L’œil est l’une des structures les plus sensibles du corps du cheval et il est essentiel au confort, à la sécurité et aux performances de l’animal. Même des problèmes mineurs peuvent rapidement s’aggraver s’ils ne sont pas pris en charge.

Les examens ophtalmiques permettent aux vétérinaires d’identifier, de diagnostiquer et de traiter les maladies oculaires équines avant qu’elles n’entraînent des dommages permanents ou une perte de vision.

Un examen ophtalmique ne se limite pas observer la surface de l’œil. Une évaluation complète comprend un examen de la cornée, du cristallin, des chambres antérieure et postérieure, de la production de larmes, de la pression oculaire et des réflexes. Des tests diagnostiques spécialisés, tels que la coloration oculaire à la fluorescéine, le test de Schirmer, la tonométrie et l’ophtalmoscopie, aident les vétérinaires à identifier des anomalies subtiles qui peuvent passer inaperçues lors de l’inspection initiale.

Pour les propriétaires de chevaux, comprendre l’importance des examens ophtalmiques de routine et reconnaître les signes avant-coureurs de maladie oculaire permet d’obtenir de meilleurs résultats à long terme. Si un problème oculaire est suspecté, il est essentiel de faire appel à un vétérinaire dans les plus brefs délais, car le traitement rapide des affections oculaires équines offre les meilleures chances de préserver la vision du cheval.

Examens ophtalmiques chez les chevaux

Un examen ophtalmique consiste en une évaluation détaillée des yeux du cheval, réalisée par un vétérinaire. L’objectif est d’évaluer toutes les structures de l’œil afin de détecter une maladie ou une blessure qui pourrait affecter la vision.

Les yeux des chevaux possèdent un nombre important de terminaisons nerveuses, ce qui les rend extrêmement sensibles à l’inflammation ou aux blessures.

Les chevaux présentent généralement des signes cliniques similaires, quel que soit le type d’affection oculaire, en raison de la douleur qu’ils ressentent.

Les signes cliniques de douleur ou d’inconfort oculaire comprennent : [1][2]

  • Le plissement des yeux
  • La présence de liquide semblable à du pus ou du sang dans la partie avant de l’œil
  • Le gonflement des paupières
  • Un écoulement des yeux
  • L’évitement de la lumière vive
  • Une rougeur des tissus autour de l’œil
  • Un œil trouble
  • Des pupilles anormalement dilatées ou contractées
  • Des changements dans la taille de l’œil (saillie ou atrophie)

L’examen ophtalmique permet aux vétérinaires d’évaluer l’ensemble des structures de l’œil du cheval afin de déterminer la cause sous-jacente de la douleur ou de l’inconfort. L’examen ophtalmique fait souvent partie d’un examen préachat ou d’une évaluation générale de la santé, afin de s’assurer que les yeux du cheval sont en bonne santé.

Équipement

L’équipement essentiel pour un examen ophtalmique chez les chevaux comprend : [3]

  • Des bandelettes de test lacrymal
  • Un tonomètre (appareil utilisé pour mesurer la pression oculaire)
  • Un colorant à la fluorescéine
  • Une source lumineuse puissante
  • Un ophtalmoscope
  • Un anesthésique topique pour l’œil
  • Du tropicamide (médicament qui dilate la pupille)

Une sédation est souvent nécessaire pour garder maintenir le cheval calme et coopératif pendant la procédure.

Selon la situation, le vétérinaire peut effectuer des blocs nerveux régionaux, où il injecte de la lidocaïne près des nerfs qui contrôlent les muscles ou la sensation de douleur de l’œil. [3] Cette technique est particulièrement utile pour les chevaux souffrant de douleur oculaire, car cela permet un examen approfondi sans causer de détresse au cheval.

L’endroit idéal pour un examen ophtalmique est une écurie bien éclairée ou un espace intérieur où les lumières peuvent être éteintes. L’éclairage est important durant les premières étapes de l’examen, en particulier lors de la mise en place des blocs nerveux régionaux.

Par la suite, une zone plus sombre est préférable afin d’optimiser l’éclairage de l’arrière de l’œil grâce à la source lumineuse du vétérinaire.

Déroulement

L’examen ophtalmique commence par l’observation du cheval en position debout. Le vétérinaire note toute anomalie dans l’apparence des yeux, y compris la taille des pupilles et leur position, la position de l’œil dans son orbite et la position des paupières. [3]

Il évalue ensuite si le cheval est aveugle. Le test le plus courant pour diagnostiquer la cécité est le clignement réflexe à la menace, où le vétérinaire approche sa main de l’œil du cheval. Celui-ci devrait réagir en clignant des yeux ou déplaçant sa tête. [3]

Le vétérinaire vérifie si le cheval peut bouger ses yeux normalement en déplaçant la tête de l’animal. [3] Il peut également exercer une légère pression sur l’œil du cheval pour soulever la troisième paupière, ce qui lui permet d’examiner la présence de masses ou de tumeurs.

La dernière étape d’un examen ophtalmique de base consiste à évaluer attentivement les pupilles du cheval. [3] Cela inclut la réalisation d’un test de réflexe pupillaire à la lumière, où le vétérinaire dirige une lumière vive dans l’œil du cheval pour voir si les pupilles se contractent correctement. [3]

Il effectue également un test de réflexe d’éblouissement, où il évalue si la lumière vive incite le cheval à cligner des yeux. [4] Idéalement, ces tests doivent être réalisés dans un environnement sombre.

Si des anomalies sont constatées lors de l’examen ophtalmique de base, ou en cas de suspicion de maladie, le vétérinaire procède à une évaluation plus approfondie.

« Les problèmes oculaires chez le cheval peuvent progresser rapidement; ainsi, même des signes légers sont importants. Un examen ophtalmique approfondi nous aide à détecter la douleur, l’inflammation ou une maladie à un stade hâtif, avant qu’elle ne menace la vision. »

Dre Jennifer Skaggs, D.M.V.
Vétérinaire équin

À ce stade, le vétérinaire peut donner un sédatif au cheval et effectuer un bloc nerveux palpébral. Le bloc nerveux palpébral empêche le cheval de cligner des yeux, permettant ainsi au vétérinaire d’avoir un accès complet à la surface de l’œil. [3] Ce dernier peut également appliquer un anesthésique topique qui engourdit la surface de l’œil.

Une fois que le bloc nerveux fait effet, le vétérinaire peut procéder à l’examen.

Le vétérinaire commence l’examen avec les tests suivants : [3][4]

  • Test de Schirmer
  • Culture bactérienne ou fongique ou cytologie
  • Coloration à la fluorescéine
  • Mesure de la pression intraoculaire (tonométrie)

Test de Schirmer

Le test de Schirmer évalue la production de larmes de l’œil. [3] Le test consiste à placer une bandelette de papier spéciale sous la paupière inférieure pendant 1 minute. [3]

Les larmes produites par l’œil du cheval se répandent le long de la bandelette, donnant une lecture que le vétérinaire peut interpréter.

Culture ou cytologie

Ces tests aident à identifier les maladies infectieuses et inflammatoires. [3] Pour prélever un échantillon, le vétérinaire roule ou frotte la surface de l’œil avec un écouvillon, une brosse ou une petite spatule. [3]

Il soumet ensuite l’échantillon prélevé pour analyse ou l’évalue dans son propre laboratoire. [3]

Coloration à la fluorescéine

La coloration à la fluorescéine permet aux vétérinaires d’identifier les ulcères cornéens ou d’autres anomalies de la surface de l’œil. Ils humidifient une bandelette imprégnée de fluorescéine pour libérer le colorant, puis l’appliquent sur la cornée du cheval.

À mesure que le cheval cligne des yeux, il répartit le colorant sur la surface de son œil. [3] Le colorant n’adhère qu’aux zones endommagées de la surface cornéenne. Une source de lumière bleue ou ultraviolette met en évidence le colorant, aidant le vétérinaire à identifier les anomalies de la surface.

Pression intraoculaire

La mesure de la pression intraoculaire est importante pour diagnostiquer des affections comme le glaucome, qui consiste en une augmentation de la pression à l’intérieur de l’œil. Pour effectuer ce test, les vétérinaires utilisent un tonomètre, un appareil spécialisé servant à mesurer la pression oculaire.

L’appareil est muni d’une sonde ou d’un embout avec lequel le vétérinaire presse ou tapote délicatement la surface de l’œil afin de mesurer la pression. [3]

Ophtalmoscopie

Le principal élément de cet examen est l’ophtalmoscopie, qui consiste à observer l’arrière de l’œil du cheval à l’aide d’une lentille grossissante spéciale. [3]

diagram of internal and external equine eye anatomyIllustration :

 

Légende:
Retina: Rétine
Tapetum lucidum: Tapetum lucidum
Optic nerve: Nerf optique
Retinal blood vessels: Vaisseaux sanguins rétiniens
Vitreous posterior chamber: Chambre postérieure
Sclera: Sclère
Iris: Iris
Cornea: Cornée
Pupil: Pupille
Lens: Cristallin
Anterior chamber: Chambre antérieure
Medial canthus: Canthus médial
Lateral canthus: Canthus latéral

Pour commencer, le vétérinaire utilise une source lumineuse vive pour examiner la partie avant de l’œil du cheval appelée chambre antérieure. Cela permet d’identifier toute anomalie ou tout débris cellulaire flottant dans l’humeur aqueuse, le liquide situé devant le cristallin. [3] Le vétérinaire peut également examiner la cornée, la surface externe de l’œil, ainsi que le cristallin.

L’application de tropicamide dilate les pupilles du cheval, permettant une visualisation complète de la chambre postérieure, c’est-à-dire le fond de l’œil du cheval. [3] Le vétérinaire utilise ensuite son ophtalmoscope pour évaluer cette partie de l’œil. Il recherche des changements dans la taille et la forme du nerf optique, des altérations des vaisseaux rétiniens et des changements de couleur.

Préparer votre cheval pour un examen ophtalmique

Aucune préparation particulière n’est nécessaire pour un examen ophtalmique. Si possible, installez votre cheval dans un endroit bien éclairé où vous pouvez facilement éteindre les lumières au besoin.

Interprétation des résultats

En se basant sur son examen, le vétérinaire détermine l’affection la plus probable. Les pathologies touchant l’œil peuvent être classées selon leur localisation anatomique. Certaines maladies courantes affectant chaque structure sont décrites ci-dessous.

Cornée

La cornée est la surface externe de l’œil et est très sujette aux égratignures, aux corps étrangers pénétrants et à d’autres blessures. La coloration à la fluorescéine met en évidence ces anomalies de surface, permettant ainsi le diagnostic. [1] Des échantillons de culture peuvent également contribuer au diagnostic en identifiant tout agent infectieux. [1]

Une inflammation cornéenne peut également survenir en l’absence d’anomalie de surface préalable. Cette affection, appelée kératite, peut apparaître en raison d’une maladie à médiation immunitaire, d’une infection fongique ou d’une maladie allergique. [1] La cytologie est utile pour diagnostiquer ces affections en identifiant les types de cellules présents.

Uvée

L’uvée est la partie centrale de l’œil, incluant l’iris et la pupille.

Les corpora nigra sont de petites structures normales en forme de ballon située le long du haut et du bas des pupilles du cheval. Dans certains cas, ces structures s’agrandissent et forment un kyste uvéal, qui peut obstruer la vision. [1]

L’uvéite désigne une inflammation de l’uvée et est une conséquence fréquente de nombreuses maladies affectant les yeux. [1] Les causes peuvent inclure : [1]

L’uvéite provoque un rétrécissement des pupilles et, parfois, un gonflement des paupières. Le vétérinaire peut également identifier un effet Tyndall, un aspect opaque ou trouble dans la chambre antérieure dû à une fuite de protéines et de cellules. [1] Il peut également observer un gonflement de la cornée et une atrophie des corpora nigra. [1]

Le glaucome désigne une augmentation de la pression à l’intérieur de l’œil, généralement due à un drainage inadéquat du liquide à l’avant de l’œil. [1] La cause la plus fréquente du glaucome chez les chevaux est l’uvéite récurrente équine. [1]

Cristallin

Le cristallin est une structure transparente située derrière la pupille. Il dirige la lumière vers le fond de l’œil, où elle est convertie en signal électrique par la rétine.

Les cataractes sont l’affection la plus courante touchant le cristallin. [1] Une cataracte est une opacité dans le cristallin, l’empêchant de diriger correctement la lumière. La cause la plus fréquente des cataractes chez les chevaux est l’uvéite récurrente équine. [1]

La cataracte est visible lors de l’évaluation du cristallin, apparaissant comme une zone trouble ou opaque.

Rétine

La rétine fait partie du système nerveux. Elle détecte la lumière qui frappe sa surface, convertit la lumière en un signal électrique et transmet ce signal au cerveau, où l’information est décodée pour produire une image. [1]

La rétinite, ou inflammation de la rétine, est fréquente en cas d’uvéite, car ces structures sont étroitement liées. [1] Plus précisément, l’uvéite récurrente équine, la septicémie et les maladies infectieuses graves comme la gourme peuvent entraîner une rétinite.

Une inflammation sévère peut entraîner un décollement de la rétine, où la rétine se sépare de l’arrière de l’œil, provoquant la cécité. Les vétérinaires identifient les signes de rétinite à l’aide de leur ophtalmoscope.

Complications

L’examen ophtalmique est une procédure sécuritaire impliquant peu de complications.

Les complications les plus fréquentes sont une irritation locale de l’œil due médicaments ou aux solutions topiques. [3] Ces irritations se résolvent généralement d’elles-mêmes sans intervention supplémentaire.

Chez les chevaux présentant des ulcères cornéens préexistants, l’examen peut aggraver la lésion en exerçant une pression sur l’œil ou en irritant les bords de l’ulcère, mais cette complication est extrêmement rare. [3]

Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées sur l’examen ophtalmologique chez les chevaux :

Résumé

L’examen ophtalmique est le processus d’évaluation approfondie des yeux d’un cheval permettant de diagnostiquer les problèmes oculaires.

  • Toutes les principales structures des yeux du cheval peuvent être évaluées lors d’un examen ophtalmique complet
  • Les blocs nerveux locaux, les anesthésiques topiques et la sédation peuvent aider les vétérinaires à examiner l’œil sans causer de douleur ni de stress au cheval
  • Les examens ophtalmiques sont sûrs, impliquent peu de complications, et aident à détecter les problèmes tôt, réduisant ainsi le risque de perte de vision
  • Aucune préparation particulière n’est nécessaire, mais l’accès à un endroit bien éclairé où les lumières peuvent être éteintes est idéal
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Références

  1. Reed. S. M. et al. Equine Internal Medicine. 3rd ed. Saunders Elsevier, St. Louis, Mo. 2010.
  2. Knickelbein. K. E. and Hanson. R. Ophthalmic Emergencies in Horses - Emergency Medicine and Critical Care. MSD Veterinary Manual.
  3. Costa. L. R. R. and Paradis. M. R. Manual of Clinical Procedures in the Horse. Wiley Blackwell, Hoboken. 2018.
  4. Dwyer. A. E. Ophthalmology in Equine Ambulatory Practice. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2012. View Summary