Le bec de perroquet est un problème dentaire équin courant, généralement identifié à la naissance ou peu de temps après. Il est caractérisé par une supraclusion prononcée, où les dents supérieures de devant dépassent la rangée de dents inférieures, ce qui fait que la lèvre supérieure chevauche la lèvre inférieure.

Le mauvais alignement dentaire dans les cas de bec de perroquet est dû à des anomalies anatomiques dans une ou les deux mâchoires du crâne du cheval affecté. Les causes sous-jacentes de cette maladie ne sont actuellement pas entièrement comprises.

Bien qu’un certain degré de désalignement dentaire soit normal et souvent inoffensif, les cas graves de bec de perroquet peuvent entraver la capacité du cheval à mordre et à mastiquer, entraînant des problèmes tels que la perte de poids, des blessures au palais ainsi que des problèmes digestifs.

Comprendre l’anatomie de la bouche d’un cheval et reconnaître les signes et la gravité du bec de perroquet peut aider les propriétaires de chevaux à garantir que leur cheval reçoive rapidement un diagnostic et un traitement. Une intervention précoce, incluant des modifications dentaires et des procédures chirurgicales, peut considérablement améliorer la qualité de vie des chevaux affectés.

Bec de perroquet chez les chevaux

Le bec de perroquet est une affection chez les chevaux où les dents supérieures de devant dépassent au-delà des dents inférieures de devant. [1][2][3][4] La lèvre supérieure chevauche la lèvre inférieure, ce qui peut faire que le profil du cheval ressemble à un bec de perroquet. [5][6][7]

Cette affection est également connue sous les noms suivants : [3][5][6][7][9][10][11]

  • Brachygnathisme
  • Brachygnathie inférieure
  • Prognathisme supérieur
  • Rétrognathisme

Comme pour toutes les structures squelettiques, il existe des variations dans la présentation de l’alignement des mâchoires d’un cheval à l’autre. Chez les chevaux présentant un alignement idéal, les dents antérieures supérieures et inférieures se rejoignent uniformément lorsque les mâchoires sont fermées et que la tête est en position neutre. [6]

Le bec de perroquet est le résultat d’anomalies dans la morphologie des os de la mâchoire. Spécifiquement, le bec de perroquet est dû à une ou plusieurs des présentations morphologiques suivantes : [1][5][8][9]

  • L’os de la mâchoire supérieure est anormalement long
  • L’os de la mâchoire inférieure est anormalement court

De nombreux chevaux ont un certain degré de désalignement de leurs dents de devant sans impact significatif sur leur qualité de vie. Les changements temporaires dans l’alignement dentaire liés à la position de la tête sont également normaux. [6]

Le prognathisme supérieur nécessite une attention vétérinaire si un mauvais alignement des mâchoires entraîne des difficultés à manger ou des lésions des tissus dans ou autour de la bouche en raison de la surcroissance des dents. [3]

Surplomb vertical vs surplomb horizontal

Le bec de perroquet est généralement utilisé comme un terme général qui englobe deux anomalies dans la position des mâchoires supérieure et inférieure du cheval : le surplomb vertical et le surplomb horizontal. [12]

  • Surplomb vertical (overbite) : chez les chevaux présentant un surplomb vertical (également connu sous le nom de overbite en anglais), il y a un désalignement vertical des dents de devant. Les dents de devant supérieures se trouvent devant les dents antérieures inférieures et les chevauchent lorsque la bouche est fermée. [1]
  • Surplomb horizontal (overjet) : chez les chevaux présentant un surplomb horizontal (overjet), il y a un désalignement horizontal des dents de devant. Les dents supérieures dépassent au-delà des dents antérieures inférieures lorsque la bouche est fermée, laissant un espace entre les dents antérieures supérieures et inférieures. [1] Certains chevaux présentant un surplomb horizonal développent également un surplomb vertical en raison de l’usure de certaines dents et de la surcroissance d’autres. [3][5]

Bien que le bec de perroquet soit souvent utilisé pour décrire à la fois le surplomb vertical et horizontal, certaines sources réservent le terme uniquement pour le surplomb horizontal et considèrent le surplomb vertical comme une affection différente. [5]

Anatomie de la bouche du cheval

L’anatomie de la bouche du cheval a évolué pour lui permettre de paître efficace et de décomposer les matières végétales fibreuses.

Pour soutenir ce comportement alimentaire, les dents remplissent deux fonctions principales : mordre, qui consiste à couper la matière avec les dents de devant, et mâcher, qui consiste à broyer la matière en particules plus petites en utilisant les dents de derrière. [10]

Les modifications des structures des dents et des mâchoires du cheval résultant du bec de perroquet peuvent affecter ces fonctions. Il est bénéfique pour les propriétaires de chevaux de comprendre les spécificités de l’anatomie et de la fonction des dents équines afin de mieux reconnaître les cas où un mauvais alignement justifie une enquête plus approfondie.

Dentition équine

Les chevaux adultes ont des dents hypsodontes. Ces dents sont courantes chez les mammifères qui usent l’émail en mangeant des matières abrasives, tel que des fourrages grossiers. [10]

Une dentition hypsodonte signifie que l’émail des dents s’étend bien au-delà de la ligne des gencives et fait éruption en continu tout au long de la vie à mesure que la surface de broyage s’use. En raison de cette éruption dentaire continue, les chevaux domestiques nécessitent de râpages de dents réguliers pour maintenir leurs dents équilibrées afin qu’ils puissent mâcher adéquatement les fourrages. [10]

Une mastication adéquate est la première étape essentielle dans la digestion équine, car elle permet de garantir que les particules alimentaires sont suffisamment petites pour que le tube digestif puisse les gérer.

Incisives

Les incisives sont des dents plates en forme de pelle à l’avant de la bouche qui sont utilisées pour mordre. [10] Dans les cas d’alignement normal, les incisives supérieures et inférieures se rejoignent uniformément pour permettre de mordre efficace.

Chez un cheval souffrant de prognathisme supérieur, les incisives supérieures sont plus en avant que les incisives inférieures. Cela signifie que le cheval ne peut pas mordre efficacement. Dans les cas graves, la capacité de mordre est considérablement altérée. [9]

Si les incisives inférieures se retrouvent piégées sur le bord intérieur des dents supérieures, la croissance des dents et le mouvement de la mâchoire peuvent être limités. [1][3] Cela peut affecter la capacité du cheval à mâcher. [3]

Dans certains cas, la ligne des incisives supérieures se courbe en raison d’une usure inégale. Dans ces cas, la rangée de dents peut être convexe ou concave; en anglais, on dit donc que la rangée de dents est en forme de « sourire » (smile) ou de « froncement » (frown). [3]

  • Rangée de dents convexe (« sourire » ) : décrit les cas où la courbe est plus basse au milieu des incisives
  • Rangée de dents concave (« froncement ») : décrit les cas où la courbe est plus haute au milieu des incisives

Molaires et prémolaires

Les molaires et les prémolaires sont les dents plates en forme de souches qui longent les joues du cheval. Également appelées dents jugales, les molaires et prémolaires sont utilisées pour la mastication. [10]

Chez les chevaux ayant un alignement dentaire idéal, les dents jugales broient contre les dents opposées sur l’autre mâchoire. Comme les dents du cheval continuent de croître tout au long de leur vie, l’action de broyage aide à maintenir les dents à la bonne hauteur afin qu’elles puissent toujours mastiquer efficacement. [1][3]

Si les dents du cheval ne s’alignent pas correctement, les dents sans opposition continueront à pousser, conduisant à une oclusion inégale, ce qui peut interférer avec la capacité à mastiquer. [1][3]

Chez les chevaux souffrant d’un bec de perroquet, les molaires et prémolaires supérieures peuvent être positionnées plus en avant par rapport aux dents inférieures. Cela provoque une croissance inégale des molaires et prémolaires, qui peut évoluer vers des dents saillantes à l’arrière de la bouche. Ces saillies portent le nom de rampes et elles peuvent couper la bouche du cheval et rendre la mastication moins efficace. [1]

L’usure inégale des molaires peut également user le côté arrière des molaires antérieures, jusqu’à ce que la forme générale soit inclinée. On appelle ces excroissances des pics dentaires; ceux-ci peuvent également empêcher une mastication efficace. [1]

De plus, les dents jugales sont composées de plusieurs matériaux différents qui s’usent à des rythmes différents. Cela permet aux dents jugales d’avoir des crêtes pour aider au broyage de la nourriture. [10]

Le bec de perroquet est associé à des crêtes exagérées sur les surfaces de broyage des dents jugales, ce qui peut avoir un effet négatif sur la fluidité du mouvement que les dents exercent les unes contre les autres. [1]

Causes

Le prognathisme supérieur est un problème courant chez les chevaux, qui est soit présente à la naissance, soit se développe au cours des premiers mois de la vie. [4][13]

La cause exacte du bec de perroquet n’a pas encore été confirmée. Elle peut être génétique, acquise ou développementale. [6]

Étant donné que cette affection est directement liée à la morphologie de la mâchoire et du crâne du cheval, il est probable qu’il y ait une composante génétique . L’héritabilité de la maladie fait encore l’object d’études, mais les chevaux dont les mâchoires sont mal alignées sont plus susceptibles de transmettre un certain degré de désalignement à leur progéniture. [1][13]

Une blessure à l’articulation entre la mâchoire inférieure et l’os temporal est une autre cause possible de prognathisme supérieur. [13] Une nutrition déséquilibrée ou inadéquate, surtout en début de vie lorsque le développement osseux est rapide et abondant, est une autre cause possible. [13]

Gravité

Une légère différence de longueur entre les mâchoires supérieure et inférieure est normale chez les chevaux. Cependant, si la différence est suffisamment importante pour que les incisives ne se rejoignent pas pour mordre, ou que les surfaces de broyage des molaires ne puissent pas frotter correctement contre les dents de la mâchoire opposée, cela est considéré comme une affection traitable. [1][6][14]

Les facteurs qui influencent la gravité du bec de perroquet comprennent : [1][2][3][13]

  • Le degré de désalignement entre les incisives supérieures et inférieures
  • L’impact du désalignement sur la capacité du cheval à mordre et à manger
  • Si le cheval développe la dysmastication (difficulté à mastiquer)
  • Si des difficultés dentaires ou digestives secondaires se développent
  • Si le cheval se met à recracher de la nourriture à moitié mastiquée (quidding en anglais)

Complications

Les complications secondaires du bec de perroquet peuvent inclure : [1][2][3]

  • Une usure inégale des dents
  • Des dommages aux tissus mous de la bouche
  • Des problèmes digestifs dus à des difficultés à manger ou à mastiquer

Les problèmes dentaires chroniques tels que le développement de pics dentaires et de rampes sur les dents jugales sont également associés au bec de perroquet. [5][7][11]

La pulpe des dents sans opposition est souvent proche de la surface de la dent, ce qui signifie que les chevaux avec un prognathisme supérieur prononcé nécessitent souvent des interventions supplémentaires lors des soins dentaires. [5]

Symptômes

Le symptôme caractéristique du prognathisme supérieur est la protrusion de la mâchoire supérieure au-delà de la mâchoire inférieure. [13]

Les poulains atteints d’un bec de perroquet ne rencontrent généralement pas de difficulté à téter , mais peuvent avoir des difficultés à mordre et à mastiquer des aliments solides une fois sevrés. [13]
Les autres symptômes incluent : [4]

  • Des blessures au palais dur
  • Des dents trop longues
  • Une perte de poids
  • Des difficultés avec le mors ou la bride

Diagnostic et traitement

Le diagnostic de cette affection est évident par l’observation de la mâchoire supérieure qui avance anormalement au-delà de la mâchoire inférieure. [3][15] Certains chevaux présentant un bec de perroquet naissent avec d’autres anomalies musculaires ou osseuses qui peuvent nécessiter des examens vétérinaires plus approfondis. [13]

Il y a un débat sur le degré d’intervention requis pour le prognathisme supérieur. Certains vétérinaires affirment que les cas bénins peuvent se résoudre d’eux-mêmes. [5] D’autres affirment qu’un traitement est nécessaire pour garantir que la capacité du cheval à manger ne soit pas compromise à l’avenir. [4][13]

Le traitement du bec de perroquet vise à remodeler les dents ou à ralentir la croissance de la mâchoire supérieure. Les traitements comprennent : [1][2][3][4][6][8][9][11][13][14][16]

  • La céphalométrie : mesure et analyse des os du crâne et du visage
  • Le râpage dentaire : modification des surfaces des dents. Dans les cas de prognathisme supérieur, le râpage est effectué par étapes pour éviter de blesser la pulpe, puisqu’on présume que cette dernière est proche de la surface de la dent
  • La chirurgie orthopédique : pour modifier la forme des mâchoires
  • L’orthodontie : peut inclure l’application d’un fil de tension (appareil orthodontique) pour changer la position des dents ou l’application d’une plaque occlusale pour modifier le mouvement des mâchoires lors de la mastication
  • La buccotomie : incision chirurgicale dans la joue pour laisser de l’espace aux dents saillantes

Traiter le prognathisme supérieur plus tôt dans la vie offre les meilleures chances d’obtenir un résultat réussi et entièrement correctif pour le cheval en pleine croissance. [7]

Pronostic

Le pronostic pour un cheval atteint d’un bec de perroquet dépend de plusieurs facteurs, notamment : [5]

  • La gravité de l’affection
  • Le moment de l’intervention
  • L’âge du cheval au moment de l’intervention
  • Les complications secondaires

Avec un traitement approprié, surtout dans les cas bénins et où la capacité du cheval à manger correctement est restaurée, le pronostic pour un cheval présentant un bec de perroquet est bon . [5]

Prévention

Les causes du prognathisme supérieur ne sont pas entièrement comprises. Par conséquent, les mesures préventives n’ont pas encore été déterminées.

Les poulains doivent faire l’objet d’un examen dentaire complet à la naissance afin de diagnostiquer et de traiter le bec de perroquet pendant que le cheval est encore en croissance. [12]

Puisqu’il existe des preuves indiquant que le bec de perroquet est un problème héréditaire, il est recommandé de castrer ou éviter de reproduire les chevaux affectés. [3][5] Certaines associations de race interdisent la correction chirurgicale du prognathisme supérieur chez les chevaux reproducteurs et excluent les chevaux affectés. [3][4]

Questions Fréquemment Posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur la bouche de perroquet chez les chevaux :

Résumé

Les chevaux atteints de prognathisme supérieur ont des dents de devant supérieures qui dépassent au-delà des dents de devant inférieures. Il s'agit parfois d'une préoccupation esthétique mais, dans les cas graves, cela peut nuire à la capacité du cheval à mordre et à mastiquer correctement, entraînant des problèmes dentaires et digestifs.

  • Chez les chevaux, le bec de perroquet peut inclure à la fois le surplomb vertical (un désalignement vertical des dents de devant) et le surplomb horizontal (un désalignement horizontal des dents de devant)
  • Des troubles d'alimentation surviennent à cause d'un mauvais alignement des dents de devant, ce qui empêche de mordre, ou d'un mauvais alignement des dents d'en arrière, ce qui empêche de mastiquer
  • La gravité du prognathisme supérieur dépend du degré de désalignement, de son impact sur la capacité du cheval à mordre et à mastiquer, ainsi que du développement de complications secondaires
  • Le diagnostic est basé sur la forme caractéristique des mâchoires du cheval
  • Le traitement vise à remodeler les dents ou à ralentir la croissance de la mâchoire supérieure et comprend le remodelage des dents, la chirurgie, les appareils dentaires et les plaques occlusales
  • Le pronostic pour les chevaux atteints de prognathisme supérieur est généralement bon si le traitement est entrepris tôt
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Références

  1. Griffin, C. The Gold Standard of Dental Care: the juvenile horse. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2013.View Summary
  2. Auer, J. A. Craniomaxillofacial Disorders. Equine Surgery. Elsevier. 2012.
  3. Dixon, P. M., & Dacre, I. A Review of Equine Dental Disorders. The Veterinary Journal. 2005. View Summary
  4. Domanska-Kruppa, N. et al. Cephalometric Study of the Overjet Development in Warmblood Foals. Frontiers in Veterinary Science. 2019.
  5. Wilson, G. Common Dental Abnormalities. 30th Bain Fallon Memorial Lectures. Equine Veterinarians Australia, Cairns. 2008.
  6. Johnson, T. J., & Porter, C. M. Common Disorders of Incisor Teeth and Treatment. AAEP. 2006
  7. Easley, J. et al. Equine Orthodontics.AAEP. 2006.
  8. Dixon, P. M. Disorders of Development and Eruption of the Teeth and Developmental Craniofacial Abnormalities. Equine Dentistry. Elsevier. 2011.
  9. Easley, J. Basic Equine Orthodontics. Equine Dentistry. Elsevier. 2005.
  10. Peffers, A., Understanding the Horse’s Teeth and Mouth. The Crowood Press. 2016.
  11. Easley, J. et al. Orthodontic Correction of Overjet/Overbite (‘Parrot Mouth’) in 73 Foals (1999–2013). Equine Veterinary Journal. 2016.
  12. Dixon, P. M. The Evolution of Horses and the Evolution of Equine Dentistry.
  13. Gift, L. J. et al. Brachygnathia in Horses - 20 Cases (1979-1989). JAVMA. 1992. View Summary
  14. Klugh, D. O. Acrylic Bite Plane for Treatment of Malocclusion in a Young Horse. Journal of Veterinary Dentistry. 2004.
  15. Kassem, M. et al. Diagnosis and Surgical Management of Prevalent Dental Affections in Horses of Equestrian Clubs. Alexandria Journal of Veterinary Sciences. 2018.
  16. Verwilghen, D. et al. Mandibular Osteodistraction for Correction of Deep Bite Class II Malocclusion in a Horse. Veterinary Surgery. 2008. View Summary