Les poulains sont fréquemment atteints de déviations angulaires (DAM) et sagittales (DSM) des membres. Lorsque ces déformations sont prononcées, elles sont significatives d’un point de vue clinique. Elles requièrent alors une prise en charge conservatrice ou bien une intervention vétérinaire pour les rectifier. [1]
Les DAM désignent les déviations du schéma normal d’alignement des membres. Ce sont généralement des angulations latérales ou médiales à la hauteur du boulet, du carpe (le genou) ou du tarse (le jarret). Les DSM réfèrent aux articulations qui présentent un défaut d’extension et qui empêchent le poulain de se tenir debout sur des membres droits.
Les DAM et les DSM ont des causes multifactorielles. Les déviations angulaires ou rotatoires des membres peuvent résulter de l’hérédité, d’une maladie de la poulinière, d’une naissance prématurée, d’un traumatisme aux tissus mous ou de déséquilibres nutritionnels.
Il existe plusieurs options de traitement pour corriger une difformité des membres. Elles vont d’une prise en charge conservatrice qui comprend des exercices contrôlés et le parage des sabots, à une prise en charge plus agressive. Cette dernière inclut les interventions médicales ou chirurgicales.
La détection précoce des DAM et des DSM ainsi qu’une intervention sans attendre sont essentielles pour améliorer les résultats chez les poulains affectés. On peut corriger les déviations bénignes en restreignant l’exercice à court terme. Le pronostic est habituellement positif pour le poulain.
Les déviations angulaires des membres (DAM)
Les déviations angulaires et sagittales des membres peuvent être congénitales ou acquises.
En règle générale, on les juge congénitales lorsqu’elles affectent le poulain à la naissance. Les vétérinaires parlent parfois de déformation « périnatale ». [2][3]
Les DAM acquises se développent au fil du temps en réaction à une pathologie primaire. Cette dernière peut être liée au développement ou à un traumatisme, ou encore à une DAM congénitale qui touche une autre articulation et qui est passée inaperçue. [1]
Les déviations sagittales ou contractures sont fréquemment d’origine congénitale. On les nomme souvent à tort « tendons contractés ». Chez le poulain nouveau-né, elles affectent habituellement les deux membres antérieurs. Elles se caractérisent par un défaut d’extension des articulations du boulet et du carpe. Si on néglige de les rectifier, le poulain peut développer des pieds bots ou pinçards.
Les types de DAM
On classe les DAM en deux catégories : les valgus et les varus.
- Le valgus désigne une déviation latérale ou une rotation vers l’extérieur de l’os qui se trouve en dessous de l’articulation.
- Le varus est une déviation médiale ou une rotation vers l’intérieur de l’os qui se trouve en dessous de l’articulation. [1][4]
Les déformations suivantes peuvent toucher les poulains :
Le valgus carpien
Il s’agit d’une déviation latérale du troisième métacarpien (l’os du canon) sous le genou (le carpe). Le poulain semble avoir les genoux cagneux (genoux de bœuf). Cette déformation est fréquente chez les nouveau-nés. Les cas bénins ou modérés peuvent s’améliorer sans intervention. [1][4][6]
Le varus carpien
Il s’agit d’une déviation médiale du troisième métacarpien (l’os du canon) sous le genou. Le poulain semble avoir les genoux cambrés. Cette déformation s’accompagne souvent d’une boiterie du membre antérieur opposé, bien que cette dernière puisse se manifester uniquement une fois que le poulain est sevré. [1][4][6]
Le valgus du boulet
Il s’agit d’une déviation latérale des phalanges (l’os du paturon) sous le boulet. Le poulain semble avoir les pieds panards. Elle est fréquente chez les nouveau-nés et on peut la gérer par des mesures conservatrices. [1][4][6]
Le varus du boulet
Il s’agit d’une déviation médiale des phalanges (l’os du paturon) sous le boulet. Le poulain semble avoir les pieds cagneux. Elle affecte les nouveau-nés. Elle est souvent plus grave que le valgus du boulet. [1][4][6]
Le valgus tarsien
Il s’agit d’une déviation latérale du troisième métatarsien (l’os du canon) sous le jarret. L’un des membres postérieurs du poulain ou les deux paraissent avoir les jarrets clos. [1][4][6]
Les déformations « en coup de vent »
Certains poulains naissent avec des déformations en coup de vent. Dans ce cas, les deux membres dévient dans la même direction. Ces chevaux ont un valgus dans l’un des membres et un varus dans le membre controlatéral. Autrement dit, les déviations touchent les deux antérieurs, les deux postérieurs ou même les quatre membres. [1][2][5][6]
Il convient de noter que différents types de DAM peuvent être présents simultanément. Par exemple, il n’est pas rare qu’un poulain qui naît avec un varus du boulet présente aussi un valgus carpien plus haut sur le membre. Le valgus carpien est souvent accompagné d’une rotation de la plaque épiphysaire distale du radius, bien que celle-ci soit généralement de nature conformationnelle. [1]
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Les causes de DAM
La croissance asymétrique
La cause la plus fréquente de DAM est une croissance asymétrique de la métaphyse et de l’épiphyse, qui sont les plaques de croissance de l’os du radius distal situées directement au-dessus du genou. La déviation peut provenir d’un traumatisme impliquant un choc direct qui provoque une compression et un épaississement de la plaque épiphysaire, et mène à un ralentissement de croissance.
Toute prise d’appui asymétrique peut entraîner une croissance asynchrone et une déviation des métaphyses. Les autres causes sont une charge excessive engendrée par une boiterie du membre antérieur controlatéral, ou encore un traumatisme direct infligé à l’articulation qui se trouve au-dessus de la déviation de l’os long, soit le boulet ou le carpe. [1][4][6]
L’ossification incomplète
L’ossification incomplète des petits os du carpe et du tarse due à une naissance prématurée ou à la dysmaturité est un autre cause de DAM. Ces os appelés « cuboïdes » commencent à s’ossifier vers la fin de la gestation.
L’ossification débute au centre des os et se poursuit vers l’extérieur. Les carpes sont normalement légèrement arrondis à la naissance. En effet, l’ossification se poursuit et se termine pendant les premières semaines de vie du poulain.
Lorsque le développement osseux affiche un retard à la naissance, les petits os latéraux du carpe et le quatrième carpe sont souvent les plus touchés. La face latérale de l’articulation peut alors être comprimée. Dans le jarret, l’ossification du tarse central et du troisième tarse peut être incomplète et donner lieu à un valgus tarsien. [3][6][9][10]
Les ligaments
La laxité des ligaments peut aussi contribuer à la formation d’un valgus carpien.
La laxité périarticulaire peut se produire lorsque le poulain naît avec des ligaments collatéraux affaiblis qui soutiennent mal les articulations. Un nouveau-né normalement formé présente un léger valgus carpien pendant quelques jours, jusqu’à ce que son poitrail ait pris de l’expansion.
La faiblesse des ligaments peut en outre accentuer l’angulation du membre et conduire à une déviation comme le valgus ou le varus. Cette dernière peut progresser à mesure que les cuboïdes du carpe ou du tarse adoptent une forme anormale. [1]
Les troubles endocriniens et nutritionnels
La toxicité chimique pendant la gestation peut d’autre part affecter le système endocrinien du poulain et contribuer à l’apparition des DAM.
La recherche a démontré que les poulinières qui reçoivent un régime alimentaire faible en cuivre donnent naissance à un plus grand nombre de poulains qui présentent des DAM. Un apport en iode excessif ou insuffisant dans l’alimentation de la jument est un autre facteur qui peut engendrer des DAM. [1]
De plus, certaines sources suggèrent qu’un mauvais positionnement du poulain dans l’utérus ainsi que les déséquilibres hormonaux ou nutritionnels peuvent entraîner la formation de DAM. [1]
Il existe un lien entre un poids plus élevé à la naissance et les DAM, en particulier le valgus carpien et le varus du boulet des poulains et des yearlings. [11]
Le diagnostic des déviations angulaires des membres
On juge qu’un léger valgus carpien de grade 2 à 5 est normal chez un nouveau-né bien constitué. [2][4][6] Au cours du premier mois de vie, le poitrail du poulain prend de l’expansion. Les angles des membres antérieurs se redressent et les os s’alignent. [4][6][10]
L’examen vétérinaire
L’examen visuel du vétérinaire suffit habituellement à identifier une DAM. Celui-ci évalue les membres en se plaçant perpendiculairement au poulain. [2][3][4]
Lorsque la DAM de l’antérieur présente aussi une rotation, la prise de radiographies sur toute la longueur du membre permet de vérifier le rapport entre les os longs qui se trouvent au-dessus et en dessous de l’articulation. Le vétérinaire peut ainsi déterminer l’étendue de la déformation attribuable à une croissance épiphysaire asymétrique. [1][3]
La manipulation et la palpation permettent d’obtenir plus d’information. Si la DAM est attribuable à la laxité périarticulaire, on peut redresser le membre en le manipulant pendant que le pied est soulevé. [2][3] Si la DAM est due à une croissance épiphysaire asymétrique, il n’est pas possible de redresser le membre de cette manière. [1]
Dans les cas où la DAM est attribuable à un traumatisme, le poulain peut boiter. L’articulation touchée peut montrer des signes d’épanchement. Elle peut être douloureuse à la palpation. Si les os grandissent de manière disproportionnée, le poulain ne montrera aucun signe de douleur ou de boiterie. Toutefois, sa locomotion peut s’en trouver altérée. [1]
Les radiographies
Les radiographies permettent de vérifier l’emplacement et le degré de la déviation, et dans certains cas, sa provenance. Les radiographies de la plaque de croissance du radius peuvent confirmer un développement asymétrique à la hauteur de la plaque métaphysaire.
Des lignes tracées le long des axes des os longs, en général le radius et le troisième métacarpien, indiquent l’emplacement de la DAM tout en formant un angle mesurable. [1] Certains vétérinaires soutiennent cependant que cette approche n’est pas toujours concluante. [4][12]
En outre, l’épiphyse peut être coincée sur la face concave de la déviation, c.-à-d. la face latérale du valgus carpien. Dans les boulets, un coincement médial accompagne souvent le varus. [1]
En cas d’ossification incomplète ou de malformation des cuboïdes, les images radiographiques du carpe ou du tarse révèleront des contours osseux excessivement arrondis. [1][4]
Le traitement des DAM
L’approche dépend du type de déviation, de son emplacement et de sa cause. L’âge du poulain est aussi un facteur décisif pour le choix du traitement. [1]
Étant donné que le valgus carpien peut se corriger naturellement au cours des premières semaines de vie, la plupart des vétérinaires orthopédistes recommandent d’attendre un mois avant d’évaluer cette DAM. [5]
En revanche, les déviations du boulet, en particulier le varus, peuvent être plus complexes et s’aggraver jusqu’à l’âge de six mois. Pour cette raison, et parce que les physes métacarpiennes distales (les canons) se referment tôt, ces déviations nécessitent un examen plus immédiat. [1][2][4][12]
Les DAM bénignes et modérées
Lorsqu’un os long se développe de manière inégale, le problème se règle souvent sans intervention. La face concave du membre grandit alors plus rapidement et la face convexe plus lentement, jusqu’à ce que les deux côtés de l’os soient de longueur égale.
En général, on confine les poulains avec la jument pour éviter une surcharge des plaques épiphysaires. Si le membre est surchargé, la compression excessive peut aggraver le problème. Le confinement se poursuit jusqu’à ce que le membre devienne droit. [1][2][4][12]
Le parage des sabots peut être efficace pour atténuer les forces de compression. Jumelé à un régime d’exercice conservateur, il suffit souvent à corriger les DAM mineures ou modérées. [10]
Dans le cas d’un varus du boulet, la muraille médiale du sabot s’use moins rapidement que la muraille latérale. L’inverse est vrai dans le cas d’un valgus. Un léger râpage permet d’abaisser la muraille médiale en croissance et de maintenir l’équilibre avec la muraille latérale. Cette technique minimise les forces de compression asymétriques infligées au membre. [1][2][3][4][6][12]
Certains vétérinaires recommandent la thérapie par ondes de choc extracorporelles pour traiter les cas bénins. [2]
Les déviations angulaires des membres graves
Les DAM graves dont les angles de déviation sont supérieurs à 30 degrés dans le cas d’un valgus carpien, ou à 25 degrés dans le cas d’un valgus tarsien, requièrent souvent une intervention.
Lorsqu’un jeune cheval souffre d’une DAM prononcée, elle peut être due à un défaut d’ossification des os du carpe ou du tarse. [2][4] La DAM peut s’aggraver et les cuboïdes du carpe ou du tarse peuvent subir des dommages.
Une intervention chirurgicale est alors nécessaire. En revanche, il n’est pas possible de corriger les DAM rotatoires des membres antérieurs. [4][6]
La section semi-circulaire et l’élévation du périoste (HCTP+PS en anglais)
On peut accélérer la croissance de la face concave des épiphyses de l’os en effectuant une section semi-circulaire et une élévation du périoste (HCTP+PS en anglais).
Il faut peser les avantages et les inconvénients de cette intervention chirurgicale au lieu d’un parage fréquent des sabots. Cela dit, bon nombre de vétérinaires appuient cette opération pour les cas légers à modérés lorsque les approches conservatrices ont échoué.
Elle est facile à réaliser, peu coûteuse et engendre très rarement des complications. Dans les cas qui requièrent une seule intervention chirurgicale, on réussit normalement à préserver le potentiel athlétique du cheval. Toutefois, il est compromis si on doit opérer à plusieurs endroits. [1][4][6][12]
Le pontage de la plaque de croissance
On peut ralentir la croissance en procédant à un pontage de la plaque de croissance (TPB en anglais) sur la face convexe de la déformation. Cette intervention agit grâce à un mécanisme de compression statique.
L’opération consiste à limiter la croissance de la plaque épiphysaire en posant à travers l’épiphyse des ponts constitués d’agrafes, de vis ou de fils. L’autre option consiste à visser une petite plaque métallique à travers la plaque de croissance.
L’ossification endochondrale est ainsi ralentie du côté convexe de l’os, alors que la croissance se poursuit au même rythme du côté concave. Le membre se redresse et s’aligne avec le temps.
Les résultats sont généralement positifs, bien que cette intervention soit plus complexe à réaliser. Une deuxième opération est requise pour retirer les implants. Il y a toujours un risque de surcorrection si on retarde cette seconde intervention. [1][4][6][12]
Dans certains cas graves, les vétérinaires combinent les techniques d’accélération et de ralentissement de la croissance pour obtenir une correction plus rapide et plus complète. [12]
Dans de rares cas, ils ont recours à l’ostéotomie. Cette intervention consiste à retirer des morceaux d’os des épiphyses selon les méthodes « en coin » et « par étape ». [2][12]
Les fenêtres pour réaliser la chirurgie corrective des DAM
L’ordre dans lequel les plaques de croissance adjacentes aux différentes articulations se ferment ainsi que l’âge du poulain déterminent le moment propice pour effectuer les interventions chirurgicales.
En règle générale, le traitement chirurgical des DAM du boulet ou des phalanges (les articulations du paturon et du sabot) doit avoir lieu dans les 45 à 60 jours suivant le diagnostic. On doit procéder à la section semi-circulaire et à l’élévation du périoste avant l’âge d’un à deux mois et au pontage des épiphyses au plus tard à l’âge de trois à quatre mois. On peut traiter les DAM mineures du boulet jusqu’à l’âge de six mois. [6]
Dans le cas des DAM qui touchent les genoux et les jarrets, c.-à-d. celles de l’épiphyse radiale distale du membre antérieur et de l’épiphyse tibiale distale du membre postérieur, on procède normalement à l’intervention chirurgicale entre l’âge de quatre et cinq mois. Le pontage est plus efficace pour corriger le valgus tarsien si on le réalise au plus tard 60 jours après la naissance. On le pratique souvent sur les poulains de plus de quatre ou cinq mois qui présentent un valgus carpien supérieur à 15 degrés. [2]
Malgré ces directives, de nombreux vétérinaires retardent l’intervention chirurgicale pour tous les valgus carpiens sauf les plus prononcés. Dans les cas légers ou modérés, la première étape consiste souvent à mettre en œuvre une prise en charge conservatrice et à attendre que le problème se corrige naturellement. [1][8]
Certains croient que le traitement est efficace s’il a lieu n’importe quand avant la fermeture de la plaque de croissance radiale distale, c.-à-d. avant l’âge de 60 semaines. [10]
Le pronostic pour les DAM
Les poulains qui présentent des valgus légers ou modérés des boulets, des carpes ou des tarsiens sont susceptibles de se rétablir complètement avec une prise en charge appropriée. Bon nombre d’entre eux retrouvent une locomotion normale et leurs capacités athlétiques ne s’en trouvent pas affectées. [1][6]
Les varus sont plus difficiles à rectifier. Ils peuvent mener à des boiteries du paturon et du boulet. [1][10] La recherche a constaté que cette DAM nuit aux résultats sportifs des chevaux de course.
En revanche, un léger valgus carpien peut protéger les chevaux de sport en réduisant l’incidence des blessures par interférence des sabots postérieurs lorsque le cheval galope à grande vitesse. [3][13]
Les DAM modérées peuvent contribuer au coincement des cuboïdes du carpe et du tarse au cours des premiers mois.
Les déviations sagittales des membres (DSM)
Les déviations sagittales des membres (DSM) chez les poulains désignent l’incapacité des boulets et des genoux à être complètement en extension. Elles entraînent le développement de pieds pinçards ou bots. Elles touchent généralement les genoux, ou encore les genoux et les boulets. Elles affectent aussi parfois les paturons.
La cause des DSM provient soit des muscles et des tendons qui se trouvent plus haut, soit d’autres anomalies. Elles peuvent impliquer plus d’une structure, y compris les ligaments autour des articulations touchées. [4][7]
Les DSM peuvent être congénitales ou se développer pendant la croissance du poulain. Elles peuvent provenir d’une blessure traumatique au membre qui force le poulain à fléchir l’articulation et à éviter de prendre appui sur le membre atteint.
Les pieds bots ou pinçards se développent lorsque le cheval ne s’appuie pas complètement sur le membre pendant une période prolongée. [1] Lorsqu’elle est acquise, cette déviation se manifeste souvent chez les poulains récemment sevrés qui connaissent une période de croissance rapide. [7][8]
Certains chercheurs classent l’hyperextension congénitale du doigt, communément appelée hyperlaxité tendineuse ou boulet affaissé, dans la catégorie des déviations sagittales. [8] Cette déformation disparaît ordinairement après une prise en charge conservatrice qui dépasse la portée de cet article.
Les causes de DSM
La contraction des tendons n’est pas à l’origine des déformations sagittales des membres.
Les DSM congénitales
Lorsqu’elles sont congénitales, les DSM peuvent découler d’un mauvais positionnement dans l’utérus, d’une restriction de la croissance, ou bien de facteurs héréditaires ou nutritionnels.
Dans de rares cas, une affection appelée arthrogrypose peut être à l’origine d’une DSM congénitale. [1] Lorsque les carpes sont impliqués, la déviation peut faire partie d’un trouble plus étendu comme la contraction des structures ou la dystocie du poulain. [4]
Les DSM acquises
Les DSM acquises peuvent s’accompagner d’une rupture des tendons extenseurs communs du doigt. Celle-ci peut se produire avant le développement de la DSM ou à la suite de la déformation. On les détecte normalement en constatant l’enflure bilatérale de la face extérieure des deux genoux. [1]
Les DSM unilatérales peuvent se développer lorsqu’un membre subit une blessure traumatique. Le membre non chargé peut développer un pied bot dû à la flexion de la phalange (le paturon et le sabot). Le pied peut s’articuler vers l’avant et se replier si la déviation affecte aussi le paturon.
Les facteurs pathologiques
Les principaux facteurs pathologiques incluent la dysplasie épiphysaire du radius distal et l’ostéochondrite disséquante (OCD) dans les articulations supérieures. Un traumatisme aux tendons fléchisseurs peut d’autre part contribuer à l’apparition des DSM en raison de la restriction que cause le tissu cicatriciel.
La suralimentation de la jument, du poulain ou des deux pendant l’allaitement et la croissance peut conduire une croissance trop rapide du poulain.
Certains croient qu’il se forme un écart entre le taux de croissance des os et des ligaments ou entre la force des muscles fléchisseurs et extenseurs, bien que cette hypothèse demeure discutable. [1][4] D’autres soutiennent qu’il existe des preuves irréfutables que la douleur aux épiphyses pourrait en être l’origine. [4][7]
Le diagnostic des DSM
En règle générale, le pied bot ou pinçard est évident. Les talons reposent normalement au sol. Néanmoins, dans les cas graves, ils peuvent être soulevés. Le poulain se déplace alors uniquement sur les pinces. Il boite rarement.
L’angle de la paroi dorsale (la pince) du sabot permet de déterminer le degré de DSM : [1]
- On parle de stade I lorsque la paroi dorsale n’est pas encore verticale.
- Au stade II, la muraille dorsale est au-delà de la verticale et requiert un traitement plus agressif.
La gradation des pieds bots
Il existe un autre système pour la gradation des pieds bots :
- Lorsqu’il s’agit d’un pied bot de grade 1, l’angle du sabot dépasse celui du sabot controlatéral de 3 à 5 degrés. L’axe entre le sabot et le paturon est toujours aligné.
- Lorsqu’il s’agit d’un pied bot de grade 2, l’angle du sabot dépasse celui du sabot controlatéral de 5 à 8 degrés. L’axe entre le sabot et le paturon est abrupt et légèrement brisé vers l’avant.
- Un pied bot de grade 3 présente un axe entre le sabot et le paturon brisé vers l’avant. La muraille dorsale du sabot peut être bombée.
- Lorsqu’il s’agit d’un pied bot de grade 4, l’angle du sabot est de 80 degrés. L’axe entre le sabot et le paturon est nettement brisé vers l’avant. [7]
Les résultats de l’examen
Les déformations à la hauteur du paturon, soit l’articulation métacarpophalangienne, peuvent impliquer le tendon fléchisseur profond du doigt, le tendon fléchisseur superficiel du doigt et le ligament suspenseur.
La palpation permet d’identifier le tendon fléchisseur le plus tendu. Il s’agit d’une évaluation subjective qui peut néanmoins permettre de déterminer le tendon qui nécessite un traitement.
Les radiographies peuvent confirmer le diagnostic. Celles-ci peuvent révéler une ostéolyse et un remodelage de la troisième phalange (l’os du pied). [1][7]
Les déformations à la hauteur des paturons, soit les articulations interphalangiennes distales, ne touchent habituellement que le tendon fléchisseur profond du doigt. [1]
Le traitement des DSM
Les DSM congénitales mineures peuvent disparaître d’elles-mêmes sans traitement. Certaines DSM peuvent s’améliorer simplement en posant un bandage, une attelle ou une ferrure orthopédique. Si les tendons extenseurs sont sectionnés, ils peuvent guérir en confinant le poulain et en lui posant des attelles pour empêcher les boulets de s’affaisser. [1]
Les DSM plus graves peuvent requérir une prise en charge médicale ou chirurgicale peu après le diagnostic. En effet, le poulain peut éprouver des difficultés à se tenir debout, auquel cas la déformation risque de s’aggraver.
Les soins vétérinaires débutent généralement par l’administration d’AINS et d’oxytétracycline par voie intraveineuse, ainsi que la pose de bandages et d’attelles. L’oxytétracycline par voie intraveineuse aide à détendre le tissu tendineux et peut rectifier les cas mineurs de déviation sagittale. On peut donner au poulain de l’oxytétracycline à deux ou trois reprises. Il existe toutefois un risque de troubles rénaux si on augmente les doses. [4][7]
La ténotomie et la section transversale
Si les mesures qui précèdent échouent, on peut devoir recourir au traitement chirurgical sous la forme d’une ténotomie, qui consiste à détacher le tendon de l’os, ou d’une section transversale du tendon.
- On peut procéder à une ténotomie du tendon fléchisseur, du ligament croisé inférieur (pour la flexion du boulet) ou du ligament croisé supérieur (pour la flexion du genou). Elles ne sont toutefois pas nécessaires dans la plupart des cas.
- La ténotomie du tendon fléchisseur profond du doigt est ordinairement réservée aux chevaux de plus de douze mois qui présentent une DSM grave à la hauteur du boulet.
- La section transversale du ligament croisé supérieur peut aider les poulains qui ont des genoux brassicourts chroniques, car elle redresse l’articulation.
- La section transversale du ligament carpien palmaire à l’arrière du genou peut aussi aider les poulains qui présentent une flexion importante à la hauteur des genoux.
- La ténotomie des tendons qui se trouvent au-dessus du genou (le tendon ulnaire latéral et le tendon fléchisseur ulnaire du carpe) peut aider à atténuer la flexion du genou. [4][7]
Le choix de l’intervention chirurgicale pour corriger les DSM du boulet dépend de l’évaluation subjective des tissus mous et des angles de la déviation.
- En règle générale, pour les DSM mineures dont les angles sont inférieurs à 180 degrés, on procède à une desmotomie du ligament croisé inférieur ou supérieur. Cette opération consiste à sectionner les tissus pour leur permettre de s’allonger.
- Les DSM modérées avec des angles de 180 degrés sont droites et verticales. On les rectifie grâce à une desmotomie du ligament croisé inférieur ou supérieur, avec la pose d’attelles pendant la convalescence.
- Les DSM graves dont les angles sont supérieurs à 180 degrés et qui s’articulent vers l’avant requièrent une desmotomie du ligament croisé inférieur et du ligament croisé supérieur. Alternativement, le vétérinaire peut recommander une ténotomie du tendon fléchisseur superficiel du doigt, avec la pose d’attelles après l’intervention. [1]
Le pronostic pour les déviations sagittales des membres
Les poulains qui présentent de légères déviations sagittales ont habituellement un bon pronostic avec une prise en charge médicale adaptée. De même, les poulains qui subissent une desmotomie du ligament croisé inférieur avant l’âge de six à huit mois ont un pronostic favorable pour le retour à une forme normale du sabot et leurs futures activités sportives.
La section transversale du ligament croisé inférieur n’a pas de conséquences notables à long terme sur la locomotion, les angles articulaires ou d’autres tendons et ligaments.
Une prise en charge adaptée et un parage des talons ou une ferrure orthopédique avec des éponges allongées favorisent la récupération. [1][2]
Les poulains qui présentent des déviations sagittales modérées ou graves ont un pronostic défavorable pour la réalisation de futures performances sportives. Certains chevaux peuvent être suffisamment à l’aise pour le travail léger. Un vétérinaire doit examiner ces chevaux pour évaluer leur potentiel athlétique une fois qu’ils sont complètement développés.
Questions fréquemment posées
Voici quelques questions fréquemment posées sur les déformations angulaires et flexurales des membres chez les poulains :
Les déformations angulaires des membres et les déformations flexurales chez les poulains sont des problèmes de développement qui modifient l’alignement normal des membres ou la position des articulations. Les déformations angulaires des membres entraînent une déviation du membre vers l’intérieur ou vers l’extérieur, le plus souvent au niveau du boulet, du genou ou du jarret. Les déformations flexurales empêchent une ou plusieurs articulations de se redresser complètement, donnant souvent au poulain une apparence droite ou contractée. Les deux peuvent être légères ou sévères et bénéficient d’une reconnaissance précoce.
La différence entre une déformation angulaire des membres et une déformation flexurale est que les déformations angulaires impliquent une déviation latérale du membre, tandis que les déformations flexurales impliquent une incapacité à étendre complètement une articulation. Dans les déformations angulaires des membres, l’os situé sous l’articulation pointe vers l’intérieur ou vers l’extérieur. Dans les déformations flexurales, l’articulation demeure fléchie et le membre ne peut pas se redresser normalement en position debout. Ces conditions peuvent survenir séparément ou en même temps que d’autres problèmes de développement.
Valgus et varus décrivent la direction d’une déformation angulaire des membres chez les poulains. Valgus signifie que l’os situé sous l’articulation dévie latéralement, ou vers l’extérieur, tandis que varus signifie que l’os situé sous l’articulation dévie médialement, ou vers l’intérieur. Un valgus carpien donne une apparence de genoux cagneux, tandis qu’un varus du boulet donne une apparence de pieds tournés vers l’intérieur. Connaître la direction est important, car certaines déformations sont plus susceptibles de se corriger d’elles-mêmes que d’autres.
Les déformations angulaires des membres chez les poulains ont de multiples causes, mais une croissance asymétrique au niveau de la plaque de croissance est la plus fréquente. Cela peut résulter d’un traumatisme, d’une charge inégale, d’une boiterie du membre opposé, d’une ossification incomplète des os cuboïdes, de ligaments de soutien faibles ou de problèmes de développement liés à une naissance prématurée ou dysmature. Les influences nutritionnelles et endocriniennes durant la gestation, notamment un apport anormal en cuivre ou en iode, peuvent également contribuer. Chez certains poulains, la position dans l’utérus, un poids de naissance plus élevé ou des facteurs génétiques peuvent jouer un rôle.
Les déformations flexurales chez les poulains peuvent être congénitales ou acquises et ne sont pas simplement causées par des tendons raccourcis. Les cas congénitaux peuvent être liés à une mauvaise position dans l’utérus, à une restriction de croissance, à des influences génétiques ou à des facteurs nutritionnels avant la naissance. Les cas acquis peuvent se développer à la suite d’une blessure traumatique, d’une physite, d’une ostéochondrite disséquante ou d’une croissance rapide pendant la période d’allaitement ou de sevrage. La douleur ou la décharge d’un membre peut également entraîner un pied droit et une progression de la déformation flexurale.
Oui, les déformations légères des membres chez les poulains peuvent parfois se corriger d’elles-mêmes, particulièrement certains cas légers de valgus. Par exemple, un léger valgus carpien peut être normal chez un nouveau-né et s’améliorer à mesure que la poitrine du poulain se développe et que l’alignement des membres change au cours des premières semaines de vie. Les déformations flexurales mineures peuvent également se résoudre grâce à une gestion simple ou même sans traitement. Malgré cela, ces cas doivent tout de même être surveillés, car certaines déformations s’aggravent si le poulain continue de surcharger le membre.
Les déformations angulaires des membres chez les poulains sont généralement diagnostiquées lors d’un examen vétérinaire et souvent confirmées par des radiographies. Une évaluation visuelle permet d’identifier la direction et l’emplacement approximatif de la déviation, tandis que la palpation aide à déterminer si une laxité ligamentaire ou de la douleur est présente. Les radiographies sont particulièrement utiles pour mesurer l’angle, évaluer la plaque de croissance et identifier une ossification incomplète ou une déformation osseuse en coin. Ces renseignements aident à déterminer si des soins conservateurs ou une chirurgie sont plus appropriés.
Les déformations flexurales chez les poulains sont généralement diagnostiquées par un examen visuel du membre et de la posture du sabot. Un pied droit, une incapacité à étendre complètement le boulet ou le genou, ou dans les cas sévères le fait de marcher sur la pointe du pied, peuvent tous indiquer une déformation flexurale. Les vétérinaires peuvent classer la gravité selon l’angle du sabot et la position du membre, et les radiographies peuvent aider à identifier un remodelage osseux ou à confirmer quelles structures sont touchées. Le diagnostic comprend également l’évaluation du degré de gravité, soit léger, modéré ou sévère, puisque cela influence les décisions de traitement.
Les déformations angulaires légères à modérées des membres chez les poulains sont souvent traitées de façon conservatrice à l’aide d’un exercice contrôlé, d’un confinement à court terme avec la jument et d’un parage minutieux des sabots. L’équilibrage du sabot et un léger râpage peuvent réduire les forces de compression inégales sur le membre en croissance et favoriser une correction naturelle. Chez plusieurs poulains, cela suffit si la déformation est reconnue tôt et que la plaque de croissance est encore active. Le traitement conservateur constitue généralement la première étape avant d’envisager des options plus invasives.
Un poulain atteint d’une déformation angulaire des membres peut avoir besoin d’une chirurgie lorsque la déviation est sévère, progressive, associée à une ossification incomplète ou qu’elle ne répond pas à la gestion conservatrice. Les déformations sévères peuvent endommager les os cuboïdes immatures et peuvent ne pas s’améliorer adéquatement sans intervention. Les options chirurgicales accélèrent soit la croissance du côté concave, soit ralentissent la croissance du côté convexe afin d’aider à redresser le membre. Le moment de l’intervention est important, car les différentes plaques de croissance se ferment à des âges différents et un traitement précoce est souvent plus efficace.
Les déformations flexurales chez les poulains sont traitées en fonction de leur gravité et de l’âge du poulain. Les cas légers peuvent s’améliorer grâce au confinement, aux bandages, aux attelles, au parage ou au ferrage correctif, ainsi qu’à des traitements médicaux comme les anti-inflammatoires et l’oxytétracycline intraveineuse. Les cas plus sévères peuvent nécessiter une chirurgie si le poulain a de la difficulté à se tenir debout normalement ou si la déformation continue de progresser. Un traitement précoce offre généralement les meilleures chances de préserver une forme normale du sabot et une bonne santé locomotrice future.
Les propriétaires de chevaux peuvent aider à réduire le risque de déformations angulaires et flexurales en favorisant une alimentation équilibrée chez la jument et le poulain, en surveillant attentivement la croissance et en faisant évaluer rapidement toute anomalie des membres par un vétérinaire. De bons soins des sabots, un exercice contrôlé et l’évitement d’une charge excessive sur des membres immatures sont également importants. Les poulains prématurés ou dysmatures nécessitent une surveillance particulièrement étroite, car une ossification incomplète peut aggraver les déviations. Une reconnaissance rapide est l’un des facteurs les plus importants pour obtenir un bon résultat.
Résumé
Les déformations angulaires des membres (DAM) et les déformations flexurales (DF) sont des anomalies des membres fréquentes chez les poulains qui affectent l’alignement des membres et la flexibilité des articulations. Un diagnostic précoce et une intervention rapide sont essentiels pour une correction réussie et une bonne solidité à long terme.
- Les DAM impliquent des déviations des membres vers l’extérieur (valgus) ou vers l’intérieur (varus), souvent observées aux carpes, aux boulets ou aux jarrets
- Les DF limitent l’extension articulaire, provoquant des sabots trop droits ou des appuis sur la pince chez les poulains
- Les facteurs contributifs comprennent la génétique, les traumatismes, la naissance prématurée et les déséquilibres nutritionnels
- Les déformations légères peuvent se résorber avec du repos, le parage ou un exercice contrôlé
- Les cas graves peuvent nécessiter une correction chirurgicale, comme le décollement périosté ou le pontage transphysaire
- Une alimentation équilibrée et un régime adéquat de la jument pendant la gestation aident à réduire le risque de déformations
- La plupart des poulains traités tôt obtiennent un alignement normal des membres et un potentiel athlétique
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