La torsion intestinale est une affection potentiellement mortelle chez les chevaux qui nécessite une prise en charge vétérinaire immédiate. Ce trouble douloureux survient lorsqu’une portion de l’intestin du cheval se tord sur elle-même, interrompant l’apport sanguin et provoquant un inconfort sévère.

Les structures gastro-intestinales du cheval sont suspendues de manière lâche dans l’abdomen, ce qui rend le tube digestif vulnérable aux torsions et aux enchevêtrements. Cela peut perturber le passage des aliments et, dans les cas graves, interrompre la circulation sanguine.

Ces torsions, aussi appelées volvulus, peuvent se produire au niveau de l’estomac, de l’intestin grêle, du gros côlon ou du cæcum. Cette affection peut rapidement mettre la vie du cheval en danger.

Il est crucial de bien comprendre les signes et les facteurs de risque de la torsion intestinale chez les chevaux afin d’effectuer un diagnostic rapide et d’entreprendre un traitement efficace. Poursuivez votre lecture pour en apprendre davantage sur l’anatomie gastro-intestinale du cheval et les complications associées, afin d’être préparé adéquatement si l’un de vos chevaux est à risque.

Torsion intestinale chez les chevaux

Les chevaux sont particulièrement à risque de souffrir d’une torsion intestinale en raison des caractéristiques particulières de leur anatomie abdominale. Le système digestif équin est essentiellement une longue série de tubes logés dans une vaste cavité abdominale.

Les aliments (ingesta) progressent dans le tube digestif grâce à des contractions musculaires rythmiques appelées péristaltisme. Le péristaltisme est un processus dynamique qui entraîne des changements de forme et de position du tube digestif dans l’abdomen. [1]

De plus, l’anatomie digestive se déplace dans la cavité abdominale pour s’adapter aux mouvements du cheval pendant l’exercice.

À mesure que le tube digestif se déplace dans l’abdomen, il peut parfois se tordre et se nouer. Lorsque cela se produit, le mouvement des ingesta est perturbé, entraînant des symptômes de coliques douloureux. Dans les cas graves, cette torsion peut couper l’apport sanguin aux sections affectées du tube digestif, entraînant la mort des tissus. [2]

Des torsions peuvent se produire dans plusieurs structures du système digestif équin : l’intestin grêle, le gros côlon (également appelé gros intestin), le cæcum ou l’estomac.

Selon les structures impliquées, ces torsions sont classées comme suit : [1][2]

  • Volvulus de l’intestin grêle (également appelé torsion de l’intestin grêle)
  • Volvulus du gros côlon
  • Torsion du cæcum (également appelée volvulus cæcal)
  • Torsion gastrique (estomac)

Dans de nombreux cas, la torsion des structures implique également le mésentère, l’organe en forme d’éventail qui maintient le tube digestif en place de façon lâche et apporte le sang et l’oxygène aux intestins. Si le mésentère se retrouve pris dans la torsion, l’apport de sang et d’oxygène de la zone peut être perturbé, entraînant la mort des tissus. [1][2]

Anatomie

Pour bien comprendre la pathologie de la torsion intestinale chez les chevaux, il est utile pour les propriétaires de se familiariser avec l’anatomie des structures qui peuvent être impliquées.

Estomac

La torsion gastrique survient lorsque l’estomac se tord et se divise en deux compartiments. [3] L’estomac est un grand organe qui reçoit la nourriture provenant de l’œsophage et amorce la digestion. [4]

Chez les chevaux, la torsion gastrique est rare puisque l’estomac est maintenu plus fermement en place que le tractus inférieur par le ligament gastro-splénique. La torsion gastrique est parfois associée à une rupture de ce ligament. [3]

Intestin grêle

L’intestin grêle est un tube qui relie l’estomac et le cæcum. Long, flexible et mobile, il est particulièrement susceptible de se tordre. [1] Il se compose de trois segments : le duodénum, le jéjunum et l’iléon.

Le volvulus de l’intestin grêle survient lorsque l’intestin s’enroule sur lui-même en prenant la forme d’un lasso. [2][5][6][7] La rotation à la base du lasso est généralement d’au moins 180 degrés et, dans les cas graves, peut atteindre 360 degrés. [6][7] Lorsque l’intestin se tord, la base du mésentère est également entraînée dans la torsion.

Le volvulus nodosus est une forme rare de torsion intestinale, observée principalement chez les poulains âgés de 2 à 7 mois. Il survient lorsque deux parties de l’intestin grêle (l’iléon et le jéjunum) se tordent à 360 degrés, créant une poche dans la membrane qui maintient les intestins. [6]

Une partie du jéjunum se retrouve piégée dans cette poche et, en gonflant, elle tire davantage l’iléon dans la poche, créant une boucle serrée et nouée. [6]

Cæcum et gros intestin

Le cæcum est la première partie du gros intestin. Il s’agit d’une structure en forme de virgule qui mesure environ 1 mètre de longueur. [6]

La torsion du cæcum survient lorsque le cæcum se tord sur lui-même. Cela est parfois lié à des anomalies du mésentère ou à une torsion du gros intestin. [6]

Le gros intestin est très long et peut contenir plus de 80 L (21 gal) de nourriture et d’eau. [1] Il est relié au cæcum à une extrémité et au côlon transverse à l’autre. [4]

Le volvulus du gros côlon survient lorsque l’ensemble du côlon pivote latéralement, obstruant les ouvertures qui permettent à l’ingesta d’entrer et de sortir. [5][8] Il s’agit d’une urgence médicale nécessitant des soins vétérinaires immédiats. [8]

Symptômes

Le symptôme principal de chacune de ces affections est la colique, qui se caractérise par une douleur abdominale généralisée chez les chevaux.

Les chevaux souffrant de coliques présentent des signes d’inconfort et des changements physiologiques, notamment : [9][10][11][12][13]

  • Léthargie
  • Manque d’appétit
  • Mordre ou regarder les flancs
  • Déplacement du poids d’une jambe à l’autre
  • Agitation
  • Se lever et se coucher fréquemment
  • Décubitus
  • Se coucher sur le dos
  • Consommer des objets non comestibles
  • Tourner en rond
  • Donner des coups de pied dans l’abdomen
  • Se rouler
  • S’étirer
  • S’asseoir comme un chien
  • Gémir
  • Transpiration
  • Augmentation de la fréquence cardiaque
  • Estomac distendu
  • Diarrhée
  • Diminution de la production de matières fécales
  • Grincement des dents
  • Salivation excessive
  • Respiration rapide
  • Tension abdominale
  • Changement de la couleur des gencives
  • Retroussement de la lèvre supérieure (réaction de Flehmen)

Présentation clinique des coliques en cas de torsion intestinale

Les chevaux atteints d’un volvulus de l’intestin grêle présentent généralement des coliques modérées à sévères accompagnées d’un abdomen distendu. [2][5]

Les chevaux souffrant de volvulus du gros intestin peuvent présenter des signes de coliques pendant un jour ou plus avant que la douleur ne devienne soudainement intense. D’autres présentent une douleur soudaine et incontrôlable sans aucun signe préalable de coliques. La douleur est parfois si intense qu’elle ne répond pas aux analgésiques. [2][5]

Les chevaux atteints de torsion du cæcum ont tendance à présenter une douleur abdominale soudaine et sévère. [14] Les chevaux souffrant d’une torsion gastrique présentent des coliques sévères. [8]

Les coliques chez le cheval constituent une urgence médicale nécessitant une évaluation vétérinaire rapide.

Facteurs de risque

Le volvulus de l’intestin grêle peut toucher des chevaux de tout sexe, âge ou race. [2][5] Cependant, certains facteurs de risque connus augmentent la probabilité de souffrir de cette affection.

Par exemple, les chevaux qui participent à des compétitions d’endurance sont plus susceptibles de présenter un volvulus de l’intestin grêle, tout particulièrement peu de temps après une course. [5] Les chevaux qui ont récemment nagé ont également un risque accru. [6]

Un historique récent de gastroscopie augmente également le risque de volvulus de l’intestin grêle. [5][7][15] De plus, la déshydration et l’ingestion de repas copieux, riches en céréales peuvent affecter le péristaltisme, altérant ainsi la fonction intestinale et augmentant le risque de volvulus de l’intestin grêle.

Le volvulus du gros intestin peut également toucher des chevaux, peu importe leur sexe, race ou âge. Il est plus fréquent chez les juments ayant récemment pouliné. [8] De plus, des changements récents dans l’alimentation, y compris l’accès à un pâturage luxuriant, sont associés à cette pathologie. [2][5]

La torsion du cæcum est plus fréquente chez les chevaux qui souffrent d’un volvulus du gros intestin, bien qu’elle puisse se produire seule. [6] Les chevaux présentant un cæcum sous-développé ou une insertion anormale ont un risque accru, bien que des chevaux avec des insertions cæcales normales peuvent également développer ce problème de santé. [6]

La torsion gastrique est plus susceptible d’affecter les chevaux présentant une rupture du ligament gastro-splénique. [3] D’autres facteurs de risque comprennent des changements rapides et récents dans l’alimentation et un exercice vigoureux après un repas copieux. [12]

Causes

En général, les torsions du tractus gastro-intestinal du cheval se produisent parce que ces structures sont longues, flexibles et mobiles, se déplaçant pour s’adapter aux mouvements du corps pendant l’exercice. Ces structures sont également influencées par la motilité des intestins (péristaltisme). [2]

Les causes exactes du volvulus de l’intestin grêle sont souvent inconnues, mais dans certains cas, elles sont liées à d’autres dysfonctionnements du système digestif. Celles-ci comprennent : [2][5][6][7][11]

Les causes exactes du volvulus du gros intestin ne sont pas entièrement comprises, bien qu’elles puissent être associées à un excès de gaz dans l’intestin postérieur. Les facteurs qui contribuent à l’accumulation excessive de gaz comprennent : [16]

  • Le stress
  • Des changements alimentaires
  • Un déséquilibre électrolytique

Les causes exactes de la torsion gastrique ne sont pas entièrement comprises. Dans certains cas, l’intestin grêle se retrouve d’abord piégé, exerçant une traction sur les tissus environnants. Dans d’autres cas, les mouvements du cheval peuvent provoquer une déchirure du ligament gastro-splénique, permettant à l’estomac de se déplacer excessivement et de se tordre sur lui-même. [3]

Gravité

La gravité de ces affections dépend du degré de rotation de la torsion et de l’impact sur l’apport en sang et en oxygène vers la zone touchée.

Le volvulus de l’intestin grêle est considéré comme grave s’il implique une rotation supérieure à 180 degrés, les cas extrêmement graves impliquant des rotations allant jusqu’à 360 degrés. [6][7]

Un volvulus du gros intestin de 90 à 270 degrés est considéré comme léger. Une rotation qui dépasse 270 degrés est une affection très grave, tout particulièrement si l’apport sanguin vers la zone est compromis. [8] Dans ces cas, des dommages irréversibles du tube digestif peuvent survenir en 3 ou 4 heures. [2]

Une torsion du cæcum de 90 degrés ou moins est considérée comme normale et ne provoque généralement pas de symptômes. [6]

La torsion gastrique est considérée comme légère à modérée si la rotation est inférieure à 180 degrés, et sévère si la rotation dépasse ce degré. [6]

Diagnostic et traitement

Les chevaux présentant des signes de torsion intestinale ont besoin d’être pris en charge par un vétérinaire immédiatement. Une intervention rapide est essentielle, car les torsions sévères peuvent rapidement entraîner la mort des tissus, ce qui affecte les chances de guérison.

Le diagnostic de ces pathologies implique généralement une chirurgie exploratoire afin d’identifier l’emplacement et la gravité de la torsion et d’évaluer tout dommage aux tissus affectés. [6]

Au préalable, le vétérinaire écartera probablement d’autres causes possibles associées aux coliques. Les outils diagnostiques peuvent inclure : [6]

  • Un examen rectal
  • Une abdominocentèse (échantillon de liquide provenant de la cavité abdominale)
  • Une intubation nasogastrique
  • Une échographie
L’intubation nasogastrique ne doit être pratiquée que par un vétérinaire. Il n’existe aucune méthode sécuritaire pour intuber un cheval à domicile.

Le traitement pour l’ensemble des cas de torsion intestinale est chirurgical. [2][3][6] Pendant la chirurgie, les structures affectées sont détordues manuellement et examinées afin de détecter des dommages tissulaires. [2]

Si une privation de sang et d’oxygène a causé une mort irréversible des tissus dans une partie quelconque de la structure affectée, les tissus nécrosés doivent être retirés. [2]

Pronostic

Le pronostic pour les chevaux souffrant de torsion intestinale dépend principalement de l’étendue des dommages tissulaires. [2][6]

Voici le pronostic général en fonction de l’emplacement dans le tube digestif : [2][5][6]

  • Volvulus de l’intestin grêle : si plus de 50 % de l’intestin est affecté, le pronostic est considéré comme grave. Dans les autres cas, le pronostic est plus favorable, particulièrement si l’intervention chirurgicale est effectuée rapidement.
  • Volvulus du gros intestin : le pronostic est généralement réservé.
  • Torsion cæcale : le pronostic varie de passable à grave, selon l’étendue de l’atteinte du cæcum et l’intégrité du mésentère.
  • Torsion gastrique : le pronostic est généralement passable à réservé, selon le degré de nécrose tissulaire.

Prévention

Il n’existe aucune méthode éprouvée pour prévenir la torsion intestinale chez les chevaux.

La prévention des coliques chez les chevaux repose sur une alimentation à base de fourrage, une introduction progressive des changements alimentaires sur plusieurs semaines, et une hydratation adéquate. Ces pratiques de gestion contribuent à réduire la production de gaz et à soutenir une motilité intestinale normale.

Si vous n’êtes pas certain que votre cheval reçoit tous les nutriments nécessaires grâce à son alimentation, consultez un nutritionniste équin qualifié qui peut analyser son régime actuel et fournir des recommandations adaptées à ses besoins spécifiques.

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur la torsion intestinale chez les chevaux :

Résumé

La torsion intestinale chez le cheval désigne des cas où une section du tube digestif se tord sur elle-même. Cela peut perturber le passage de l’ingesta dans l’intestin et compromettre l’apport en sang et en oxygène, ce qui peut entraîner la mort des tissus.

  • Les pathologies associées à la torsion intestinale chez le cheval comprennent le volvulus de l’intestin grêle, le volvulus du gros intestin, la torsion du cæcum et la torsion gastrique
  • Le principal symptôme de ces affections est la colique, qui constitue une urgence médicale nécessitant une évaluation vétérinaire rapide
  • Le diagnostic repose sur une chirurgie exploratoire; le traitement est également chirurgical afin de corriger toute torsion et retirer les tissus endommagés
  • Le pronostic pour ces affections est variable et dépend du degré de rotation de la torsion et de l’impact sur l’apport en sang et en oxygène
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Références

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  2. Reed. S. M. et al., Equine Internal Medicine. 3rd ed. Saunders Elsevier, St. Louis, Mo. 2010.
  3. Dias. D. P. M. et al., Gastric Torsion from an Intestinal Hernia Through a Rent in the Gastrosplenic Ligament in a Horse. Journal of Equine Veterinary Science. 2012.
  4. Goff. J. P., Digestion Absorption and Metabolism. Dukes’ Physiology of Domestic Animals. 13th ed. Wiley-Blackwell. 2015.
  5. Blikslager. A. T. et al., Eds., The Equine Acute Abdomen. Third edition. Wiley, Blackwell, Hoboken, NJ. 2017.
  6. Auer. J. A., Equine Surgery. 5th edition. Elsevier, St. Louis, MO. 2018.
  7. Stephen. J. O. et al., Small Intestinal Volvulus in 115 Horses: 1988–2000. Veterinary Surgery. 2004. View Summary
  8. Johnston. J. K. and Freeman. D. E., Diseases and Surgery of the Large Colon. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 1997. View Summary
  9. Colic in Horses. American College of Veterinary Surgeons.
  10. Sutton. G. A. et al., A Behaviour-Based Pain Scale for Horses with Acute Colic: Scale Construction. Veterinary Journal (London, England: 1997). 2013. View Summary
  11. Gillen. A. and Catherine Archer. D., Epidemiology of Colic: Current Knowledge and Future Directions. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2023. View Summary
  12. Straticò. P. et al., Retrospective Study on Risk Factors and Short-Term Outcome of Horses Referred for Colic from 2016 to 2022. Veterinary Sciences. 2022. View Summary
  13. Cook. V. L. and Hassel. D. M., Evaluation of the Colic in Horses: Decision for Referral. The Veterinary Clinics of North America. Equine Practice. 2014. View Summary
  14. Dart. A. et al., Caecal Disease in Equids. Australian Veterinary Journal. 1997. View Summary
  15. Bonilla. A. G. et al., Small Intestinal Segmental Volvulus in Horses after Gastroscopy: Four Cases (2011–2012). Equine Veterinary Education. 2014.
  16. Orsini. J. A. and Divers. T. J., Equine Emergencies: Treatment and Procedures. Fourth Edition. Elsevier/Saunders. St. Louis, MO. 2014.