La laminite du membre porteur (LMP) est une affection grave qui se développe lorsqu’un cheval porte son poids de façon excessive sur un membre en raison d’une blessure ou d’un autre problème à la jambe opposée. La surcharge compensatoire prolongée entraîne une diminution de la circulation sanguine dans le pied, ce qui peut provoquer une inflammation et des lésions aux lamelles. Lorsque l’inflammation devient chronique ou sévère, les structures qui ancrent l’os du pied (troisième phalange/phalange distale) à la paroi du sabot peuvent s’affaiblir, menant à une fourbure.

La LMP entraîne une douleur et une inflammation importantes dans le sabot affecté. Dans les cas graves, la dégradation des tissus à l’intérieur du sabot peut provoquer une séparation entre l’os du pied et la paroi du sabot, ce que l’on appelle la fourbure, un problème de santé qui peut limiter l’espérance de vie.

Des signes avant-coureurs peuvent aider les propriétaires de chevaux à détecter la LMP avant que des dommages irréversibles ne se produisent. Ceux-ci incluent une boiterie du membre porteur, une augmentation du pouls digité et de la température du sabot, ainsi qu’un transfert de poids fréquent d’un membre à l’autre. Sans intervention, cette affection peut évoluer rapidement. Les chevaux présentant des symptômes de LMP ont besoin d’une attention vétérinaire immédiate.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur le développement de la laminite du membre porteur, les facteurs de risque et les signes à surveiller. En vous familiarisant avec les signes caractéristiques de la LMP, vous augmentez les chances que les chevaux atteints dont vous prenez soin se rétablissent.

Laminite du membre porteur chez le cheval

La laminite est une affection douloureuse et débilitante qui peut évoluer vers la fourbure si elle n’est pas traitée. La fourbure se produit lorsque le sabot et l’os du pied se séparent, ce qui permet à l’os du pied de pivoter hors de sa position normale. [1]

La fourbure est un stade avancé et grave de la laminite, et l’euthanasie sans cruauté peut s’avérer nécessaire dans certains cas. C’est pourquoi les chevaux présentant des symptômes de laminite doivent recevoir des soins vétérinaires immédiats afin de maximiser les chances d’une issue favorable.

La laminite peut avoir plusieurs causes initiales, chacune étant associée à son propre ensemble de facteurs de risque. Les principales catégories de causes menant à la laminite incluent : [1][2]

  • La laminite liée à une septicémie : ce type de laminite survient à la suite d’une inflammation excessive et généralisée provoquée par une infection systémique ou un autre déclencheur immunitaire
  • La laminite endocrinopathique : cette forme de laminite est associée à un dysfonctionnement métabolique, tel qu’observé chez les chevaux atteints du syndrome métabolique équin (SMÉ) ou du dysfonctionnement de la pars intermedia de la glande pituitaire (DPIP, anciennement appelé maladie de Cushing équine)
  • La laminite du membre porteur : elle se développe lorsqu’un cheval transfère son poids sur un seul et même membre pendant une période prolongée, ce qui force ce sabot à porter une charge excessive et finit par endommager les structures internes

La LMP est une affection grave du sabot équin où la connexion entre la paroi du sabot et ses structures internes est compromise en raison d’une surcharge inégale sur un seul membre (c’est-à-dire une surcharge compensatoire). [1][4][5] Cette surcharge compensatoire peut survenir pour diverses raisons, mais elle est généralement liée à une douleur ou une dysfonction du membre opposé. [4][6][7]

Des recherches sur la prévention, le diagnostic et le traitement de toutes les formes de laminite chez le cheval sont en cours. [3] Les études portant spécifiquement sur la LMP accusent un certain retard par rapport aux autres formes de laminite, en raison des défis liés à un diagnostic précoce, ce qui limite le nombre de sujets d’étude disponibles. [1]

Anatomie du sabot et de la jambe

Pour mieux comprendre comment survient la LMP, il est utile d’avoir des notions de base sur l’anatomie du sabot et du membre inférieur du cheval.

À l’intérieur du sabot, l’os du pied (phalange distale) enveloppé de couches de tissus spécialisés, dont une couche de soutien plus profonde (le derme) et une couche protectrice superficielle (l’épiderme) sur sa surface externe. [1][5] Cette connexion est appelée appareil suspenseur de la phalange distale. [3]

Le derme joue un rôle important dans la structure et la fonction du sabot. Sur le plan fonctionnel, il contient les vaisseaux sanguins et les nerfs qui alimentent le sabot en sang, en oxygène et en sensations. Sur le plan structurel, le derme est solidement rattaché à l’os du pied grâce à des fibres de tissu conjonctif, en particulier du collagène. [1]

Horse Hoof AnatomyIllustration :

Légende:
Equine Hoof Anatomy : Anatomie du sabot équin
Long pastern bone : Os du paturon
Short pastern bone : Os de la couronne
Lamina : Lamelles
Hoof wall : Paroi du sabot
White line : Ligne blanche
Pedal bone : Os du pied
Flexor tendon : Tendon fléchisseur
Digital cushion : Coussinet digital
Navicular bone : Os naviculaire

L’épiderme comprend à la fois la paroi externe du sabot, composée de matière kératinisée durcie, et les cellules vivantes situées en dessous. La paroi du sabot supporte la majorité du poids du cheval en transférant la force du sol vers l’os sous-jacent. [1][5]

Lamelles du sabot

À l’intérieur du sabot, le derme et l’épiderme s’emboîtent via un système complexe de lamelles (aussi appelées chair feuilletée), qui sont des projections en forme de doigts ancrant la paroi du sabot à l’os sous-jacent. [1]

On compte environ 550 à 600 lamelles épidermiques primaires autour de l’os du pied, chacune se divisant en des centaines de lamelles secondaires plus petites. Ces couches imbriquées forment une connexion solide, semblable à du Velcro, qui offre stabilité et soutien. [1]

Entre ces deux ensembles de lamelles imbriquées se trouve la membrane basale, une fine membrane qui aide à ancrer la paroi du sabot à l’os du pied. [7]

Effets de la laminite

Lorsqu’un cheval souffre de laminite, le système d’attache entre les lamelles épidermiques et dermiques commence à se dégrader en réponse à une inflammation prolongée.

Sabot sain vs sabot forbuIllustration :

L’inflammation perturbe la structure interne des cellules, compromettant leur capacité à adhérer à la membrane basale. Au fil du temps, les cellules épithéliales lamellaires s’affaiblissent. Cela entraîne un étirement et, dans les cas graves, une séparation des lamelles dermiques et épidermiques. [1]

Lorsque cela se produit, l’os du sabot perd sa solide connexion avec la paroi du sabot, ce qui entraîne une instabilité, de la douleur et, dans les cas extrêmes, une rotation ou une descente de l’os à l’intérieur du sabot. [1]

Ce processus pathologique est caractéristique de toutes les formes de laminite. Dans les cas de laminite du membre porteur, l’inflammation des lamelles est causée par surcharge prolongée sur un seul membre. [1]

Symptômes

Comme pour toutes les formes de laminite, le symptôme caractéristique de la laminite du membre porteur chez les chevaux est la boiterie. [5][6]

La LMP est difficile à identifier, car les chevaux atteints présentent déjà une boiterie en raison du problème de santé sous-jacent ayant initialement entraîné la surcharge compensatoire. [6]

Un indicateur fréquent de LMP est une diminution soudaine et perceptible de la boiterie dans le membre initialement blessé. Cette amélioration notable survient généralement parce que le membre porteur devient également douloureux, incitant le cheval à transférer son poids vers le membre qui lui fait le moins mal.

Cependant, dans certains cas, la blessure ou l’infection initiale dans le membre opposé s’est résorbée des semaines, voire des mois, avant l’apparition de la LMP. [8]

« Un diagnostic précoce, l’utilisation d'anti-inflammatoires et le soutien du pied affecté à l’aide de substrats souples, combinés à une gestion rigoureuse de la blessure initiale, sont essentiels pour prévenir une descente catastrophique du sabot dans les cas de laminite du membre porteur. »

Dre Jennifer Skaggs, D.M.V.
Vétérinaire équin

Les symptômes visibles de la laminite apparaissent une fois que l’inflammation interne est déjà survenue. Cela complique la possibilité de poser un diagnostic à temps pour que le traitement soit efficace. [1]

Les symptômes de la LMP incluent : [1][3]

  • Un transfert de poids d’un pied à l’autre
  • Une augmentation de la fréquence cardiaque
  • Une augmentation du pouls digité dans le sabot affecté
  • Une augmentation de la température dans le sabot affecté
  • Des changements au niveau de la couronne du sabot affecté

Causes

Les causes de la LMP ne sont pas encore entièrement comprises. À l’heure actuelle, des preuves indiquent que la LMP est une affection complexe influencée par : [3][7]

  • La restriction de la circulation sanguine
  • Le stress cellulaire
  • L’apport en glucose
  • L’inflammation
  • Les forces mécaniques

Ensemble, ces facteurs contribuent à la dégradation progressive des structures de soutien du sabot. [3][7]

Chez un cheval en bonne santé, lorsque du poids est appliqué sur le sabot, la circulation sanguine dans certaines parties du pied diminue ou cesse complètement. [3] Le tendon fléchisseur profond du doigt bloque la circulation sanguine en tirant sur l’os du sabot.

Lorsque le poids est appliqué, le tendon s’aplatit contre les os du bas de la jambe, ce qui exerce une pression sur les artères adjacentes. D’autres structures, comme les ligaments et les tissus conjonctifs, peuvent également contribuer à cet effet. [3]

Cette perte temporaire de circulation sanguine pendant le mouvement normal est une fonction naturelle, qui prévient un retour veineux inversé et régule la circulation. [3] Les chevaux en bonne santé déplacent simplement leur poids sur le membre opposé, ce qui permet au sang de circuler à nouveau.

Lorsqu’un cheval souffre d’une blessure, il peut éviter d’utiliser le membre douloureux et maintenir son poids sur le sabot non blessé pendant une période prolongée. Cela empêche le rétablissement d’une circulation sanguine normale à travers le sabot. [6]

En l’absence d’une circulation sanguine normale, un manque d’oxygène et de glucose entraîne des modifications au niveau des lamelles. Cela provoque un stress cellulaire, un affaiblissement des tissus et, éventuellement, leur mort. Les cellules les plus éloignées de l’apport sanguin sont affectées en premier, ce qui provoque des dommages structuraux dans le sabot. [3][6]

Des échantillons de tissus provenant de chevaux atteints de LMP révèlent des réponses cellulaires à l’inflammation similaires à celles observées dans des maladies inflammatoires de la peau comme le psoriasis. Cela suggère que cette pathologie implique non seulement un stress mécanique lié à la surcharge pondérale, mais aussi une inflammation et une perturbation de la fonction cellulaire. [6]

Facteurs de risque

Les chevaux présentant des blessures, une boiterie ou des douleurs dans un ou plusieurs sabots courent un risque accru de développer une LMP. [6] Cela s’explique par le fait qu’une blessure à un sabot entraîne un mouvement et une surcharge compensatoires. [6]

Les causes possibles de douleur dans les sabots comprennent : [6]

  • Des fractures osseuses à l’intérieur de la boîte cornée du sabot (p. ex. phalange distale/os du sabot, os naviculaire, os sésamoïde distal)
  • Des infections du sabot telles que les abcès ou la maladie de la ligne blanche
  • Des blessures orthopédiques qui requièrent un plâtre
  • Une convalescence post‑chirurgicale (p. ex. après une arthrodèse du boulet)

La LMP est une complication fréquente chez les chevaux en convalescence d’une blessure au sabot. [6]

Dans les cas où une blessure existante a causé une boiterie, le développement de la LMP peut passer inaperçu, car il est difficile de distinguer la boiterie liée à la blessure de celle causée par la compensation. [6]

Les chevaux en surpoids courent également un risque accru de développer une LMP. [6] La LMP est plus susceptible de se développer chez les chevaux adultes que chez les poulains ou les chevaux âgés de 1 à 2 ans. [3]

Diagnostic

Le diagnostic de la LMP repose sur la présence d’une boiterie accompagnée d’une blessure antérieure dans le membre opposé. [6] Les vétérinaires peuvent utiliser l’imagerie (radiographie), des examens de boiterie et des tests de flexion pour confirmer le diagnostic. [1]

Il peut être complexe de diagnostiquer une laminite du membre porteur, car la boiterie qu’elle entraîne peut être difficile à distinguer de la blessure initiale. [6] De plus, bien que les symptômes visibles de la LMP apparaissent souvent rapidement, ils surviennent généralement après que des changements aient déjà commencé à survenir dans le sabot, ce qui nuit à un diagnostic précoce. [1]

Traitement et pronostic

Le traitement de la LMP en phase chronique peut inclure le soutien du sabot atteint au moyen de soins correctifs de maréchalerie, lesquels peuvent inclure des orthèses ou des fers spéciaux. [6][7] De plus, il est essentiel de traiter la blessure ou le problème médical ayant entraîné la compensation au départ.

Les traitements utilisés pendant la phase aiguë peuvent inclure : [5][6][7][8]

Le pronostic pour les chevaux atteints de laminite du membre porteur est sombre, tout particulièrement lorsque la blessure au membre opposé n’est pas résolue. [6]

Prévention

La prévention de la laminite du membre porteur après une blessure au sabot est difficile. Des essais cliniques portant sur l’utilisation de fers thérapeutiques, de surfaces de sol modifiées dans les box et de dispositifs orthopédiques n’ont pas encore démontré une efficacité constante. [6]

La prévention de la LMP nécessite une surveillance attentive des chevaux ayant une blessure ou une infection à une jambe ou un sabot.

Il est recommandé d’opter pour des traitements qui aident les chevaux à rester mobiles ou qui les encouragent à répartir leur poids entre leurs membres après une blessure à une jambe ou un sabot. [6][7]

Même s’il est difficile de prévenir la LMP une fois qu’un cheval a subi une blessure à un membre, des pratiques de gestion optimales peuvent contribuer à éviter les situations impliquant un fort risque de blessure. Ces stratégies incluent :

  • Utiliser des surfaces de sol appropriées : assurez-vous que les zones d’entraînement sont bien entretenues et adaptées au type de travail que votre cheval effectue
  • Ne pas négliger l’échauffement et le retour au calme : il est essentiel de prévoir du temps pour l’échauffement avant un exercice intense ainsi que pour le retour au calme après l’entraînement, afin d’améliorer la condition physique de votre cheval et de prévenir les blessures
  • Optimiser la récupération : la période de repos entre les séances d’entraînement permet aux muscles de votre cheval de se réparer et de développer des tissus plus forts
  • Entretenir les pâturages : un entretien régulier et des inspections fréquentes visant à repérer d’éventuels dangers contribuent grandement à prévenir les blessures

Enfin, une alimentation équilibrée axée sur le fourrage est essentielle à la gestion du poids et à la santé générale des chevaux. Si vous avez besoin d’aide pour créer un plan adapté aux besoins spécifiques de votre cheval, prenez rendez-vous pour une consultation gratuite avec l’un de nos nutritionnistes équins qualifiés.

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur la fourbure du membre d’appui chez les chevaux :

Résumé

La laminite du membre porteur (LMP) chez le cheval est causée par une surcharge prolongée sur un seul membre. Elle survient souvent chez les chevaux souffrant d'une blessure ou d'une boiterie préexistante, les obligeant à transférer leur poids de manière excessive sur le sabot opposé.

  • Le symptôme caractéristique de la LMP est la boiterie. Les autres symptômes incluent une augmentation du pouls digité, des changements de température du sabot, un transfert de poids entre les pieds et des changements au niveau de la couronne
  • Les chevaux présentant une blessure, une fracture ou une infection à un sabot ou à une jambe sont à risque de développer une LMP
  • La cause de la LMP est une surcharge prolongée sur un membre en raison d’une blessure ou d’une infection dans la jambe opposée
  • Le traitement peut inclure un ferrage de soutien combiné à des analgésiques, des anti-inflammatoires, la cryothérapie et du repos au box
  • Le pronostic pour la LMP chez le cheval est sombre, surtout si la blessure d’origine persiste
  • La prévention repose sur la redistribution équilibrée du poids pendant la convalescence suivant une blessure ou une infection d’un membre, le soutien de la mobilité et une intervention précoce
Manque-t-il quelque chose dans l’alimentation de votre cheval?

Identifier les manques dans le programme alimentaire de votre cheval pour optimiser son bien-être.

Références

  1. Stashak. T. S. and Baxter. G. M., Adams and Stashak’s Lameness in Horses. 7th edition. wiley Blackwell, Hoboken. 2020.
  2. Elliott. J. and Bailey. S. R., A Review of Cellular and Molecular Mechanisms in Endocrinopathic, Sepsis‐related and Supporting Limb Equine Laminitis. Equine Veterinary Journal. 2023. View Summary
  3. Orsini. J. A., Supporting Limb Laminitis: The Four Important 'Whys'. Equine Veterinary Journal. 2012. View Summary
  4. Wylie. C. E. et al., Prevalence of Supporting Limb Laminitis in a UK Equine Practice and Referral Hospital Setting between 2005 and 2013: Implications for Future Epidemiological Studies. Veterinary Record. 2015. View Summary
  5. Ross. M. W. and Dyson. S. J., Eds., Diagnosis and Management of Lameness in the Horse. 2nd ed. Elsevier/Saunders, St. Louis, Mo. 2011.
  6. Van Eps. A. et al., Supporting Limb Laminitis. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2021. View Summary
  7. Van Eps. A. W. and Burns. T. A., Are There Shared Mechanisms in the Pathophysiology of Different Clinical Forms of Laminitis and What Are the Implications for Prevention and Treatment?. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2019. View Summary
  8. Hopster. K. and Driessen. B., Pharmacology of the Equine Foot. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2021. View Summary