Le système nerveux intervient dans tous les aspects de la santé et des performances du cheval, de l’équilibre et de la coordination à la perception sensorielle en passant par le comportement. Lorsque ce système est perturbé, les signes peuvent être discrets ou intenses, et il peut être difficile de distinguer une maladie neurologique d’autres causes menant à une boiterie ou une baisse de performance.

Un examen neurologique est une démarche systématique que les vétérinaires utilisent pour évaluer le fonctionnement du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs périphériques chez le cheval.

En observant attentivement le cheval au repos et en mouvement, puis en réalisant des tests précis des réflexes, de la coordination et des réponses aux stimuli, le vétérinaire peut repérer des anomalies et localiser les problèmes au sein du système nerveux.

Le fait d’avoir des connaissances de base concernant l’examen neurologique peut aider les propriétaires de chevaux à être plus à l’aise avec cette procédure et à comprendre l’importance d’une intervention vétérinaire rapide. Le dépistage rapide des troubles neurologiques améliore le pronostic et joue un rôle crucial dans la sécurité du cheval et de la personne qui le manipule.

Examen neurologique chez le cheval

Les vétérinaires utilisent l’examen neurologique pour déterminer s’il existe des anomalies au niveau du système nerveux du cheval. Un examen approfondi permet d’évaluer les régions du cerveau, de la moelle épinière ou des nerfs susceptibles d’être atteintes.

Les symptômes de maladie neurologique chez le cheval varient considérablement selon la portion du système nerveux touchée. Les signes cliniques peuvent comprendre : [1]

  • Un manque de coordination (ataxie)
  • Des trébuchements
  • Des mouvements exagérés des membres
  • Des tremblements de la tête
  • Une léthargie marquée
  • Une faiblesse
  • Une paralysie
  • Des convulsions
  • Une cécité
  • Une asymétrie faciale
  • Une incapacité à cligner des yeux
  • Une incapacité à avaler
  • Une langue flasque
  • Une incontinence urinaire
  • Des changements de comportement ou de l’état mental
  • Une atrophie musculaire
Le cheval possède une capacité remarquable à compenser les déficits neurologiques. C’est pourquoi de nombreux chevaux atteints de pathologies neurologiques ne présentent que des signes cliniques subtils. L’examen neurologique vise à mettre le système nerveux du cheval à l’épreuve au moyen d’une série de tests afin de rendre les déficits plus apparents et de faciliter le diagnostic.

Équipement

Un examen neurologique requiert peu de matériel. L’équipement comprend généralement : [2]

  • Une lampe-stylo ou une lampe de poche
  • Une pince hémostatique ou un stylo pour stimuler la peau
  • Une serviette utilisée comme bandeau pour couvrir les yeux
  • Un licou et une longe pour maîtriser le cheval

La présence d’un assistant chargé de retenir et de mener le cheval est également nécessaire.

Procédure

Le déroulement général d’un examen neurologique peut varier d’un vétérinaire à l’autre, mais les principaux objectifs consistent à évaluer le comportement et l’état général du cheval, la fonction de ses nerfs crâniens ainsi que sa démarche et sa posture.

Examen général

Le vétérinaire commence par observer le comportement du cheval au repos. Cette étape permet de repérer une léthargie ou des déficits proprioceptifs, c’est-à-dire des difficultés à s’orienter dans son environnement. Il peut également noter toute posture ou position anormale adoptée par le cheval. [2]

Un examen attentif de la symétrie du cheval aide à déceler une atrophie musculaire (perte de masse musculaire), ce qui peut indiquer un dysfonctionnement nerveux. [2]

À l’aide d’un stylo ou d’un autre objet pointu, le vétérinaire peut stimuler différentes zones de la peau du cheval afin d’évaluer la réaction.

Le cheval devrait contracter la peau ou tenter de reculer lorsqu’il ressent la pression. L’absence de réaction suggère un déficit des nerfs qui innervent cette région cutanée ou la présence d’une douleur empêchant le cheval de s’écarter de la pression. [2][3]

Le vétérinaire manipule également la queue du cheval afin de vérifier le tonus musculaire dans cette région.

Au cours de l’examen général, le vétérinaire recherche une asymétrie, des réflexes inhabituels ainsi que des changements de posture ou de comportement pouvant évoquer un trouble neurologique.

Examen des nerfs crâniens

Les nerfs crâniens sont un ensemble de nerfs qui émergent directement du cerveau et assurent la sensibilité, la motricité et l’activation des structures de la tête et du cou.

La mise en évidence de déficits au niveau des nerfs crâniens peut indiquer une atteinte du nerf lui-même ou une anomalie du cerveau entraînant une altération de la fonction nerveuse. [2]

On compte douze nerfs crâniens, et le vétérinaire en évalue l’ensemble des fonctions lors de l’examen neurologique. [2]

Durant l’examen des nerfs crâniens, le vétérinaire réalise une série de tests de réflexes, dont le clignement réflexe à la menace et des tests avec les yeux bandés pour évaluer l’odorat, l’ouïe et l’équilibre du cheval.

Nerf olfactif

Le nerf olfactif est responsable de l’odorat du cheval. La présentation d’un aliment ou d’une odeur inhabituelle à un cheval aux yeux bandés et l’observation de sa réaction peut aider à déceler un problème au niveau de ce nerf. [2]

Nerf optique

Le nerf optique est responsable de la vision. Les vétérinaires utilisent un test de clignement réflexe à la menace pour déterminer si le cheval est aveugle. Ce test consiste à approcher rapidement la main de l’œil du cheval afin de vérifier s’il cligne des yeux ou détourne la tête. [2]

Nerf oculomoteur

Le nerf oculomoteur contrôle le diamètre de la pupille. Si ce nerf est intact, la pupille devrait se contracter lorsqu’on expose l’œil à une lumière vive. [2]

Nerfs oculomoteur, trochléaire et abducens

Les nerfs oculomoteur, trochléaire et abducens contrôlent le mouvement du globe oculaire. Le vétérinaire déplace la tête du cheval et observe la réponse des yeux. En présence d’un déficit, les yeux ne suivent pas le mouvement de la tête ou réagissent de façon anormale. [2]

Nerf trijumeau

Le nerf trijumeau stimule les muscles masticateurs et assure la sensibilité de la peau du visage. [2] Le vétérinaire évalue la sensibilité cutanée en touchant les oreilles, les paupières, le visage et l’intérieur des naseaux afin de provoquer une réaction.

Il peut aussi vérifier la fonction des muscles masticateurs en offrant une gâterie et en observant la capacité à mastiquer. [2]

Nerf facial

Le nerf facial stimule les mouvements des muscles du visage, permettant au cheval de bouger les oreilles, les paupières, les naseaux et les lèvres. [2]

Les signes d’une atteinte du nerf facial chez le cheval comprennent : [2]

  • Une oreille tombante
  • Un affaissement de la lèvre et du naseau
  • Une diminution de la production de larmes
  • Une paupière tombante

Nerf vestibulocochléaire

Le nerf vestibulocochléaire contribue à l’équilibre et à l’audition. En couvrant les yeux du cheval et en observant ses mouvements, le vétérinaire arrive à repérer une atteinte de ce nerf. [2]

L’évaluation de la réaction du cheval aux sons permet également de détecter une surdité ou une perte auditive. [2]

Nerfs glossopharyngien, vague et accessoire

Ces nerfs sont responsables du mouvement du pharynx et du larynx (organe de la voix). L’observation de la déglutition du cheval peut révéler une anomalie du pharynx.

Le vétérinaire peut aussi effectuer un test de réflexe thoracolaryngé (slap test), qui consiste à taper doucement le garrot tout en palpant le larynx. Chez un cheval en santé, les cartilages du larynx devraient se contracter légèrement en réponse à cette stimulation. [2]

Nerf hypoglosse

Ce nerf assure la motricité de la langue. Le vétérinaire tire la langue hors de la bouche et vérifie si le cheval peut la rétracter spontanément. [2]

Démarche et posture

L’examen de la démarche et de la posture consiste à faire exécuter une série de manœuvres visant à accentuer tout déficit locomoteur. [2]

Ces manœuvres comprennent : [2]

  • Marcher en ligne droite
  • Marcher avec la tête relevée
  • Reculer
  • Effectuer des cercles
  • Monter et descendre des pentes

Selon le test, le vétérinaire peut également bander les yeux du cheval pour l’empêcher de compenser visuellement son déficit neurologique. [2] Le vétérinaire peut aussi tirer doucement sur la queue du cheval pendant qu’il marche afin d’évaluer toute faiblesse.

Pendant cette évaluation, le vétérinaire recherche : [2]

  • Une faiblesse, comme le fait de traîner les pieds ou de trébucher
  • Une ataxie (manque de coordination)
  • Une hypermétrie entraînant une flexion excessive des articulations, ce qui se traduit par une démarche relevée et exagérée
  • Une spasticité provoquant une diminution de la flexion des articulations

Si un déficit est observé, le vétérinaire l’évalue selon une échelle en 5 points : [2]

  • Grade 0 : Aucun déficit constaté
  • Grade 1 : Déficits difficiles à détecter dans des conditions normales, mais présents lorsque le cheval est sollicité
  • Grade 2 : Déficits visibles lors des déplacements dans des conditions normales, par exemple lors de déplacements en cercle
  • Grade 3 : Déficits évidents lors des déplacements dans des conditions normales
  • Grade 4 : Déficits évidents à l’arrêt, avec chute ou quasi-chute lors des déplacements normaux
  • Grade 5 : Incapacité à se tenir debout

Le vétérinaire peut également effectuer des tests de positionnement des membres afin de vérifier si le cheval perçoit la position de ses membres dans l’espace (proprioception) et s’il est capable de les ramener spontanément en position normale.

Pour ce faire, le vétérinaire place le membre dans une position inhabituelle, par exemple : [2]

  • Croiser la jambe par-dessus le membre opposé
  • Placer la jambe dans une position très écartée
  • Déposer le sabot au sol en position fléchie, de sorte que le cheval doive déplacer le membre pour remettre la sole à plat sur le sol
Lors de l’évaluation de la démarche et de la posture, le vétérinaire analyse les déplacements du cheval ainsi que la mécanique de ses membres. Les mouvements sont évalués sur une échelle de 0 à 5, indiquant la gravité des déficits observés.

Interprétation des résultats

Les résultats de l’examen neurologique permettent au vétérinaire d’effectuer une localisation neuroanatomique. Il s’agit de déterminer l’emplacement précis du déficit au sein du système nerveux du cheval afin d’établir une liste de diagnostics possibles. [1]

Dans un premier temps, le vétérinaire vérifie si les nerfs crâniens sont atteints. Si tel est le cas, l’origine de l’atteinte se situe probablement au niveau du cerveau ou du tronc cérébral. Dans le cas contraire, l’atteinte concerne plutôt la moelle épinière. [1]

Le cerveau

Le cerveau est une structure complexe composée de nombreux éléments qui contrôlent les fonctions corporelles du cheval. En fonction des signes cliniques observés, le vétérinaire peut localiser la maladie dans l’une des trois régions suivantes. [1]

Cerveau (hémisphères cérébraux)

Les hémisphères cérébraux contrôlent les mouvements volontaires, le traitement des informations sensorielles et la pensée consciente. Un cheval présentant des signes de convulsions, de cécité ou d’un état confusionnel est susceptible d’être atteint d’une affection cérébrale.

Les troubles cérébraux comprennent : [4]

  • L’encéphalopathie hépatique
  • L’intoxication au maïs sucré moisi
  • L’intoxication au centaurée du solstice
  • L’épilepsie juvénile
  • La narcolepsie
  • La méningite ou encéphalite d’origine infectieuse
  • Les traumatismes

Cervelet

Le cervelet est responsable de l’équilibre et de la posture. Les signes d’atteinte au cervelet incluent l’hypermétrie (flexion excessive des articulations en mouvement), des tremblements et une faiblesse.

Les pathologies touchant le cervelet comprennent : [4]

  • La rage
  • L’abiotrophie cérébelleuse
  • L’hypoplasie cérébelleuse
  • Les traumatismes

Tronc cérébral

Le tronc cérébral assure la régulation des fonctions automatiques comme la respiration et la fréquence cardiaque. Les chevaux atteints d’une maladie du tronc cérébral peuvent présenter une altération de l’état de conscience, une paralysie des quatre membres ou d’autres déficits locomoteurs graves.

Parmi les maladies pouvant toucher cette région, on retrouve : [4]

  • L’encéphalite équine de l’Est
  • Le virus du Nil occidental
  • La rage
  • La myéloencéphalite équine à protozoaire
  • Les traumatismes
Lorsque des déficits des nerfs crâniens sont observés, l’origine de la maladie se situe probablement au niveau cérébral. Parmi les affections cérébrales chez le cheval, on peut notamment citer l’épilepsie, la rage, l’encéphalite équine de l’Est, la myéloencéphalite équine à protozoaire et le virus du Nil occidental.

Moelle épinière

La moelle épinière s’étend du tronc cérébral jusqu’à la région lombaire, où elle se divise en plusieurs faisceaux nerveux appelés cauda equina. L’une de ses fonctions principales consiste à contrôler les mouvements des membres.

En évaluant le degré d’ataxie (manque de coordination) de chacun des membres, le vétérinaire peut déterminer la provenance potentielle de l’atteinte de la moelle épinière : [1]

  • Ataxie plus marquée aux membres postérieurs qu’aux membres antérieurs : si l’ataxie est plus prononcée aux membres postérieurs, la lésion se situe généralement dans la portion moyenne ou supérieure de l’encolure.
  • Ataxie plus marquée aux membres antérieurs : si les membres antérieurs sont plus sévèrement touchés, la région atteinte se situe entre la partie inférieure de l’encolure et l’avant du garrot.
  • Atteinte limitée aux membres postérieurs : si les membres antérieurs sont normaux mais que les postérieurs démontrent un manque de coordination, la moelle épinière au niveau du dos est probablement atteinte.
  • Paralysie de la queue ou de la vessie : les chevaux souffrant d’une dysfonction de la queue ou de la vessie ont probablement une lésion au niveau du sacrum (bas du dos) ou de la cauda equina.

Plusieurs affections peuvent toucher la moelle épinière du cheval, notamment : [4]

  • La spondylomyélopathie cervicale équine (syndrome de Wobbler)
  • La myéloencéphalopathie dégénérative équine
  • La maladie du motoneurone équin
  • L’herpèsvirus équin
  • La polynévrite équine
  • La myéloencéphalite équine à protozoaire
  • La rage
  • Les traumatismes
Les chevaux présentant une incoordination des membres sans atteinte des nerfs crâniens ont probablement un problème d’origine médullaire. Parmi les maladies de la moelle épinière figurent notamment la maladie du motoneurone équin, la polynévrite équine et le syndrome de Wobbler.

Les nerfs périphériques

Les nerfs périphériques sont les nerfs situés dans l’ensemble du corps, à l’extérieur de la moelle épinière. Ils contrôlent les mouvements musculaires, la sensibilité et d’autres fonctions. Certaines maladies peuvent affecter ces nerfs et entraîner des troubles fonctionnels que le vétérinaire peut identifier lors de l’examen.

Parmi les affections des nerfs périphériques, on retrouve : [1]

  • Le harper
  • La neuropathie laryngée récurrente (« cornage »)
  • La dysautonomie équine
  • Le botulisme
  • La paralysie du nerf suprascapulaire

Préparer votre cheval pour un examen neurologique

Il n’y a aucune mesure particulière à prendre pour préparer votre cheval à un examen neurologique.

Votre vétérinaire peut vous demander de manipuler le cheval pendant l’examen, notamment pour le trot ou le déplacement en longe. Prévoyez d’avoir l’équipement approprié avec vous, comme une longe et une cravache.

Complications

L’examen neurologique est une procédure non invasive menant rarement à des complications. Les chevaux souffrant d’un manque de coordination sévère peuvent chuter durant l’examen. Si tel est le cas, ils peuvent se blesser ou blesser les personnes qui les manipulent.

Un léger stress ou une résistance peuvent également survenir lorsque le cheval doit exécuter des mouvements inhabituels, mais ces réactions sont généralement temporaires.

Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées sur les examens neurologiques chez les chevaux :

Résumé

L’examen neurologique constitue une approche systématique d’évaluation du système nerveux du cheval.

  • Ces tests permettent d’identifier les maladies neurologiques et de distinguer ces maladies d’une douleur d’origine musculosquelettique
  • L’évaluation comprend l’observation du cheval au repos ainsi qu’en mouvement
  • Le vétérinaire peut demander au cheval d’exécuter des mouvements inhabituels, comme effectuer des cercles serrés, reculer ou monter et descendre des pentes
  • En fonction des résultats obtenus, le vétérinaire peut déterminer quelle région du système nerveux est la plus susceptible d’être atteinte
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Références

  1. Furr. M. and Reed. S. M. Equine Neurology. Second edition. John Wiley & Sons Inc, Ames, Iowa. 2015.
  2. Costa. L. R. R. and Paradis. M. R. Manual of Clinical Procedures in the Horse. Wiley Blackwell, Hoboken. 2018.
  3. Hahn. C. Neurological Examination of Horses. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2022.
  4. Rech. R. and Barros. C. Neurologic Diseases in Horses. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2015.