La boiterie est un terme général qui fait référence à un cheval dont les allures ou la posture sont anormales. Il s’agit d’un problème fréquent qui requiert une évaluation par un vétérinaire pour en découvrir la cause et établir le meilleur plan d’action.

Les causes courantes de boiterie incluent les entorses ou les blessures, la laminite aiguë ou chronique, les traits héréditaires, les infections, les troubles métaboliques ou les troubles neuromoteurs.

Un examen de boiterie effectué en temps opportun permet d’identifier la cause première du problème et la meilleure façon de le gérer pour soulager la douleur et favoriser la longévité du cheval.

L’examen de boiterie consiste habituellement à passer en revue les antécédents du cheval, à l’observer au repos et en mouvement, à effectuer des tests de flexion et à appliquer des pinces exploratrices (les tricoises) pour préciser l’origine de la douleur. D’autres tests diagnostiques peuvent être nécessaires si ces évaluations ne suffisent pas.

L’évaluation de boiterie est également une composante indispensable des examens préalables à l’achat. L’identification d’une boiterie possible chez le cheval que l’on souhaite acheter permet de décider ou non de conclure la transaction. Si l’acheteur décide d’aller de l’avant, l’examen de boiterie peut lui fournir des renseignements sur ce qui pourrait constituer un problème à l’avenir.

Les types de boiterie

Selon la définition de l’American College of Veterinary Surgeons, la boiterie est une anomalie des allures ou de la posture du cheval. La boiterie n’est pas une maladie en soi. Il s’agit plutôt d’un signe clinique qui peut provenir de la douleur, d’une restriction de la locomotion ou d’un dysfonctionnement neuromusculaire.

La douleur dans les muscles, les tendons, les os, les ligaments ou les articulations est généralement à l’origine de la boiterie. Plus rarement, la boiterie sans douleur peut résulter d’un dysfonctionnement neurologique. [1]

La majorité des boiteries appartiennent à l’une des catégories suivantes :

  • la boiterie des membres antérieurs;
  • la boiterie des membres postérieurs;
  • la boiterie causée par une douleur au dos et aux articulations sacro-iliaques;
  • la boiterie compensatoire;
  • la boiterie d’origine neurologique.

La boiterie des membres antérieurs

La boiterie des membres antérieurs est la plus facile à voir, même pour l’œil non entraîné. La boiterie des antérieurs engendre la « claudication » classique que l’on s’attend à voir lorsqu’un membre est douloureux.

Pour savoir si un cheval boite des antérieurs, on recherche deux caractéristiques en observant sa locomotion :

  • le hochement de tête de bas en haut;
  • les différences d’amplitude de mouvement.

Lorsqu’ils prennent appui sur un membre douloureux, la plupart des chevaux modifient leur port de tête pour tenter d’atténuer la pression sur ce membre. Ils lèvent la tête lorsqu’ils s’appuient sur le membre endolori pour diminuer la pression et l’abaissent lorsqu’ils déposent le membre sain.

En invitant le cheval à trotter sur un cercle ou en ligne droite, on s’attarde donc au moment où il lève et baisse la tête. Si on peut seulement demander le trot en cercle, il faut observer ses allures dans les deux directions, car il pourrait boiter des deux membres. [3]

Le cheval qui souffre d’un muscle endolori ou d’une articulation douloureuse fera probablement des foulées plus courtes et l’amplitude de ses mouvements sera moindre. Autrement dit, il s’agit d’évaluer la distance que peut parcourir un membre dans un cycle de marche sans que l’animal éprouve de douleur notable et le degré de flexion qu’il peut tolérer sans montrer de réaction à la douleur. [4]

Les chevaux doivent normalement déplacer leurs membres de manière uniforme et fluide pendant un cycle de marche. Toute asymétrie ou irrégularité peut signaler de l’inconfort. [3]

Lorsqu’un cheval boite des deux antérieurs, par exemple lorsqu’il souffre de laminite, la boiterie est plus difficile à détecter, car il ne hoche pas la tête de bas en haut. Dans ce cas, on recherche les indicateurs suivants :

  • un port de tête raide, qui peut être élevé ou bas;
  • l’absence de balancement rythmique du dos lorsque le cheval se déplace au pas;
  • la tension du dos;
  • la tension dans les avant-bras, les épaules, le dos et les membres postérieurs;
  • la réticence à marcher ou à faire des virages serrés;
  • une foulée dont l’amplitude est nettement diminuée.

La boiterie des membres postérieurs

La boiterie des membres postérieurs peut être discrète. La plupart des propriétaires de chevaux remarquent que quelque chose ne va pas sans pouvoir en préciser l’origine. Les chevaux qui boitent des postérieurs peuvent présenter les signes suivants :

  • le soulèvement et l’abaissement asymétriques des hanches et des fesses;
  • des différences d’amplitude de mouvement.

Chez les chevaux qui boitent des postérieurs, la hanche du côté douloureux s’abaisse un peu plus que celle du côté sain. Les articulations des membres postérieurs peuvent faire des mouvements inhabituels pour compenser les parties douloureuses.

Par exemple, la torsion du jarret en mouvement est fréquente lorsque cette partie est douloureuse. Les chevaux qui ressentent de la douleur au grasset pointent souvent le pied vers l’extérieur et pivotent le grasset vers l’extérieur.

Comme dans le cas de la boiterie des antérieurs, les chevaux présentent souvent des différences d’amplitude de mouvement lorsqu’ils boitent des postérieurs. Le membre qui boite ne peut pas s’avancer sous le corps du cheval ou s’étendre aussi loin derrière lui que le membre sain. [3]

La douleur dorsale et sacro-iliaque

La douleur dorsale et sacro-iliaque peut engendrer des anomalies de mouvement et des problèmes de comportement. Le cheval peut souffrir de douleur au dos ou à la région sacro-iliaque s’il manifeste les symptômes suivants : [5]

  • de la gêne lorsqu’on le panse ou que l’on exerce une pression sur son dos;
  • des foulées anormalement courtes;
  • une défense à la pose de la selle ou une sensibilité au passage de sangle;
  • des problèmes de comportement lors des activités sportives, notamment le refus de franchir un obstacle, les sauts de mouton et les ruades, le cabrage et autres.

La boiterie compensatoire

Lorsqu’un cheval ressent de la douleur ou de la gêne dans une certaine partie du corps, il développe souvent des mouvements compensatoires pour atténuer l’inconfort dans la région touchée. Par exemple, s’il boite d’un antérieur, il peut modifier sa démarche et sa prise d’appui pour déplacer plus de poids sur le membre antérieur opposé.

Malheureusement, cela peut mener à une boiterie compensatoire du membre précédemment sain. La boiterie compensatoire peut être difficile à distinguer de l’origine de la boiterie primaire.

L’asymétrie du mouvement vertical du garrot peut permettre de différencier la boiterie primaire de la boiterie compensatoire lorsque les deux antérieurs sont affectés. [14]

La boiterie d’origine neurologique

La boiterie due à une maladie neurologique peut être subtile, extrêmement évidente ou quelque part entre les deux. Elle peut se manifester dès le jeune âge ou à la suite d’une infection.

Aux premiers stades de la maladie, le cheval peut présenter les symptômes suivants :

  • des anomalies subtiles d’amplitude de mouvement qui apparaissent par intermittence;
  • de légers faux pas ou des trébuchements;
  • une perte d’équilibre lorsqu’il décrit de petits cercles;
  • de l’hésitation lors de la transition d’une surface à une autre;
  • de la faiblesse et l’incapacité à garder son équilibre lorsqu’on soulève un membre.

Aux stades avancés de la maladie, le cheval peut montrer les symptômes suivants : [6]

  • un écartement large des membres lorsqu’il se tient debout ou se déplace;
  • le balancement d’avant en arrière;
  • un manque de tonus musculaire autour de la queue et de l’anus;
  • des chutes fréquentes;
  • des crises de convulsions;
  • l’incapacité à franchir les bordures ou autres obstacles bas;
  • la perte d’équilibre lorsqu’on soulève la tête;
  • l’atrophie des muscles.

La boiterie due à une maladie ou à une lésion neurologique est toujours très grave. Elle requiert un examen approfondi du vétérinaire. Les exemples de maladies neurologiques qui peuvent causer le manque de coordination incluent le syndrome de Wobbler, la myéloencéphalite équine à protozoaire (MÉP) et la myéloencéphalopathie causée par l’herpèsvirus équin de type 1.

Le botulisme provoque également l’ataxie, la faiblesse, un manque de tonus de la langue et de l’anus dans les premiers stades, avant de progresser vers l’incapacité à se lever et la paralysie respiratoire. La rage fait aussi partie de la liste des possibilités.

De plus, les carences nutritionnelles peuvent conduire à un manque de coordination et à une boiterie. Par exemple, une carence en vitamine E peut déclencher une maladie grave appelée la maladie du motoneurone équin qui s’accompagne d’ataxie, de faiblesse et d’une perte de masse musculaire. [17]

Les pathologies héréditaires peuvent être à l’origine d’un manque de coordination et d’une boiterie. À titre d’exemple, la dystrophie neuroaxonale est une maladie du tronc cérébral qui touche les chevaux Morgan. Les symptômes apparaissent habituellement au cours des deux premières années de vie et le pronostic est variable. Lorsque la maladie atteint aussi la moelle épinière, on parle de myéloencéphalopathie dégénérative équine. Il y a des preuves que le statut de la vitamine E a une incidence sur la gravité de cette pathologie. [18]

Les examens de boiterie

Lors d’un examen de boiterie, le vétérinaire suit un protocole qui maximise la probabilité de cerner l’origine de la douleur tout en minimisant le besoin de passer à des tests diagnostiques majeurs.

L’American Association of Equine Practitioners utilise l’échelle suivante pour aider les propriétaires et les vétérinaires à déterminer la gravité des boiteries. Selon cette échelle, une note de 0 signifie qu’il n’y a aucune boiterie et une note de 5 représente une boiterie extrême. [2]

L’échelle d’évaluation des boiteries

  • Note de 0: aucune boiterie n’est perceptible, peu importe les circonstances; la manipulation des membres n’engendre aucune anomalie d’allure.
  • Note de 1: la boiterie est difficile à voir et elle n’est pas toujours apparente, quelles que soient les circonstances.
  • Note de 2: la boiterie est difficile à voir au pas ou au trot en ligne droite, mais elle est toujours apparente dans certaines circonstances.
  • Note de 3: la boiterie est apparente au trot en toutes circonstances.
  • Note de 4: la boiterie est évidente au pas.
  • Note de 5: la boiterie engendre une incapacité totale à prendre appui sur le membre ou une incapacité totale à se déplacer.

Les antécédents médicaux

Le vétérinaire commence son examen en évaluant les antécédents médicaux du cheval. Il cherche à savoir si l’animal a déjà souffert de problèmes de boiterie et les signes constatés pendant l’anomalie actuelle.

Cette évaluation comprend des questions comme celles qui suivent : [14]

  1. Quelle forme d’exercice fait le cheval? La boiterie est-elle apparue pour la première fois pendant une séance d’exercice?
  2. Depuis combien de temps le cheval boite-t-il? La boiterie est-elle stable, s’est-elle aggravée ou a-t-elle diminué?
  3. Le cheval a-t-il eu une période de repos ou a-t-il fait de l’exercice depuis l’apparition de la boiterie?
  4. La boiterie diminue-t-elle à mesure que le cheval s’échauffe avant l’entraînement?
  5. Dans quelles conditions la boiterie est-elle la plus systématiquement évidente?
  6. Le cheval a-t-il reçu des traitements? Quels en ont été les effets?
  7. À quelle date remonte le dernier ferrage ou le dernier parage des sabots du cheval? Quels sont les soins habituels que lui prodigue le pareur ou le maréchal-ferrant?
  8. Quelles anomalies sont visibles sous la selle ou en observant la locomotion du cheval?

En outre, d’autres renseignements tels que l’âge du cheval, son pedigree et sa charge de travail passée peuvent être utiles pour déterminer les facteurs sous-jacents qui contribuent à la boiterie.

La prévalence

Selon le type de travail auquel est astreint le cheval, il peut être plus sujet à certains problèmes de boiterie. Par exemple, les chevaux de course sont plus enclins à souffrir de boiterie qui découlent d’une surutilisation répétitive, comme des bleimes aux sabots, des fractures et des lésions aux ligaments suspenseurs.

Par comparaison, les chevaux de trait sont plus susceptibles de boiter en raison de seimes et d’abcès aux sabots ou encore d’ostéoarthrite[14]

Les chevaux de compétition et de travail western sont prédisposés aux lésions des jarrets et des ligaments suspenseurs supérieurs.

En sachant le type et l’intensité de la charge de travail ainsi que l’historique d’entraînement du cheval, le vétérinaire est à même de cerner la probabilité qu’il souffre de certaines blessures ou pathologies.

L’observation du cheval au repos

Le vétérinaire voudra étudier le cheval alors qu’il est immobile sur une surface plane. Il évalue alors sa conformation, la façon dont il prend appui sur ses membres au repos et le cas échéant, les signes évidents de tension. [14]

Il fait ses observations en se tenant loin et près de l’animal. De loin, le vétérinaire peut étudier la posture, la fréquence des changements de poids, le positionnement inhabituel des membres, la conformation et l’état de chair du cheval.

De près, il peut examiner la forme et l’équilibre des sabots, la présence de seimes, la taille des pieds et toute forme d’usure anormale. Il peut inspecter les articulations et les tendons pour détecter la douleur, la chaleur et l’enflure, ainsi que les muscles pour sentir la chaleur, la douleur, l’enflure ou l’atrophie.

Pour identifier l’origine de la boiterie, le vétérinaire se penchera tout particulièrement sur la comparaison des deux côtés du corps.

L’observation du cheval en mouvement

Pour poser le diagnostic de boiterie, le vétérinaire voudra voir le cheval se déplacer au pas et au trot en ligne droite. Il l’observe alors au pas et au trot en main en se tenant devant lui, derrière lui et sur les côtés.

Il peut vouloir regarder le cheval marcher, trotter et galoper en cercle pour étudier sa locomotion aux différentes allures et les transitions d’une allure à l’autre.

Le vétérinaire recherche toute déviation des allures normales, par exemple, le cheval qui pose les antérieurs l’un devant l’autre comme un funambule ou la torsion des membres vers l’intérieur ou l’extérieur, l’altération de l’amplitude de mouvement et un ordre de pose inhabituel des sabots.

Ces observations permettent de voir les asymétries de locomotion anormales qui peuvent aider à cerner l’origine et la gravité de la boiterie. De légères asymétries des mouvements de la tête et du bassin sont normales et font partie de la variabilité biologique entre les individus. En revanche, des asymétries plus substantielles peuvent signaler un problème. [15]

Pour éviter toute surinterprétation, le vétérinaire doit faire ses évaluations dans différentes circonstances, y compris sur des surfaces souples et dures, en ligne droite et en longe. Il peut ainsi distinguer les asymétries normales de celles qui proviennent d’une boiterie.

Par exemple, certains mouvements asymétriques de la tête et du bassin normaux peuvent apparaître lorsqu’on longe un cheval sain, mais elles disparaissent au trot en ligne droite. [15][16]

En outre, les asymétries peuvent différer selon la direction du mouvement. Ces asymétries naturelles peuvent imiter ou dissimuler la boiterie d’un membre. C’est pourquoi le vétérinaire doit faire plusieurs observations pendant différentes formes d’exercice.

L’examen pratique

Le vétérinaire effectue un examen pratique approfondi en palpant les sabots, les membres ou d’autres parties du corps qui peuvent être à l’origine de la douleur. Il concentre alors son attention sur toute partie sensible, enflée ou chaude ou sur toute autre anomalie physique qui peut découler d’une blessure.

Cet examen doit inclure la palpation systématique du paturon, du boulet, du métacarpe ou du métatarse et des articulations supérieures des membres, ainsi que de l’encolure, du dos et de la région sacro-iliaque. Le vétérinaire doit aussi palper les muscles pour identifier les zones de tissu cicatriciel, de spasmes, d’enflure ou de faiblesse.

Il procède ordinairement aux examens pratiques à la suite des observations au repos, bien que certains vétérinaires puissent choisir de faire cette évaluation après l’exercice. [14]

L’application des tricoises ou pinces exploratrices

Si le vétérinaire pense que les sabots sont douloureux, il effectuera un test de pression sur les pieds du cheval. Les tricoises ou pinces exploratrices sont un outil émoussé en forme de ciseaux avec lequel il exerce une pression sur certaines parties des sabots. Si ces derniers sont douloureux, le cheval réagit à la force exercée en tirant vers l’arrière ou en retirant son pied.

Hoof Tester for Lameness Exams

Les chevaux qui présentent une sensibilité sur une grande surface de la sole peuvent souffrir d’une fracture de la phalange distale, de bleimes ou de contusions étendues ou encore de laminite. Si le cheval est sensible à certains endroits restreints et précis, la réaction pourrait indiquer des bleimes localisés, une lésion perforante (un clou de rue) ou un abcès. [14]

Les chevaux qui ressentent de la douleur dans la région naviculaire ont tendance à réagir à la pression exercée sur les talons et sur la fourchette du pied. [21]

L’application des tricoises peut d’autre part signaler des anomalies de la muraille, telles que la laminite chronique ou la maladie de la ligne blanche.

Il n’est pas rare que les chevaux atteints de laminite ne réagissent pas aux pinces exploratrices. Cela peut être dû au fait qu’il est plus douloureux de devoir reporter tout leur poids sur l’autre sabot atteint de laminite. [22]

Les tests de flexion

Les tests de flexion peuvent permettre de découvrir une boiterie qui n’est pas apparente autrement. Le vétérinaire maintient le membre du cheval en flexion pendant un temps préétabli qui dure de 5 à 60 secondes. [14]

Il relâche ensuite le membre et demande à la personne qui tient le cheval de l’éloigner immédiatement au trot en ligne droite. Le vétérinaire observe le mouvement pour voir les symptômes éventuels de douleur, la raideur, les déplacements de poids inhabituels ou les mouvements irréguliers.

Ce test peut servir à déterminer la gravité des dommages à l’articulation affectée en évaluant la réaction du cheval selon que la flexion est légère ou ferme.

Le vétérinaire emploie un système de notation pour consigner les réactions des différentes articulations et suivre l’amélioration du cheval au fil du temps à mesure qu’il récupère.

Les tests diagnostiques

Si le vétérinaire ne réussit pas à identifier la cause et l’emplacement exacts de la boiterie ou s’il pense qu’un trouble majeur est à l’origine de la locomotion anormale, il suggérera probablement d’autres tests de diagnostic. Ces tests peuvent permettre de formuler une explication plus précise et de clarifier le traitement qui convient le mieux au cheval concerné.

Le bloc nerveux

Le vétérinaire a recours au bloc nerveux lorsqu’il ne parvient pas à trouver le site exact de la douleur. Il injecte un anesthésique local dans des parties précises du corps du cheval pour les engourdir.

Ces endroits sont souvent à proximité d’articulations ou de parties précises du sabot. Une fois que l’anesthésique a pris effet, la personne qui tient le cheval l’invite à trotter en s’éloignant du vétérinaire puis en revenant vers lui pour que celui-ci puisse voir si l’animal se déplace maintenant sans boiter.

Si le cheval trotte sans boiter, le vétérinaire sait maintenant que la partie du membre engourdie est à l’origine de la douleur. S’il boite toujours au trot, cette partie du membre n’est pas la source du problème et d’autres tests sont nécessaires. [7]

L’anesthésique local injecté directement dans une articulation aggrave parfois la boiterie. On considère cette réaction aussi comme un résultat positif qui indique une inflammation probable de l’articulation.

Les radiographies

Si le vétérinaire pense que des troubles osseux causent la boiterie, il suggérera certainement la prise de radiographies (les rayons X). La plupart des radiographies sont réalisables à la ferme. Toutefois, il peut devoir faire celles qui couvrent de grandes parties du corps comme le dos et la région sacro-iliaque dans une clinique vétérinaire.

Les radiographies donnent peu d’informations sur les lésions des tissus mous, soit les tendons, les ligaments et les bourses. Si le problème touche ces tissus, le vétérinaire peut avoir besoin d’effectuer une échographie. [8]

L’échographie

Lors d’une échographie, le vétérinaire étend une substance qui ressemble à de la gelée sur la peau du cheval. Ce gel crée un milieu que les ondes ultrasonores peuvent traverser.

Le lecteur à ultrasons transmet des ondes ultrasonores qui se réfléchissent sur les tissus du cheval et forment une image. Le vétérinaire examine ensuite l’image à la recherche d’irrégularités dans les tissus mous. [9]

Il peut aussi réaliser une échographie rectale s’il soupçonne une boiterie de la partie supérieure des membres. Cet examen permet de découvrir les vertèbres fracturées, l’inflammation musculaire, les fractures pelviennes, les problèmes de hanche, les problèmes sacro-iliaques ou les irrégularités des vaisseaux sanguins qui peuvent contribuer à la boiterie. [14]

L’IRM et la tomodensitométrie

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) et la tomodensitométrie (TDM) sont des techniques d’imagerie avancées qui permettent d’obtenir des détails sur l’anatomie des os et des tissus mous. Les vétérinaires les emploient principalement pour les petits animaux en raison de leur taille. Leur usage est plus compliqué pour les équidés à cause de la nécessité d’anesthésier l’animal pour prévenir les artefacts de mouvements.

L’IRM est plus commune pour évaluer les chevaux que la tomodensitométrie. La plupart des hôpitaux vétérinaires l’offrent désormais. [19] Il existe maintenant un appareil portable pour l’IRM du cheval debout qu’emploient les universités et les cliniques à service complet. Ce dispositif peut servir à produire des images du boulet ou des pieds pendant que le cheval est debout sous sédation. [20]

La scintigraphie (la radiologie isotopique)

Si le vétérinaire ne parvient pas à cerner l’origine de la boiterie, il peut suggérer la scintigraphie. Cette procédure requiert l’injection d’une substance radioactive. Seuls les hôpitaux vétérinaires peuvent la pratiquer.

Après l’arrivée du cheval à l’hôpital, on lui injecte du technétium, un isotope radioactif. Le technétium se fixe sur les régions qui présentent une inflammation ou une activité métabolique anormale.

On balaie ensuite le cheval au moyen d’une caméra Gamma qui détecte les zones d’absorption du technétium. Celles-ci indiquent les « points chauds », des points scintillants concentrés sur les lésions et les endroits douloureux. [10]

L’arthroscopie

Si le vétérinaire a pu découvrir l’articulation à l’origine de la boiterie, mais qu’il ne connaît pas précisément la cause de l’inconfort, il peut conseiller une arthroscopie. Une fois le cheval sous anesthésie générale, il insère une petite caméra dans l’articulation pour visualiser les structures articulaires intérieures.

Si le vétérinaire découvre la cause de la boiterie, il procède souvent au même moment à une intervention chirurgicale pour rectifier le problème. [11]

Le prélèvement d’échantillons de liquide synovial

Si le vétérinaire soupçonne que l’articulation est infectée ou enflammée, il peut recommander le prélèvement d’un échantillon de liquide synovial.

Il insère une petite aiguille dans l’articulation touchée, puis aspire et recueille le liquide synovial. Il peut ensuite étudier l’échantillon pour rechercher des marqueurs qui signalent une inflammation et une infection. [12]

Les examens neurologiques

Les chevaux qui présentent un manque de coordination ou un placement des membres inhabituel peuvent souffrir d’une pathologie neurologique. Un examen neurologique approfondi implique ce qui suit :

  • l’observation du cheval en mouvement;
  • les tests de réflexe;
  • l’évaluation de la réaction au positionnement anormal des membres;
  • les tests du nerf crânien;
  • les tests de sensation cutanée;
  • l’examen du champ visuel;
  • l’examen ophtalmoscopique;
  • l’analyse du niveau de vitamine E;
  • l’échantillonnage du liquide céphalo-rachidien pour une cytologie et des titres;
  • des tests génétiques pour identifier la cause connue, le cas échéant.

Le vétérinaire peut recommander la prise de radiographies ou l’imagerie avancée s’il soupçonne une maladie de la colonne vertébrale ou du cerveau.

Pendant l’examen de boiterie, il peut réaliser un test de traction de la queue. Le cheval en bonne santé résiste à la traction de côté sur la queue. En revanche, les équidés atteints des troubles neurologiques peuvent paraître affaiblis et offrent peu de résistance au déplacement. [14]

Les examens préalables à l’achat

L’examen de boiterie est justifié dans le cadre des examens qui précèdent l’achat d’un cheval. Ce dernier représente une dépense importante, de sorte que de nombreux acheteurs potentiels demandent à un vétérinaire d’effectuer un examen d’achat pour découvrir les problèmes qui peuvent affecter l’animal.

Cet exercice permet de savoir si le cheval boite au moment de l’examen. Pour réaliser l’examen d’achat, le vétérinaire procède comme suit :

  • Il fait un examen physique pour identifier les blessures antérieures et les problèmes de conformation.
  • Il effectue un examen de boiterie en main et sous la selle.
  • Il réalise des tests de flexion.
  • Il prend des radiographies.
  • Il prélève un échantillon de sang pour l’analyser et détecter la présence de médicaments qui masquent la douleur comme la phénylbutazone ou les tranquillisants.

L’examen préalable à l’achat N’EST PAS censé spéculer sur l’état de santé futur probable du cheval, mais seulement sur sa locomotion le jour même de l’examen. Les radiographies peuvent néanmoins détecter des zones d’anomalie qui pourraient engendrer des problèmes à l’avenir.

Les vétérinaires peuvent adapter l’examen à l’utilisation prévue du cheval. Par exemple, l’examen d’achat d’un cheval de dressage de niveau supérieur peut être différent de celui d’un cheval de chasse de niveau inférieur. [13]

La prévention des problèmes de boiterie

Un bon programme de gestion permet d’éviter de nombreuses causes de boiterie. On peut réduire le risque d’usure prématurée du cheval des manières suivantes :

  • mettre en œuvre des régimes d’alimentation et d’exercice adaptés pour les chevaux en croissance;
  • obtenir et entretenir un parage soigneusement équilibré pour que le talon du cheval en mouvement touche le sol en premier et que les quatre sabots se posent à plat;
  • éviter de pousser le cheval au-delà de ce que lui permet son niveau de conditionnement physique;
  • palper ses membres tous les jours pour détecter toute chaleur ou enflure;
  • appliquer de la glace ou arroser les membres avec de l’eau froide après les séances de travail particulièrement intenses;
  • échauffer le cheval correctement avant d’aborder les exercices intenses;
  • éviter de le travailler dans la boue ou sur les surfaces trop souples ou instables;
  • maintenir le cheval dans un état de chair sain;
  • répondre à ses besoins en vitamines et en minéraux;
  • soutenir ses articulations en lui donnant des suppléments éprouvés scientifiquement.

Le diagnostic des causes de boiterie peut être complexe et elles peuvent être difficiles à soigner. Les propriétaires doivent être à l’affût de tout mouvement du cheval qui leur semble anormal. Un diagnostic et un traitement rapides peuvent diminuer les dépenses et permettre au cheval de bien travailler tout au long de sa carrière.

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Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées sur la boiterie chez les chevaux :

Résumé

La boiterie chez les chevaux désigne une démarche ou une posture anormale causée par la douleur ou une blessure. Elle peut être due à divers problèmes, comme une foulure, la fourbure, des infections ou des troubles neurologiques. Les examens de boiterie sont essentiels pour diagnostiquer la source du problème et planifier le traitement. Une gestion efficace comprend un diagnostic rapide, du repos et la prise en charge de toute condition sous-jacente. Les tests de flexion, l’imagerie diagnostique et les blocs nerveux sont utilisés pour localiser le problème.

  • La boiterie implique un mouvement anormal dû à la douleur ou à une blessure
  • Les causes courantes comprennent les foulures, la fourbure, les infections ou les troubles neurologiques
  • Un examen de boiterie comprend généralement une observation visuelle, des tests de flexion et des tests du sabot
  • Des tests diagnostiques comme les radiographies, les échographies et les blocs nerveux aident à identifier la source
  • Les examens préachat peuvent révéler des problèmes de boiterie potentiels avant l’achat d’un cheval
  • Une gestion efficace implique un diagnostic en temps opportun, du repos et la prise en charge des conditions sous-jacentes
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Références

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  7. Drevemo, S et al. Nerve block and intra-articular anaesthesia of the forelimb In the sound horse. Equine Vet Journal. 2010.View Summary
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