La santé respiratoire joue un rôle essentiel dans les performances, le confort et le bien-être général des chevaux. Ceux-ci sont très sensibles à diverses pathologies des voies respiratoires inférieures. Plusieurs de ces problèmes de santé peuvent se manifester par des signes cliniques subtils ou non spécifiques, tels qu’une toux intermittente, une diminution de la tolérance à l’exercice ou un écoulement nasal. Un diagnostic précis de ces affections est essentiel pour orienter un traitement et une gestion appropriés.

L’une des procédures diagnostiques les plus pertinentes et les plus utilisées pour évaluer les voies respiratoires inférieures chez le cheval est le lavage bronchoalvéolaire (LBA). Il s’agit d’une technique minimalement invasive qui permet aux vétérinaires de prélever des composants cellulaires au plus profond des voies respiratoires.

En introduisant un petit volume de liquide stérile dans les poumons et en le récupérant pour analyse, le LBA fournit un aperçu direct de l’état inflammatoire des voies respiratoires inférieures. Ces informations sont particulièrement utiles pour diagnostiquer des troubles respiratoires tels que l’asthme équin.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur le LBA, y compris ses indications cliniques, sa méthodologie, l’interprétation des résultats et son importance clinique en pratique équine. Qu’il soit utilisé comme outil diagnostique principal ou comme méthode de suivi de l’évolution de la maladie et de la réponse au traitement, le LBA demeure un élément essentiel de l’évaluation complète des maladies des voies respiratoires inférieures chez le cheval.

Lavage bronchoalvéolaire chez le cheval

Le lavage bronchoalvéolaire (LBA) est une technique diagnostique utilisée par les vétérinaires pour examiner les populations cellulaires au plus profond du tissu pulmonaire. Il consiste à faire passer un tube par le naseau du cheval jusqu’aux voies respiratoires, à instiller un grand un volume de liquide, puis à prélever le liquide pour l’examiner au microscope. [1]

Le lavage bronchoalvéolaire cible spécifiquement les régions les plus profondes des poumons du cheval. Le vétérinaire introduit un tube étroit aussi loin que possible dans les poumons, en le logeant dans une petite voie respiratoire. L’examen du liquide collecté fournit des informations très détaillées sur la population cellulaire des poumons, permettant un diagnostic plus précis.

Le lavage bronchoalvéolaire aide les vétérinaires à diagnostiquer les maladies des voies respiratoires inférieures, en particulier : [2]

Dans certains cas, les vétérinaires peuvent réaliser un LBA lorsqu’ils cherchent la cause derrière de mauvaises performances chez les athlètes équins. Des LBA répétés peuvent également aider à surveiller l’efficacité du traitement chez les chevaux diagnostiqués avec des maladies respiratoires inflammatoires.

Utilisation clinique

Les vétérinaires utilisent un lavage bronchoalvéolaire lorsqu’ils suspectent une maladie des voies respiratoires inférieures ou des pathologies touchant les poumons et la trachée.

Les signes de maladie des voies respiratoires inférieures chez le cheval incluent : [2]

  • De la toux
  • Un écoulement nasal
  • Des difficultés respiratoires, y compris une respiration rapide ou très profonde
  • Une « ligne de pousse », c’est-à-dire une hypertrophie des muscles abdominaux due à une difficulté respiratoire
  • Des bruits pulmonaires anormaux à l’auscultation
  • Une dilatation des naseaux au repos
  • De mauvaises performances
  • Une intolérance à l’effort

En se basant sur ces observations, le vétérinaire procède à des tests diagnostiques pour déterminer la cause de la maladie des voies respiratoires inférieures.

Comparaison entre l’aspiration trachéale et le lavage bronchoalvéolaire

Les deux principaux tests utilisés pour examiner les voies respiratoires sont l’aspiration trachéale et le lavage bronchoalvéolaire. Bien que les deux tests impliquent l’introduction de liquide dans les poumons, la différence principale réside dans la région pulmonaire dans laquelle l’échantillon est prélevé.

Aspiration trachéale

Lorsqu’un cheval tousse, des cellules inflammatoires, du mucus et des bactéries se détachent dans ses grandes voies respiratoires. L’aspiration trachéale (aussi appelée lavage transtrachéal, ou LTT) prélève un échantillon du « bassin trachéal » situé vers l’extrémité de la trachée, permettant au vétérinaire d’évaluer la présence d’un processus infectieux. Cependant, l’échantillon collecté dans le bassin trachéal n’est pas représentatif de ce qui est recueilli dans les voies respiratoires plus profondes lors d’un LBA.

Lors de l’examen d’un échantillon d’aspiration trachéale, le vétérinaire évalue généralement la présence d’infection bactérienne en confirmant la présence de colonies bactériennes ou d’autres microbes. La présence de bactéries ou d’autres micro-organismes lors de l’aspiration trachéale étaye le diagnostic d’une maladie infectieuse des voies respiratoires inférieures, comme la pneumonie. Ce test ne permet pas d’évaluer le nombre ou la proportion de cellules bactériennes présentes, car la taille de la zone pulmonaire échantillonnée est inconnue. [1]

Lavage bronchoalvéolaire

En revanche, lors du LBA, le vétérinaire prélève un échantillon cellulaire des voies respiratoires inférieures. Le LBA est idéal pour diagnostiquer des affections non infectieuses touchant les poumons, comme l’asthme équin ou l’HPIE.[1]

En échantillonnant une petite portion de tissu d’une taille connue, il est possible de quantifier la proportion et le nombre de cellules présentes à cet endroit. Cela permet un diagnostic plus précis des affections non inflammatoires en déterminant quelles cellules ont subi des augmentations ou diminutions proportionnelles. [1] La caractérisation des types de cellules présentes, ainsi que de leur nombre relatif, permet un diagnostic plus précis des affections non infectieuses.

Équipement

Il existe deux méthodes de base pour effectuer un lavage bronchoalvéolaire : à l’aide d’un cathéter de LBA ou d’un endoscope. [1] La méthode choisie dépend de la préférence du vétérinaire, de l’accès à l’équipement et de l’endroit où la procédure se déroule (clinique vétérinaire ou ferme).

Pour effectuer un LBA à l’aide d’un cathéter, le vétérinaire a besoin de l’équipement suivant : [1]

  • Cathéter de lavage bronchoalvéolaire : un cathéter d’environ 2 à 3 mètres de long
  • Petite seringue vide : pour gonfler le ballonnet qui maintient le cathéter en place
  • Anesthésique local : pour engourdir les voies respiratoires et les fosses nasales
  • Solution saline stérile dans des seringues : pour introduire dans les voies respiratoires afin de recueillir les cellules
  • Tubes de prélèvement : pour conserver l’échantillon jusqu’à son examen

Lors de l’utilisation d’un endoscope, l’équipement requis est similaire. Toutefois, au lieu d’utiliser un cathéter de LBA, le vétérinaire utilise un endoscope de 3 mètres de long.

Cette procédure est généralement réalisée sous sédation en position debout, car la plupart des chevaux ne tolèrent pas la procédure sans contention chimique importante. Les vétérinaires sédatent le cheval afin de prévenir le stress et les mouvements excessifs de la tête. [1]

Lorsque possible, placer le cheval dans un box de contention aide à protéger le vétérinaire et la personne qui tient le cheval. Dans certains cas, cette dernière peut placer un tord-nez sur le nez du cheval pour le distraire de la procédure. [1]

Procédure

La procédure de lavage bronchoalvéolaire commence par placer le cheval dans un endroit sécuritaire, exempt d’obstacles pouvant le blesser s’il panique. Pour cette raison, de nombreux vétérinaires préfèrent mettre le cheval dans un box de contention.

Après l’administration du sédatif, le cheval demeure debout, au calme, pendant une période de 5 à 10 minutes, jusqu’à ce que la sédation fasse pleinement effet. [1]

1) Préparation

Pendant que la sédation du cheval fait effet, le vétérinaire prépare le cathéter ou l’endoscope. Il vérifie que l’équipement fonctionne bien et qu’il a été stérilisé correctement depuis sa dernière utilisation. [1]

Ensuite, le vétérinaire administre 10 à 20 ml d’anesthésique local dans le naseau du cheval. [1] Cela engourdit les tissus et aide à réduire l’inconfort lors du passage du tube dans les voies nasales.

Une fois que l’anesthésique local fait pleinement effet, la personne qui tient le cheval place généralement un tord-nez pour aider à contrôler le nez du cheval et le distraire. [1] Le vétérinaire lubrifie ensuite l’extrémité du cathéter ou de l’endoscope et l’introduit dans le naseau du cheval.

Pour cette procédure, il est préférable de positionner la tête et l’encolure en extension maximale afin de faciliter l’insertion du cathéter ou de l’endoscope dans la trachée du cheval, plutôt que de le faire descendre dans l’œsophage. [3] Une autre personne peut tenir la tête du cheval en position, ou un licou spécialisé peut être utilisé pour suspendre la tête du cheval à partir du box de contention ou du plafond. [3]

2) Prélèvement

Lorsque le vétérinaire fait avancer le cathéter ou l’endoscope, le cheval peut tousser en raison de l’irritation des voies respiratoires. Le vétérinaire peut administrer un anesthésique local supplémentaire pour engourdir les tissus respiratoires et aider à prévenir la toux. [1]

Lorsque le cathéter atteint la carène, c’est-à-dire le point de bifurcation de la trachée, le vétérinaire gonfle le ballonnet qui maintient le tube en place. [1] Pour les endoscopes, une personne additionnelle maintient généralement la position de l’endoscope en le tenant délicatement. [3]

equine bronchoalveolar lavage procedureIllustration:

Légende :
Bronchoalveolar Lavage Procedure : Procédure de lavage bronchoalvéolaire
Sterile fluid : Liquide stérile
Recovered sample : Échantillon recueilli

Après avoir positionné le cathéter ou l’endoscope, le vétérinaire introduit une solution saline stérile dans les poumons du cheval. [1] Il aspire ensuite une seringue remplie de liquide et la jette. Cette première seringue contient la solution saline stérile qui est restée dans le tube et n’a pas atteint les poumons du cheval. [1]

Le vétérinaire aspire ensuite lentement le liquide restant des poumons dans des seringues. [1] Ces seringues contiennent l’échantillon nécessaire pour les tests. Au moins 30 à 50 ml d’échantillon doivent être recueillis pour que la procédure soit réussie. [1] L’une des personnes qui aident le vétérinaire place ce liquide dans les tubes de prélèvement.

Une fois l’échantillon recueilli, le vétérinaire retire soigneusement l’endoscope ou le cathéter. La personne qui tient le cheval retire le tord-nez et laisse le cheval se réveiller de la sédation. Tout liquide stérile non récupéré pendant la procédure sera absorbé ou expulsé par la toux.

3) Soins post-intervention

Après la procédure, les chevaux ne doivent pas faire d’exercice pendant 24 heures. [3] Un exercice très intense, comme le galop ou le saut, ne doit pas être effectué pendant 48 à 72 heures après la procédure. [3]

Les chevaux doivent également être surveillés de près pendant 48 heures ou plus afin de détecter tout signe de pneumonie, tels qu’une diminution de l’appétit, un effort respiratoire accru et de la fièvre. [2]

Interprétation des résultats

L’échantillon prélevé est examiné au microscope, généralement par des spécialistes du diagnostic tels que des pathologistes vétérinaires. Lors de l’examen, le vétérinaire observe quels types de cellules sont présentes et en quelle proportion.

Un liquide de LBA équin sain contient les proportions cellulaires suivantes : [3]

  • 50 à 70 % de macrophages : la principale cellule de nettoyage de l’organisme
  • 30 à 50 % de lymphocytes : les cellules qui produisent des anticorps
  • Faible nombre de neutrophiles : cellules qui réagissent aux infections bactériennes
  • Faible nombre de mastocytes et d’éosinophiles : cellules qui réagissent aux allergènes
healthy equine bronchoalveolar lavage cell proportions

Légende:
Healthy Equine Bronchoalveolar Lavage Fluid Cell Proportions : Proportions cellulaires normales du liquide de lavage broncho-alvéolaire équin
Macrophage : Macrophages
Lymphocyte : Lymphocytes
Eosinophil : Éosinophiles
Neutrophil : Neutrophiles
Mast cell : Mastocytes

Des changements au niveau de ces proportions cellulaires peuvent indiquer une maladie. Trois affections principales peuvent être diagnostiquées grâce à un lavage bronchoalvéolaire : l’asthme équin, la pneumonie et l’hémorragie pulmonaire induite par l’effort.

Asthme équin

Une augmentation des neutrophiles non dégénérés dans un LBA est un indicateur d’asthme équin. [3][4] Les neutrophiles non dégénérés sont des cellules qui n’ont pas été activées contre un envahisseur bactérien.

Une augmentation de leur population dans les poumons indique la présence d’une inflammation. Toutefois, cette dernière est stérile, c’est-à-dire qu’elle n’est pas associée à des bactéries. [4]

Certains chevaux asthmatiques présentent une augmentation des mastocytes et des éosinophiles, ce qui peut être associé à une pathologie plus sévère et à des modifications des voies respiratoires. [5]

Pneumonie

Les chevaux atteints de pneumonie présentent une proportion élevée de neutrophiles dégénérés dans leurs échantillons de LBA. Ces neutrophiles ont été activés contre une bactérie, ce qui entraîne des modifications visibles de la cellule que le vétérinaire peut identifier.

Parmi les changements fréquents, on note la caryolyse (dégénérescence du noyau cellulaire) et la pycnose (fragmentation du noyau). [4]

Le vétérinaire peut également utiliser l’échantillon de LBA pour une culture bactérienne, un test diagnostique permettant d’identifier le type de bactérie présente dans un échantillon. [6] Dans cette procédure, l’échantillon est placé sur un milieu de croissance bactérienne et incubé pour stimuler la prolifération des bactéries.

Selon l’apparence des colonies bactériennes et le type de milieu sur lequel elles se développent, le vétérinaire peut déterminer les espèces bactériennes les plus probables. [6] Ces informations facilitent le diagnostic et orientent le choix de l’antibiotique nécessaire pour combattre l’infection.

Hémorragie pulmonaire induite par l’effort

Les chevaux atteints d’hémorragie pulmonaire induite par l’effort (HPIE) ont souvent des globules rouges dans leur échantillon de LBA. Ils peuvent également présenter de très gros macrophages contenant des globules rouges décomposés, indiquant que les macrophages nettoient le sang dans les voies respiratoires. [4]

Préparation pour un LBA

Selon les préférences de votre vétérinaire, il peut demander que vous ameniez votre cheval à sa clinique pour effectuer le LBA. Dans certains cas, vous pourriez être orienté vers un spécialiste si votre vétérinaire ne dispose pas de l’équipement nécessaire pour réaliser la procédure.

Si votre cheval est nerveux lors de l’embarquement dans la remorque, il peut être nécessaire de pratiquer cette étape à l’avance afin de vous assurer que tout se déroule bien le jour du rendez-vous.

Aucune préparation particulière n’est nécessaire pour un LBA. Les chevaux n’ont pas besoin de jeûner avant la procédure.

Si votre cheval a peur des aiguilles, votre vétérinaire pourrait vous demander d’administrer un sédatif oral, comme le gel Dormosedan®, une heure avant le rendez-vous. Ce médicament prend au moins 40 minutes pour produire un effet sédatif. Il permet au vétérinaire d’administrer des médicaments supplémentaires de manière sécuritaire.

Après la procédure, suivez les recommandations de votre vétérinaire concernant le repos de votre cheval. La plupart des vétérinaires recommandent une période de repos d’au moins 24 heures et suggèrent d’éviter tout exercice intense pour une période allant jusqu’à 72 heures.

Complications

Le lavage bronchoalvéolaire est une procédure très sûre présentant un risque minimal de complications. [7]

Les complications les plus fréquentes associées à un LBA sont la fièvre, la toux et la diminution de l’absorption d’oxygène menant à l’hypoxémie (faible taux d’oxygène dans le sang). [7] Ces problèmes disparaissent généralement quelques heures après la procédure. [7]

Dans de rares cas, des complications plus graves peuvent survenir. Des cas de chevaux ayant développé un hémopneumothorax (sang et air dans la cavité thoracique) ou une pneumonie après un LBA ont été rapportés. [2][7] Dans la plupart des cas, ces pathologies sont traitables et ont un bon pronostic. [7]

Questions Fréquemment Posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur le lavage bronchoalvéolaire chez les chevaux :

Résumé

Le lavage bronchoalvéolaire (LBA) est une technique diagnostique utilisée pour identifier les maladies des voies respiratoires inférieures chez les chevaux.

  • Les maladies des voies respiratoires inférieures se manifestent souvent par des signes cliniques tels que la toux, l’écoulement nasal et une diminution des performances
  • La procédure de lavage bronchoalvéolaire consiste à introduire un tube dans les poumons du cheval, à injecter du liquide stérile et à le récupérer pour examen
  • Le LBA est particulièrement utile pour le diagnostic d’affections non bactériennes, telles que l’asthme équin et l’hémorragie pulmonaire induite par l’effort
  • Le LBA est une méthode sûre et efficace pour diagnostiquer les maladies respiratoires
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Références

  1. Costa. L. R. R. and Paradis. M. R., Manual of Clinical Procedures in the Horse. Wiley Blackwell, Hoboken. 2018.
  2. Hewson. J. and Arroyo. L. G., Respiratory Disease. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2015.
  3. Dixon. C., Performing Bronchoalveolar Lavage in Horses in the Field. In Practice. 2022.
  4. Couetil. L. L. and Thompson. C. A., Airway Diagnostics. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2020. View Summary
  5. Karagianni. A. E. et al., Distinct Molecular Profiles Underpin Mild-To-Moderate Equine Asthma Cytological Profiles. Cells. 2024. View Summary
  6. Vitale. V. et al., Cytological Findings in Bronchoalveolar Lavage Fluid of Foals With Pneumonia Caused by Rhodococcus Equi and Other Bacteria. Journal of Equine Veterinary Science. 2019. View Summary
  7. Kopec. E. K. et al., Haemopneumothorax as a Complication of Bronchoalveolar Lavage. Equine Veterinary Education. 2024.