir la résurgence des ulcères chez votre cheval en soutenant sa santé intestinale, en identifiant les facteurs de risque et en adoptant des pratiques d’alimentation et de gestion fondées sur la science.

L’oméprazole pour le traitement des ulcères

GastroGard, une forme d’oméprazole à libération lente, est le seul traitement approuvé par l’agence fédérale américaine Food and Drug Administration (FDA) pour résoudre et prévenir les ulcères gastriques chez les chevaux. En raison de la forte prévalence du syndrome d’ulcération gastrique équin chez les chevaux de performance et de loisir, l’utilisation de ce médicament est répandue.

L’oméprazole est un inhibiteur de la pompe à protons qui agit en diminuant la production d’acide gastrique. En augmentant le pH gastrique (en réduisant l’acidité de l’estomac), l’oméprazole crée un environnement plus favorable pour permettre la guérison des ulcères existants.

Bien que le traitement à l’oméprazole soit efficace pour résoudre les ulcères existants dans la région squameuse de l’estomac, son effet n’est pas durable. L’oméprazole doit être administré en continu pour inhiber la sécrétion des sucs gastriques.

Preuve de récidive des ulcères chez les chevaux

Plusieurs études démontrent un taux élevé de récidive des ulcères après l’arrêt de l’oméprazole. [1][2][3]

Ces études démontrent que 4 mg/kg d’oméprazole administrés quotidiennement sont efficaces pour réduire le nombre et la gravité des ulcères. Cependant, lorsque le traitement est arrêté, les ulcères risquent de se former à nouveau.

Dans une étude, 90 % des chevaux ont présenté une récidive d’ulcère après l’arrêt de la dose quotidienne de 4 mg/kg d’oméprazole. [2]

Pour éviter cette résurgence, certains vétérinaires recommandent de réduire progressivement la dose à 1 ou 2 mg/kg après 28 jours. Cependant, même avec cette stratégie, de 16 à 20 % des chevaux développent de nouvelles lésions ou une aggravation des lésions pendant la période où la dose est réduite. [2][4][5]

De plus, les chevaux de performance qui sont les plus à risque de récidive d’ulcère pourraient ne pas être en mesure d’utiliser l’oméprazole en continu.

Les compétitions exigent que les chevaux subissent une période de sevrage de 72 heures du médicamentavant un évènement. Cela pourrait être suffisant pour qu’une ulcération se produise. [6]

Une attention particulière doit être accordée aux chevaux qui cessent de prendre de l’oméprazole. Il existe des stratégies que vous pouvez utiliser pour réduire le risque de récidive d’ulcère, dont nous parlerons plus loin dans cet article.

Pourquoi les ulcères réapparaissent-ils chez les chevaux?

Cette question demeure un domaine de recherche actif. Cependant, on a émis l’hypothèse que les mécanismes suivants contribueraient aux taux élevés de récidive d’ulcère chez les chevaux.

Rebond acide

Après l’arrêt du traitement à l’oméprazole, un rebond d’hyperacidité et une récidive d’ulcère sont fréquents.

Dans les études réalisées chez l’homme, de 22 à 44 % des patients présentent des symptômes d’hyperacidité après l’arrêt du traitement par inhibiteur de la pompe à protons. [7][8]

La production d’acide gastrique se produit dans les cellules pariétales de l’estomac, qui sécrètent de l’acide en réponse à plusieurs signaux, incluant l’histamine et l’hormone appelée gastrine.

La gastrine est sécrétée en réponse à un repas et déclenche la sécrétion d’histamine par les cellules entérochromaffines (ECL) de l’estomac. Ensemble, l’histamine et la gastrine stimulent les cellules pariétales pour produire l’acide gastrique.

Lorsque l’acide est sécrété et que le pH gastrique diminue, une boucle de rétroaction négative désactive la sécrétion de gastrine. [9]

L’oméprazole agit en inhibant la dernière étape de la production d’acide dans les cellules pariétales. Cela augmente le pH gastrique, ce qui permet à la production de gastrine d’augmenter. La gastrine déclenche également la prolifération des cellules entérochromaffines qui produisent l’histamine.

Une fois que le traitement à l’oméprazole est interrompu et que la sécrétion d’acide n’est plus bloquée, les cellules pariétales répondent à des taux plus élevés de gastrine et d’histamine en sécrétant davantage d’acide. Le résultat est un environnement hyper-acide, qui peut entraîner de nouvelles lésions de la muqueuse de l’estomac. [9]

Bien que ces mécanismes aient été principalement mis en évidence chez les humains et les modèles animaux, les chevaux traités avec 4 mg/kg d’oméprazole par jour présentaient des taux de gastrine deux fois supérieurs après 14 jours. [10] Cela suggère que des mécanismes similaires pourraient se produire chez les chevaux.

Diminution de l’efficacité au fil du temps

Une autre explication possible de la récidive des ulcères pendant et après le traitement à l’oméprazole est une perte d’efficacité au fil du temps.

Une étude a montré que la capacité de l’oméprazole à guérir complètement les ulcères diminuait avec le temps lorsque la dose de 4 mg/kg par jour était maintenue pendant 90 jours.

Le pourcentage de chevaux présentant des ulcères squameux ayant montré une guérison complète au bout de 30 jours était de 29 %. Ce chiffre est tombé à seulement 11 % des chevaux présentant une guérison complète au bout de 90 jours. [11]

Les raisons potentielles expliquant une réduction de l’efficacité au fil du temps incluent une diminution de l’observance du traitement par les propriétaires de chevaux ainsi qu’une régulation positive de la dégradation de l’oméprazole. Chez les chevaux ayant reçu 4 mg/kg par jour, la biodisponibilité (mesurée selon la quantité totale en circulation) a diminué de 50 % après 29 jours. [12]

L’oméprazole est catabolisé par le cytochrome hépatique 450 chez d’autres animaux et ce processus est régulé positivement durant un traitement continu. [13]

La voie ducytochrome 450 est utilisée pour cataboliser de nombreux xénobiotiques.Cela ne représente pas seulement une préoccupation pour la biodisponibilité de l’oméprazole, mais également de l’efficacité d’autres médicaments ou traitements administrés de manière concomitante.

Facteurs sous-jacents

Si les facteurs environnementaux ou alimentaires à l’origine des ulcères n’ont pas été gérés, les ulcères sont susceptibles de réapparaître une fois le traitement à l’oméprazole arrêté.

Les causes courantes d’ulcères incluent :

  • Une alimentation intermittente
  • De l’exercice de haute intensité, en particulier à jeun
  • Un apport important en céréales
  • Un accès limité à l’eau
  • Le transport et les changements d’environnement
  • Des changements au niveau du groupe social
  • Des niveaux de stress élevés

La meilleure façon de réduire le risque d’ulcère chez votre cheval est de vous assurer qu’il a un accès continu au fourrage et à l’eau, de limiter son stress, de ne jamais lui faire faire d’exercice à jeun et d’éviter les horaires de compétition surchargés.

Suivez notre guide sur l’alimentation du cheval sujet aux ulcères ou soumettez les informations de votre cheval en ligne pour une consultation gratuite avec nos nutritionnistes équins.

Pour certains chevaux de performance de haut niveau, il n’est peut-être pas possible de diminuer les horaires d’entraînement. Pour cette raison, il est possible que de nombreux chevaux soient maintenus sous traitement d’oméprazole à long terme, à une dose plus faible pour prévenir les ulcères gastriques chez ces chevaux.

Cependant, les recherches en cours suggèrent que l’oméprazole pourrait ne pas convenir à une utilisation à long terme. Cela peut avoir des effets indésirables sur la digestion et le métabolisme en plus d’augmenter le risque de fracture.

Préoccupations supplémentaires concernant l’utilisation de l’oméprazole

La réapparition des ulcères est une préoccupation majeure lorsqu’un cheval est traité à l’oméprazole, mais continuer de lui donner ce médicament n’est peut-être pas la meilleure stratégie. Non seulement l’oméprazole est coûteux, mais de plus, les observations démontrent qu’il provoque des effets négatifs chez les chevaux et d’autres animaux, incluant :

  • Une digestibilité réduite des protéines
  • Une diminution de l’absorption des minéraux, notamment du calcium et du magnésium
  • Un risque accru de fracture
  • Un risque accru de coliques lorsqu’il administré conjointement avec de la phénylbutazone

Effets sur la digestion et le métabolisme

L’oméprazole maintient un environnement gastrique moins acide jusqu’à 16 à 18 heures après l’administration. [14] Bien que cela puisse être bénéfique pour les ulcères, la réduction de l’acidité dans l’estomac peut affecter négativement la digestion des aliments.

Les acides gastriques sont requis pour l’activation des enzymes qui déclenchent les processus de digestion des protéines et des glucides. Dans un environnement moins acide, l’activation de ces enzymes est altérée, ce qui peut affecter la digestion des protéines et des glucides dans l’intestin antérieur.

Si trop de protéines et de glucides atteignent l’intestin postérieur, cela peut entraîner une acidose intestinale.

La recherche montre qu’un traitement de 11 jours à l’oméprazole modifie les biomarqueurs de la digestion des lipides, des protéines et des minéraux chez les chevaux. Cela inclut une augmentation du cholestérol plasmatique ainsi qu’une diminution des niveaux de magnésium et phosphore. [15]

Dans une autre étude, la digestibilité du calciuma été affectée négativement par le traitement à l’oméprazole. [10]

Risques accrus de fracture

Chez les humains prenant de l’oméprazole, on observe un risque accru de fracture lors de la prise du médicament. Les mécanismes proposés incluent l’hypergastrinémie (taux de gastrine élevés) et une diminution de l’absorption du calcium, du magnésium et de la vitamine B12. [9]

Les effets de l’utilisation à long terme de l’oméprazole sur la densité minérale osseuse ou le taux de fracture n’ont pas été établis chez les chevaux, mais on craint que cela puisse avoir un effet négatif sur la minéralisation osseuse.

Chez les chevaux, il a été démontré que le traitement à l’oméprazole induisait l’hypergastrinémie ainsi qu’une diminution de l’absorption des minéraux importants pour la santé des os.

L’absorption de la vitamine B12 se produit dans l’intestin postérieur des chevaux, ce qui est peu probable d’être affecté par le traitement à l’oméprazole et n’est donc probablement pas un facteur de risque de fracture chez les chevaux.

Risque de colique

Il a été démontré que l’association d’oméprazole et de phénylbutazone augmente le risque de complications intestinales, notamment le compactage du gros et du petit intestin, la diarrhée et la septicémie.[16]

Bien que cela n’ait été évalué que chez un petit groupe de chevaux, cela suggère qu’il faut faire preuve de prudence lors de la prescription de l’AINS phénylbutazone à un cheval sous traitement d’oméprazole et vice versa.

Ce risque accru peut être lié à des modifications du microbiome, de la motilité intestinale, de l’inflammation et/ou des ulcérations intestinales. [16]

Comment prévenir les récidives d’ulcères

Si votre cheval est prêt à arrêter l’oméprazole pour le traitement des ulcères gastriques, il est important de prendre des mesures préventives pour réduire le risque de récidive.

La prévention des récidives d’ulcères implique de modifier les facteurs alimentaires et de gestion susceptibles de contribuer au développement de ce problème de santé.

L’utilisation de suppléments de santé intestinale adaptés peut également réduire la résurgence des ulcères et minimiser la dépendance à l’oméprazole.

Les stratégies alimentaires courantes pour réduire le risque d’ulcère incluent : [3]

  • Donner des petits repas plus fréquemment pendant la journée
  • Réduire la teneur globale en amidon et en sucre dans l’alimentation
  • Diminuer la teneur en amidon et en sucre des repas individuels
  • Permettre un accès constant au fourrage et une hausse du temps de sortie au pâturage
  • Fournir suffisamment de protéines dans l’alimentation
  • Utiliser les gras pour augmenter la densité énergétique de l’alimentation si nécessaire
  • Favoriser la consommation d’eau avec un accès libre à l’eau et au sel
  • Nourrir le cheval avant l’exercice

Facteurs de gestion

Certains problèmes de gestion contribuent également au risque d’ulcère, en particulier s’ils contribuent au stress de votre cheval. Les facteurs de stress suivants ont été identifiés chez les chevaux :

  • Changements dans la dynamique du troupeau
  • Diminution du temps passé à l’extérieur
  • Mauvaise acclimatation au transport
  • Alimentation irrégulière ou horaires légers
  • Environnement pauvre en enrichissement
  • Problèmes de gestion contribuant aux comportements stéréotypés, ce qui peut limiter l’apport alimentaire

Suppléments pour soutenir la santé gastrique

La première étape pour garantir que les facteurs de risque du développement d’ulcères qui sont connus soient pris en compte est de travailler avec un nutritionniste équin et un spécialiste en comportement équin.

Une fois que les facteurs relatifs à la nutrition et la gestion ont été pris en compte, envisagez de donner un supplément pour la santé gastrique afin de soutenir la muqueuse de l’estomac lors de l’arrêt de l’oméprazole.

Le produit Visceral+ de Mad Barn a été testé cliniquement sur des chevaux sevrés de l’oméprazole.

Les chevaux ont été traités avec Gastroguard pendant 15 à 30 jours, puis ont reçu Visceral+ une à deux semaines avant l’arrêt de l’oméprazole. Visceral+ a été poursuivi pendant 30 jours après le traitement à l’oméprazole.

Tous les chevaux nourris avec Visceral+ ont montré une amélioration ou une résolution complète lorsqu’ils ont été réévalués au jour 60.

Visceral+soutient la santé gastrique et intestinale ainsi que le système immunitaire.

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Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées au sujet des ulcères gastriques chez les chevaux :

Résumé

Les taux de récidive des ulcères sont très élevés  à l’arrêt du traitement à l’oméprazole. Cependant, il existe des moyens pour soutenir la santé intestinale de votre cheval et pour réduire le risque de rebond d’un ulcère gastrique. Le produit Visceral+ de Mad Barn est un supplément de santé intestinale en granulés qui soutient la fonction gastrique ainsi que de l’intestin postérieur . Pour de meilleurs résultats, Visceral+  doit être ajouté à une alimentation équilibrée qui répond aux besoins du cheval en vitamines et minéraux et qui fournit des quantités d'amidon et de sucres minimales ainsi qu’un accès libre à des fourrages adaptés. Pour évaluer l'alimentation de votre cheval, soumettez ses informations en ligne à nos nutritionnistes équins qui peuvent vous aider à développer un programme d'alimentation qui favorise la guérison de l'ulcère et diminue le risque de récidive.

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Références

  1. Andrews, F.M. et al. Effect of a pelleted supplement fed during and after omeprazole treatment on nonglandular gastric ulcer scores and gastric juice pH in horses. Equine Vet Educ. 2015.
  2. Andrews, F.M. et al. Efficacy of omeprazole paste in the treatment and prevention of gastric ulcers in horses. Equine Vet J. 2010.
  3. Luthersson, N. et al. Effect of Changing Diet on Gastric Ulceration in Exercising Horses and Ponies After Cessation of Omeprazole Treatment. J Equine Vet Sci. 2019.
  4. Doucet, M.Y. et al. Efficacy of a paste formulation of omeprazole for the treatment of naturally occurring gastric ulcers in training standardbred racehorses in Canada. Can Vet J. 2003.
  5. McClure, S.R. et al. Efficacy of omeprazole paste for prevention of recurrence gastric ulcers in horses in race training.. J Am Vet Med Assoc. 2005.
  6. Viljanto, M. et al. Re-evaluation of the regulation of omeprazole in racehorses: An evidence-based approach. J Vet Pharmacol Ther. 2018.
  7. Reimer, C. et al. Proton pump inhibitor therapy induces acid-related symptoms in healthy volunteers after withdrawal of therapy. Gastroenterology. 2009.
  8. Niklasson, A. et al. Dyspeptic symptom development after discontinuation of a proton pump inhibitor: a double-blind placebo-controlled trial. Am J Gastroenterol. 2010.
  9. Sykes, B.W. A free ride: Is long-term omeprazole therapy safe and effective?. Equine Vet Educ. 2021.
  10. Pagan, J.D. et al. Omeprazole Reduces Calcium Digestibility in Thoroughbred Horses. J Equine Vet Sci. 2020.
  11. Kerbyson, N.C. et al. A Comparison Between Omeprazole and a Dietary Supplement for the Management of Squamous Gastric Ulceration in Horses. J Equine Vet Sci. 2016.
  12. Di Salvo, A. et al. Pharmacokinetics and tolerability of a new formulation of omeprazole in the horse. J Vet Pharmacol Ther. 2017.
  13. Diaz, D. et al. Omeprazole is an aryl hydrocarbon-like inducer of human hepatic cytochrome P450. Gastroenterology. 1990.
  14. Videla, R. and Andrews, F.M. New Perspectives in Equine Gastric Ulcer Syndrome. Vet Clin North America: Equine Pract. 2009.
  15. Melo, S.K.M. et al. A Proton-Pump Inhibitor Modifies the Concentration of Digestion Biomarkers in Healthy Horses. J Equine Vet Sci. 2014.
  16. Ricord, M. et al. Impact of concurrent treatment with omeprazole on phenylbutazone-induced equine gastric ulcer syndrome (EGUS). Equine Vet J. 2020.