Les radiographies, communément appelées rayons X, comptent parmi les outils diagnostiques les plus précieux en médecine vétérinaire équine. Ces images permettent aux vétérinaires d’examiner les structures internes du cheval, principalement les os et les articulations, sans devoir recourir à une chirurgie ou à des procédures invasives.

Que l’on cherche à évaluer une boiterie persistante, à examiner un gonflement ou une douleur, ou à réaliser un examen préachat, les radiographies fournissent des renseignements essentiels qui orientent les décisions thérapeutiques et aident à suivre l’évolution de la guérison au fil du temps.

Une préparation adéquate du cheval et un positionnement précis sont essentiels pour obtenir des images nettes et exactes. Un cheval calme et coopératif, un site d’imagerie propre et une équipe vétérinaire expérimentée contribuent tous à produire des images radiographiques de qualité. Une sédation peut s’avérer nécessaire pour garder le cheval immobile pendant l’examen, ce qui permet d’obtenir des images de haute qualité et d’assurer la sécurité de l’équipe vétérinaire.

Poursuivez votre lecture pour découvrir comment les radiographies sont utilisées en médecine équine, comment préparer un cheval pour un examen radiographique et ce à quoi vous pouvez vous attendre durant le processus. Que vous soyez propriétaire de cheval, entraîneur ou professionnel de l’industrie équine, comprendre le rôle des radiographies dans le diagnostic et le traitement vous aidera à prendre des décisions éclairées concernant la santé et les performances de votre cheval.

Radiographies pour les chevaux

Les radiographies, également appelées rayons X, constituent un outil diagnostique important pour évaluer les os et les articulations des chevaux. Elles sont généralement utilisées dans l’évaluation d’un cas de boiterie, puisque le vétérinaire peut ainsi détecter des affections comme l’arthrite ou l’ostéochondrose disséquante.

Les radiographies sont produites en dirigeant des photons de rayons X, une forme de rayonnement, à travers les tissus du cheval jusqu’à une plaque numérique. Chaque tissu absorbe une quantité spécifique d’énergie, limitant la portion qui atteint la plaque de l’autre côté. [1]

Le tissu le plus dense, l’os, absorbe presque toute l’énergie dirigée vers lui, empêchant les rayons X d’atteindre le film ou la plaque. Ces zones apparaissent en blanc sur la radiographie. À l’inverse, les liquides corporels absorbent très peu d’énergie, ce qui permet à la majorité de l’énergie du photon d’atteindre la plaque. Ces zones apparaissent en noir sur l’image finale. [1]

Le vétérinaire peut ensuite interpréter l’image finale pour identifier les changements susceptibles d’expliquer la boiterie d’un cheval.

Utilisation clinique

Les vétérinaires utilisent les rayons X pour évaluer les os et les articulations du cheval. Dans certains cas, ils peuvent aussi recourir aux radiographies pour rechercher certains types d’anomalies des tissus mous.

Les utilisations courantes des rayons X comprennent : [1]

Équipement

Un système de radiographie vétérinaire comporte deux éléments de base : le générateur de rayons X et la cassette. [1]

Les générateurs produisent les photons enregistrés par la cassette. De nombreux vétérinaires équins utilisent des générateurs mobiles, qui leur permettent de prendre des radiographies directement à l’écurie. Ces unités sont portatives et ne nécessitent qu’une source d’alimentation. Toutefois, elles sont moins puissantes que les appareils utilisés en clinique, ce qui les rend plus susceptibles de produire des images floues. Il est également plus difficile d’obtenir des images adéquates de l’épaule, du bassin et d’autres structures, car l’appareil n’est pas suffisamment puissant pour transmettre les photons à travers les tissus plus denses. [1]

La cassette contient la plaque numérique qui enregistre l’image radiographique. Pour les systèmes portatifs, un assistant tient la cassette derrière la zone à radiographier et veille à ce qu’elle soit alignée avec le faisceau du générateur. Tout mouvement de la cassette pendant la prise de la radiographie peut entraîner une image floue. [1] Le vétérinaire peut également fixer des marqueurs métalliques sur la cassette pour produire une étiquette sur l’image finale, souvent un « L » ou un « R » métallique, indiquant si l’image correspond au membre gauche ou droit. [1]

Pour les images des sabots, des dispositifs de positionnement du pied sont nécessaires pour assurer le bon emplacement de la cassette. Certains systèmes exigent que la cassette soit placée sous le pied du cheval pour obtenir les clichés du sabot. Dans ce cas, le vétérinaire glisse la cassette dans un boîtier protecteur qui permet tout de même aux photons d’atteindre la plaque. [1]

Sécurité

L’exposition aux rayons X peut entraîner des problèmes de santé importants chez les humains, surtout en cas d’exposition fréquente ou de doses élevées ponctuelles. Il est donc essentiel pour l’équipe vétérinaire des précautions de sécurité, tout particulièrement pour les personnes qui prennent des rayons X quotidiennement.

L’équipement de sécurité requis pour toute personne se trouvant à proximité d’un appareil de rayons X en fonctionnement comprend : [1]

  • Des tabliers, des gants et des cache-thyroïdes plombés
  • Des supports de cassette pour augmenter la distance entre l’assistant et la cassette
  • Un dosimètre, qui mesure la quantité de rayonnement à laquelle une personne est exposée

Les personnes travaillant avec des rayons X doivent également suivre une formation spécialisée en sécurité nucléaire et s’enregistrer auprès du gouvernement afin qu’un suivi de leur exposition cumulative soit effectué au fil du temps.

Procédure de radiographie

Le processus de prise d’une radiographie est relativement simple, mais une préparation adéquate est essentielle pour obtenir une image diagnostique nette.

Les raisons les plus courantes pour lesquelles les radiographies doivent être répétées chez les chevaux sont : [1][2]

  • Flou dû au mouvement : causé par le cheval ou l’appareil lors de la prise de la radiographie
  • Mauvais positionnement : dû à un mauvais alignement de l’appareil ou à un cheval peu coopératif
  • Artéfacts : matériaux non visés par la radiographie, mais qui interfèrent avec l’absorption des photons

De plus, les femmes enceintes ou les jeunes enfants ne devraient pas être exposées aux rayons X.

Pour éviter un flou dû au mouvement, les vétérinaires sédatent généralement le cheval afin de limiter ses mouvements. Le type de sédatif utilisé dépend de l’animal et du nombre de radiographies requis. L’utilisation de supports, de blocs ou d’autres objets pour stabiliser la cassette et le générateur contribue aussi à réduire le flou.

Un positionnement adéquat exige souvent que le cheval se tienne d’une manière particulière, par exemple en appui sur un bloc ou avec un membre soutenu pour qu’il ne porte pas de poids. [1] La sédation facilite ce positionnement en rendant le cheval plus coopératif. Elle donne aussi au vétérinaire le temps nécessaire pour aligner correctement le générateur et la cassette sans craindre que le cheval ne bouge.

De nombreux artéfacts observés sur les radiographies équines proviennent de débris, de saleté, d’amas de poils mouillés ou d’autres corps étrangers présents sur la peau du cheval. [1] Le pansage du cheval pour enlever les débris peut améliorer la qualité des images. [1]

Pour les radiographies incluant le pied, les vétérinaires remplissent généralement le sabot avec de la plasticine ou un matériau similaire. Ce matériau comble les fissures ou espaces dans le sabot, empêchant ainsi la formation de poches d’air qui pourraient projeter des ombres sur les os et mener à des erreurs d’interprétation. [1]

Une fois le cheval prêt pour l’examen, le vétérinaire positionne le générateur et la cassette (tenue par l’assistant) pour radiographier la zone ciblée. Après la mise en marche du générateur, l’appareil émet un signal sonore qui indique que l’image est prête à être examinée. Pour les systèmes numériques, la cassette transfère l’information à un ordinateur, sur lequel la radiographie peut être visualisée immédiatement. Pour les systèmes analogiques, le film de la cassette doit être développé avant d’être visualisé, mais cette méthode est moins courante en raison de la popularité des systèmes numériques. [1]

Pour chaque zone examinée, le vétérinaire prend au moins deux images, espacées de 90 degrés. Il s’agit d’une vue dite orthogonale, qui permet de comparer les anomalies observées sur une image avec celles de l’image prise sous un angle différent. Ceci est particulièrement important dans le cas de fractures, où un artéfact peut donner l’apparence d’une fracture sur une image, alors que cette dernière semble invisible sous un autre angle.

Interprétation des résultats

L’interprétation des radiographies peut être complexe, puisqu’elles produisent une image bidimensionnelle d’un objet tridimensionnel. Les structures osseuses, les tissus mous et d’autres éléments se superposent sur l’image finale, ce qui rend leur distinction précise plus difficile.

Pour évaluer la radiographie, le vétérinaire analyse l’image de façon systématique afin de s’assurer que tous les os et toutes les articulations sont examinés. Il peut comparer les images à des atlas radiologiques, des ouvrages de référence qui contiennent des images d’os et d’articulations normaux et anormaux. [1] L’ajustement du contraste de l’image peut aider à repérer des changements subtils qui pourraient autrement passer inaperçues. [1]

« Les radiographies sont l’un de nos outils les plus puissants pour diagnostiquer les boiteries et les blessures osseuses. En tant que pilier de la médecine équine, ces images fournissent généralement des réponses claires qui, dans la plupart des cas, permettent de guider efficacement les décisions thérapeutiques. »

Dre Jennifer Skaggs, D.M.V.
Vétérinaire équin

Votre vétérinaire pourrait recommander d’envoyer les images à un spécialiste en imagerie diagnostique. Ces vétérinaires reçoivent une formation supplémentaire en interprétation radiographique. Si votre vétérinaire utilise un système numérique, l’envoi de radiographies pour une interprétation spécialisée est simple grâce aux plateformes d’imagerie numérique en ligne.

Il est important de noter que les radiographies ne permettent généralement d’évaluer que les structures osseuses. Les tissus mous comme les ligaments, les tendons et le cartilage peuvent apparaître sur une radiographie, mais ne sont pas représentés avec suffisamment de détails pour permettre un diagnostic.

Les principales observations sur les radiographies correspondent soit à une augmentation de densité osseuse, soit à une perte osseuse. [1] Ces deux processus indiquent une maladie osseuse pouvant provoquer une boiterie chez les chevaux. Les vétérinaires peuvent également identifier des fractures à l’aide de radiographies.

Augmentation de la densité osseuse

La plupart des cas d’augmentation de la densité osseuse correspondent à des zones de nouvelle formation osseuse, notamment au niveau des points d’insertion des ligaments ou autour d’une articulation. Cela constitue un indicateur d’inflammation chronique ou de dommages au niveau de l’os, comme ceux associés à des changements arthritiques dégénératifs. [1]

Ces zones ont généralement une apparence rugueuse et irrégulière sur les radiographies. Une zone lisse de prolifération osseuse peut indiquer une ancienne blessure qui ne cause plus de boiterie ni de douleur. [1]

L’os peut également devenir sclérotique (plus dense). Un os sclérotique apparaît plus blanc que l’os normal et indique que la structure osseuse est soumise à une contrainte. [1] Par exemple, la portion antérieure du canon est plus dense que la partie postérieure, puisqu’elle est davantage sollicitée durant le mouvement normal. Une sclérose anormale peut révéler une usure accrue ou un stress supplémentaire sur une région particulière.

Diminution de la densité osseuse

La perte osseuse se produit soit par résorption, soit par lyse (destruction des tissus). La résorption correspond à l’élimination de tissu osseux par l’organisme dans le cadre de ses processus d’entretien continus. Dans la plupart des cas, la résorption survient lorsqu’une pression est exercée sur la surface osseuse. Par exemple, en présence d’un kératome, c’est-à-dire une masse à l’intérieur de la boîte cornée du sabot, celle-ci peut exercer une pression sur la troisième phalange (os du pied) et provoquer une résorption. La résorption se caractérise généralement par des bords lisses sur l’image radiographique et progresse lentement au fil du temps. [1]

La lyse suggère quant à elle une destruction active de l’os par un autre processus, tel qu’une infection bactérienne. Elle se caractérise généralement par des bords rugueux et irréguliers sur l’image, et évolue plus rapidement que la résorption. [1]

Fractures

Les fractures correspondent à une fissure ou à un espace visible dans l’os sur les images radiographiques. Elles apparaissent comme une ligne sombre au sein de l’os, qui est habituellement blanc ou gris. Il existe de nombreux types de fractures, classées selon leur nature, leur gravité et la taille de l’espace entre les fragments osseux. [3]

Durant les premières phases suivant une fracture, il peut être très difficile de la visualiser sur une radiographie. Pour qu’une fracture soit visible, les fragments osseux doivent se séparer légèrement. Il est possible que les fractures non déplacées, où les fragments sont encore en contact et conservent une configuration normale, n’apparaissent pas sur les radiographies. Il faut compter de 5 à 10 jours pour que ce type de fracture devienne visible après la blessure. [3]

Préparation pour une radiographie

La prise de radiographies nécessite une préparation minimale. Avant l’arrivée de votre vétérinaire, assurez-vous que votre cheval est propre et que ses sabots ont été nettoyés. Installez votre cheval dans un endroit calme et sécuritaire à proximité d’une prise électrique. Les allées d’écurie constituent généralement des lieux idéaux pour la prise de radiographies.

Si votre vétérinaire vous a demandé d’administrer un sédatif par voie orale, tel que du gel de détomidine, donnez le médicament en respectant la posologie et le moment indiqués.

Si votre cheval porte des fers, votre vétérinaire pourrait vous demander de les faire retirer avant la prise de radiographies. Les fers en métal peuvent interférer avec le faisceau de rayons X lors de la prise d’images du sabot. Ils peuvent également bloquer des structures clés qui doivent être évaluées. Contactez votre maréchal-ferrant afin que les fers de votre cheval soient retirés à temps pour le rendez-vous.

Complications

Les radiographies sont très sécuritaires pour le cheval, puisqu’il ne reçoit qu’une faible quantité de rayonnement durant la procédure. Rarement, des complications peuvent survenir si le cheval réagit à la sédation utilisée pour l’immobiliser pendant l’examen.

La plupart des effets indésirables sont bénins et de courte durée, et avec une surveillance régulière ainsi que des soins de soutien, les chevaux se rétablissent sans problème.

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur les radiographies chez les chevaux :

Résumé

Les radiographies, ou rayons X, constituent un outil diagnostique précieux pour évaluer les os et les articulations d’un cheval.

  • Les radiographies permettent de diagnostiquer les anomalies osseuses, y compris la formation de nouveaux tissus osseux ou la perte osseuse
  • La majorité des radiographies sont utilisées pour diagnostiquer des boiteries touchant les sabots et les membres
  • Selon leur tempérament et le type d’images requises, certains chevaux peuvent avoir besoin d’une sédation pour la procédure
  • La procédure est sécuritaire pour le cheval en raison de la faible dose de rayonnement
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Références

  1. Weaver. M. and Barakzai. S. Handbook of Equine Radiography. Saunders Elsevier, Edinburgh. 2010.
  2. O'Brien. T. O'Brien’s Radiology for the Ambulatory Equine Practitioner. Teton NewMedia, New York. 2005.
  3. Janet A. Butler et al. Clinical Radiology of the Horse. Wiley-Blackwell, Chichester, West Sussex, UK. 2016.