L’entraînement au cliquet (clicker training en anglais) a révolutionné notre manière d’entrer en relation avec les animaux, en offrant un outil de communication qui favorise la mise en confiance, la compréhension et la coopération. Largement reconnue pour ses résultats avec les chiens, cette méthode centrée sur le renforcement positif gagne du terrain dans le monde équestre en s’avérant une approche efficace et humaine pour l’entraînement des chevaux.

À la base, l’entraînement au cliquet fait appel à un petit dispositif portable qui émet un cliquetis distinct pour marquer les comportements souhaités. Le son est immédiatement suivi d’une récompense, généralement une friandise, qui renforce le comportement et encourage le cheval à le répéter. Le cliquet sert de lien entre l’action et la récompense; il permet une communication précise et fait en sorte que le processus d’apprentissage soit clair pour le cheval.

Les chevaux sont des créatures intelligentes et curieuses. L’entraînement au cliquet exploite ces traits en les faisant participer à la résolution de problèmes et à un apprentissage axé sur le choix. Qu’il s’agisse d’enseigner des compétences fondamentales à un jeune cheval, de perfectionner des mouvements avancés ou d’aborder des problèmes de comportement, l’entraînement au cliquet offre un cadre flexible et polyvalent.

En quoi consiste l’entraînement au cliquet?

L’entraînement au cliquet est une forme de renforcement positif. Il s’agit donc d’une technique d’entraînement qui consiste à récompenser l’animal par un stimulus positif, par exemple de la nourriture, lorsqu’il exécute l’action souhaitée. [1]

Dans l’entraînement au cliquet, les entraîneurs utilisent un signal ou un son précis, habituellement un cliquetis, pour indiquer à l’animal qu’il a exécuté l’action désirée. [1] L’entraîneur récompense alors l’animal en lui donnant un renforçateur positif, comme une friandise ou un jouet.

Ce processus s’appelle le conditionnement répondant (ou classique)[1] Avec la répétition, l’animal apprend que le renforçateur (le cliquetis) indique une bonne réponse. [1] En se servant d’un signal bref et précis, les entraîneurs peuvent rapidement « marquer » les changements dans le comportement de l’animal, sans qu’il soit toujours nécessaire que la récompense soit immédiatement accessible. Cette approche permet d’accroître progressivement la précision du marquage des comportements souhaitables et la distance physique entre l’animal et la récompense.

Une fois que l’animal comprend le but du renforçateur conditionné, les entraîneurs peuvent utiliser le cliquetis pour façonner les comportements souhaités. [2] La phase de façonnement (shaping en anglais) consiste à décomposer un comportement désiré en ses éléments constitutifs ou en petites étapes, de sorte que chaque étape s’appuie sur la précédente. [2] En franchissant progressivement les étapes et en marquant les résultats souhaités avec le cliquet, l’entraîneur peut enseigner systématiquement à l’animal des comportements complexes. [2]

Par exemple, pour enseigner au cheval à donner le pied pour le pareur ou le maréchal-ferrant, l’entraîneur peut décomposer l’apprentissage en étapes progressives comme suit :

  1. Le cheval soulève et repose le pied rapidement lorsque l’entraîneur donne le signal qui signifie « donner le pied ».
  2. Le cheval soulève le pied au signal et permet à l’entraîneur de le tenir pendant une ou deux secondes.
  3. Le cheval soulève le pied au signal et permet à l’entraîneur de le tenir plus longtemps.
  4. Le cheval soulève le pied au signal et permet à l’entraîneur de tenir le sabot entre ses jambes comme le ferait le pareur ou le maréchal-ferrant.

En commençant par une petite réponse élémentaire (soulever le pied) et en augmentant graduellement la durée et la complexité de la tâche, le cheval apprend les attentes associées à chaque signal qui signifie « donner le pied ». Comme le cheval sait qu’une récompense précieuse suit la réponse, il devient impatient de s’exécuter, et développe un lien positif avec l’entraîneur et ses signaux.

Les avantages de l’entraînement au cliquet

À ses débuts, l’entraînement au cliquet servait à dresser les animaux de zoo à exécuter des tâches requises pour leurs soins quotidiens et leur gestion. Le principal avantage de l’entraînement au cliquet dans ce contexte est de conserver une distance physique entre le dresseur et l’animal, une caractéristique essentielle à la sécurité de ceux qui travaillent avec des animaux dangereux.

Cependant, l’entraînement au cliquet ne se limite pas aux animaux de zoo. Des études ont montré l’efficacité de cette technique pour l’entraînement des chiens, des chevaux, des chats, des bovins, des poissons, des chèvres et plus encore. [1]

Les études qui comparent l’efficacité des méthodes centrées sur le renforcement positif aux méthodes axées sur le renforcement négatif ou la punition sont relativement peu nombreuses. [3] Des études existantes montrent que les chiens dressés au moyen du renforcement positif pourraient améliorer leurs performances, y compris dans des scénarios exigeants tels que le travail militaire. [3]

Une étude a également montré que les chiens dressés à l’aide du renforcement positif étaient plus joueurs et plus susceptibles de vouloir interagir avec un étranger, ce qui peut indiquer une association positive avec l’être humain. [3] Dans cette étude, les chiens dressés au moyen du renforcement positif étaient plus susceptibles de réussir une nouvelle tâche que ceux auxquels on infligeait des punitions. [3]

Chez les chevaux, une étude a montré que les sujets entraînés par renforcement positif étaient très motivés à entrer dans leur lieu d’entraînement. Leur taux d’interaction avec leurs entraîneurs était plus élevé que celui des chevaux entraînés par renforcement négatif. [4] De plus, les sujets entraînés par renforcement positif ont exprimé des taux plus élevés de comportements exploratoires ou curieux et étaient plus enclins à s’approcher d’un nouvel objet. [4]

De même, une autre étude a rapporté un plus grand taux de réussite dans l’exécution de tâches de désensibilisation chez les chevaux entraînés en utilisant le renforcement positif plutôt que négatif. [5] D’autres recherches ont révélé que l’entraînement par renforcement positif raccourcissait le temps de chargement des chevaux dans une remorque et diminuait le stress associé à cette tâche. [5]

Les applications de l’entraînement des chevaux au cliquet

L’entraînement au cliquet a de nombreuses applications, qui vont de l’enseignement de tours simples à l’entraînement de manœuvres complexes. L’intérêt pour cette méthode en tant que principale modalité d’entraînement des chevaux augmente, en particulier pour la désensibilisation aux nouveaux objets et la diminution du stress pendant les soins vétérinaires. [6]

Les applications potentielles de l’entraînement des chevaux au cliquet incluent les suivantes : [2]

  • la pose du licou et le maniement en laisse;
  • un comportement coopératif et l’immobilité pour l’entretien des sabots et les soins vétérinaires;
  • un comportement coopératif et l’immobilité pendant la douche, la tonte, le pansage et d’autres tâches de gestion;
  • l’acceptation de la selle et du mors;
  • le chargement dans la remorque;
  • le travail en selle, y compris les mouvements latéraux ou les mouvements très rassemblés;
  • le passage d’obstacles de sentier, y compris le franchissement de ponts, le transport d’objets ou l’ouverture de portails;
  • le travail en liberté.

Guide pratique pour amorcer l’entraînement au cliquet d’un cheval

Débuter l’entraînement au cliquet est rapide et facile. Les premières étapes consistent à choisir un renforçateur et une récompense, puis à élaborer le plan d’entraînement d’une première tâche.

Le choix d’un renforçateur

Le choix du son du renforçateur conditionné est une première étape cruciale. Les principales caractéristiques d’un son renforçateur efficace incluent : [2]

  • La rapidité: l’entraîneur doit pouvoir émettre le son instantanément lorsqu’il reconnaît un comportement ou une progression souhaitée.
  • La nouveauté: le cheval ne doit pas entendre ce son dans sa routine quotidienne ou l’avoir entendu dans ses conditions de gestion précédentes. Il ne devrait l’entendre que dans le cadre de son entraînement ou de ses séances de maniement.
  • La répétabilité: le son doit être identique à chaque fois pour éviter toute confusion.

La plupart des entraîneurs au cliquet trouvent qu’il est plus facile d’utiliser un cliquet mécanique au début. [2] Il s’agit d’un petit appareil muni d’une languette en métal qui émet un son de cliquetis fort et identique lorsqu’on appuie dessus. De nombreuses animaleries vendent des cliquets, car il s’agit d’un outil d’entraînement populaire pour les chiens.

Le principal inconvénient du cliquet mécanique est l’obligation pour l’entraîneur de le tenir d’une main pour émettre le son. Pour cette raison, certains entraîneurs préfèrent faire un claquement de langue pour libérer leurs deux mains. [2]

Il est important que le cliquetis soit distinct du claquement de langue que de nombreux cavaliers emploient pour encourager un cheval à avancer, car ce dernier est souvent déjà conditionné. [2]

Le choix d’une récompense

L’entraîneur doit ensuite choisir le type de récompense qu’il veut donner au cheval. Les aliments sont une récompense populaire, car les chevaux sont instinctivement motivés à chercher de la nourriture. [2] Voici quelques exemples de choix d’aliments pour l’entraînement au cliquet : [7]

  • les granulés ou les cubes de foin;
  • le foin haché;
  • l’avoine;
  • de petits morceaux de carotte ou de pomme;
  • la moulée commerciale en granulés;
  • les friandises commercialisées pour l’entraînement des chevaux;
  • des poignées d’herbe ou de foin.

La plupart des entraîneurs préfèrent employer des produits à base de foin ou des granulés, car ce sont des aliments secs peu coûteux, peu caloriques et pratiques à utiliser qui ne salissent pas les mains. Ils portent souvent à la taille un petit sac ou une pochette pour ranger leurs friandises pendant les séances d’entraînement. Il existe sur le marché de nombreux types de pochettes à friandises vendues pour dresser les animaux de compagnie.

D’autres stimuli positifs, tels que les grattouilles ou les caresses, peuvent par ailleurs faire office de récompenses convenables. [2] La clé du succès est la motivation que suscite la récompense choisie chez le cheval qui doit chercher à l’obtenir. [2]

Le conditionnement du renforçateur

Une fois que l’entraîneur a arrêté son choix sur une récompense et un renforçateur, l’entraînement au cliquet commence par le conditionnement du renforçateur. [2] Ce processus a pour but d’enseigner au cheval que le cliquetis signifie : « Bravo, tu as réussi! » et qu’une récompense suivra sous peu.

Pour conditionner le renforçateur secondaire, il suffit d’émettre le son et de donner une friandise au cheval. On répète cette manœuvre jusqu’à ce qu’il commence à espérer une friandise lorsqu’il entend le cliquetis. L’entraîneur devra peut-être répéter ce processus pendant quelques jours pour que le cheval développe une réaction confirmée au cliquetis. [2]

L’entraînement d’une tâche simple

Après avoir conditionné le renforçateur, l’entraîneur peut commencer à l’utiliser pour façonner des comportements. Avant de commencer une séance d’entraînement, il doit décomposer la tâche souhaitée en petites étapes simples. La première étape doit être soit un comportement connu, soit quelque chose que le cheval peut faire « accidentellement » sans qu’on le dirige.

Pour la première séance, on commence par une tâche simple, comme toucher un objet avec le nez. [2] Les étapes peuvent ressembler à ceci : [2]

  1. Le cheval est curieux et touche avec son nez un objet que l’entraîneur tient à un ou deux pouces devant sa tête.
  2. Le cheval cherche à toucher l’objet que l’entraîneur tient à un ou deux pouces devant sa tête.
  3. Le cheval cherche à toucher l’objet que l’entraîneur tient à un ou deux pieds de sa tête.
  4. Le cheval cherche à toucher l’objet au sol, sur un mur ou tenu à distance, ce qui l’oblige à bouger la tête et l’encolure.
  5. Le cheval se déplace vers l’objet pour le toucher.

Dans ce plan d’entraînement, c’est d’abord la curiosité naturelle du cheval qui l’incite à toucher l’objet. En cliquant et en récompensant, l’entraîneur peut fixer le comportement « toucher l’objet ». Il peut en outre ajouter un signal, par exemple, prononcer le mot « toucher », pour associer le comportement à une commande. [2] En s’appuyant sur ce comportement au fil du temps, l’entraîneur peut augmenter la distance et la durée de la tâche, puis enseigner des mouvements supplémentaires que le cheval associe à la commande. [2]

Pour franchir les étapes du plan d’entraînement, le cheval doit maîtriser chaque tâche avant d’être prêt à passer à la suivante[2] Si l’animal éprouve des difficultés avec une étape, l’entraîneur doit revenir à l’étape précédente et s’assurer qu’il maîtrise la tâche. L’entraîneur peut devoir créer des étapes de progression encore plus petites pour aider le cheval à avancer vers les aspects les plus difficiles du comportement. [2]

La progression

Pendant la période d’entraînement initiale, il est important que chaque tentative réussie du cheval soit suivie d’un cliquetis et d’une récompense. Ce programme de renforcement constant encourage la participation au processus d’entraînement et l’acquisition du comportement. [2]

Une fois que le cheval maîtrise un comportement, l’entraîneur peut commencer à réduire la fréquence du système de récompense cliquetis-et-friandise. Par exemple, un cheval entraîné par renforcement positif à suivre en laisse n’a normalement plus besoin de recevoir constamment et régulièrement une récompense une fois qu’il comprend que le but est de suivre la personne qui le dirige.

Il faut toutefois éviter d’utiliser trop souvent le renforçateur secondaire, le cliquet, sans offrir de récompense. Cela peut créer de la confusion chez le cheval et défaire le conditionnement qui permet au renforçateur secondaire d’être efficace.

L’entraîneur doit impérativement revoir son plan d’entraînement s’il remarque que la qualité des comportements acquis diminue ou que le cheval n’est plus disposé à les exécuter. Cela ravive l’intérêt de l’animal pour le comportement et offre la possibilité de l’affiner davantage ou de l’améliorer.

En résumé

L’entraînement au cliquet est une forme de renforcement positif qui fait appel à un système de récompense pour encourager la participation à l’entraînement et façonner les comportements.

  • Cette méthode d’entraînement fonctionne bien avec les chevaux.
  • Les chevaux entraînés au cliquet sont plus joueurs et motivés à participer aux séances d’entraînement.
  • On peut employer l’entraînement au cliquet pour enseigner n’importe quelle tâche. Ce peut être des tâches simples comme la pose du licou et la maniement en laisse, ou des tâches complexes comme le chargement dans la remorque.
  • Décomposer le comportement en petites étapes réalisables est la clé de la réussite des séances d’entraînement au cliquet.

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur l’entraînement au clicker pour les chevaux :

Résumé

Le clicker training est une forme de renforcement positif qui utilise un système de récompenses pour encourager la participation à l’entraînement et façonner les comportements.

  • Les chevaux peuvent être entraînés avec succès grâce au clicker training
  • Les chevaux entraînés au clicker training sont plus enjoués et motivés à participer aux séances d’entraînement
  • Le clicker training peut être utilisé pour toute tâche d’entraînement, des tâches simples comme mettre le licol et mener en main, aux tâches complexes comme le chargement dans une remorque
  • Décomposer le comportement en petites étapes réalisables est la clé d’une séance de clicker training réussie
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Références

  1. Pfaller-Sadovsky. N. et al., What’s in a Click? The Efficacy of Conditioned Reinforcement in Applied Animal Training: A Systematic Review and Meta-Analysis. Animals. 2020.
  2. Kurland. A., Clicker Training for Your Horse. Ringpress Books, Surrey, UK. 2004.
  3. Rooney. N. J. and Cowan. S., Training Methods and Owner–Dog Interactions: Links with Dog Behaviour and Learning Ability. Applied Animal Behaviour Science. 2011.
  4. Innes. L. and McBride. S., Negative versus Positive Reinforcement: An Evaluation of Training Strategies for Rehabilitated Horses. Applied Animal Behaviour Science. 2008.
  5. Gücüyener Hacan. Ö. et al., The Efficacy of Clicker Method During Desensitising Horse. Kocatepe Veterinary Journal. 2022.
  6. Doherty. O., Equine Training and Behavior Modification: The Good, the Bad and the Ugly. Equine Welfare in Clinical Practice. Elsevier. 2025.
  7. More than 30 Treats Ideas for Clicker Training Your Horse. HippoLogic Clicker Training Academy. 2020.
  8. Hockenhull. J. and Creighton. E., Unwanted Oral Investigative Behaviour in Horses: A Note on the Relationship between Mugging Behaviour, Hand-Feeding Titbits and Clicker Training. Applied Animal Behaviour Science. 2010.