La conformation du cheval a un impact sur l’ensemble de ses performances, sa locomotion et sa capacité à exceller dans diverses disciplines équestres. Pour évaluer les aplombs des membres antérieurs, les juges étudient le garrot, les épaules, les coudes, les membres, les genoux et les paturons.

Les membres antérieurs doivent être symétriques. Le cheval doit répartir son poids également des deux côtés. Les pinces doivent pointer droit devant. On doit pouvoir tracer une ligne droite qui part de la pointe de l’épaule, longe le membre et se termine au milieu du sabot.

De nombreux défauts d’aplomb communs peuvent affecter les antérieurs du cheval. Certains de ces défauts entraînent peu de conséquences sur ses fonctions ou sa forme physique. D’autres affectent son mouvement, son potentiel athlétique et sa locomotion à long terme.

Dans cet article, nous explorons la conformation idéale des membres antérieurs et les défauts d’aplomb fréquents, ainsi que leurs conséquences éventuelles sur les allures, la santé et les performances du cheval.

La conformation équine

La conformation équine décrit les traits physiques du cheval et la manière dont il se déplace. En plus d’affecter ses performances athlétiques, la structure squelettique et musculaire de l’animal influe sur le risque qu’il subisse des blessures ou développe une boiterie.

L’évaluation de la conformation équine comporte cinq volets distincts : [1]

  1. L’équilibre : ce volet consiste à étudier la répartition de la masse du cheval d’avant en arrière et d’un côté à l’autre, en accordant une attention particulière aux proportions relatives des différentes parties du corps.
  2. La rectitude et l’alignement des structures : il s’agit d’étudier la structure squelettique du cheval et la façon dont les os sont alignés, en particulier ceux des membres.
  3. La locomotion : ce volet consiste à évaluer la manière dont le cheval se déplace, notamment la justesse et la qualité du mouvement.
  4. La musculature : pour cette composante, on s’attarde au volume et à la qualité des muscles du cheval.
  5. La race et le type : il s’agit d’évaluer à quel point le cheval possède les traits caractéristiques de la race. Ce volet réfère aussi à l’adéquation entre sa conformation et l’usage auquel on le destine.

La conformation idéale

Grâce à de nombreuses années d’étude, l’industrie a défini les normes de la conformation idéale. Cette dernière décrit un cheval rapide et puissant qui demeure sain tout en travaillant. En outre, ces normes précisent la nature des défauts de conformation. Ces derniers compromettent la vitesse, la puissance ou la santé à long terme du cheval de sport.

Il faut toutefois se rappeler que la conformation idéale varie en fonction de l’usage auquel on destine le cheval. Les attributs physiques qui définissent la monture de saut d’obstacles idéale peuvent ne pas convenir au parfait cheval de chasse ou de dressage. Les différences de traits sont encore plus grandes entre les chevaux qui prennent part aux sports de selle anglaise et ceux destinés aux disciplines western ou aux épreuves de chevaux de selle américains.

Cela dit, de nombreux défauts diminuent les capacités des chevaux de toutes les disciplines en plus de hausser le risque de blessures et de retraite précoce.

Le repérage des défauts de conformation

Pour repérer les éventuels défauts de conformation, l’évaluateur doit examiner séparément les différentes parties du corps du cheval. Les défauts d’aplomb des membres antérieurs sont particulièrement importants. En effet, les antérieurs supportent environ 60 % du poids du cheval au repos. [2]

Dans le cas des chevaux de performance qui font du saut d’obstacles, les antérieurs jouent un rôle essentiel pour amortir les chocs. En effet, lors de l’atterrissage qui suit le franchissement d’un saut, toute la masse du cheval se porte sur l’avant-main. [3]

Les risques de défauts

Tout défaut d’aplomb des antérieurs peut hausser le risque de blessure, de boiterie ou de maladie articulaire dégénérative. Voici quelques exemples de pathologies liées à des aplombs défectueux : [1]

Bien que le conditionnement physique puisse atténuer l’effet de certains défauts d’aplomb, d’autres engendrent des problèmes pour le cheval en dépit des interventions tentées.

La conformation idéale des membres antérieurs

La conformation idéale des antérieurs requiert des membres droits et alignés, un garrot bien défini, des épaules à l’inclinaison juste, des genoux bien placés et des sabots équilibrés correctement.

Pour évaluer la conformation des antérieurs, le cheval doit se tenir debout sur un sol plat et uniforme, et l’endroit doit être bien éclairé. On commence par le garrot et on balaie l’animal du regard en longeant les membres jusqu’aux sabots.

Le garrot

Un garrot normal doit être bien défini et musclé uniformément. Il doit se joindre harmonieusement à l’encolure et au reste du corps en s’élevant et en s’abaissant légèrement pour ressembler à une colline arrondie.

Le positionnement

Le garrot doit se terminer loin derrière l’épaule pour former une ligne presque droite avec le coude. Lorsque l’extrémité arrière du garrot s’aligne sur le coude, la longueur de l’humérus équivaut à environ 50 à 60 % de la longueur de l’omoplate.

Un long humérus offre des avantages, notamment une grande foulée et une capacité accrue à « projeter » le membre vers l’arrière après l’avoir étendu vers l’avant. En revanche, si l’humérus trop long, les muscles de l’épaule sont plus courts et limitent la puissance du cheval. [14]

Un humérus trop court peut donner lieu à une foulée courte et saccadée. En plus de diminuer l’amplitude de la foulée et la vitesse de pointe du cheval, ce défaut fait en sorte que les allures sous la selle sont moins agréables pour le cavalier. [1][3]

Ce positionnement du garrot signifie d’autre part que la ligne supérieure de l’encolure est plus longue que celle du dessous. Cette proportion entre la ligne supérieure et celle du dessous permet la pleine amplitude des mouvements d’encolure. Elle confère au cheval une silhouette élégante et raffinée. [3]

La musculature

La musculature doit être suffisamment développée pour combler les dépressions qui se trouvent de part et d’autre du garrot. L’apparition de ces dépressions est l’un des principaux indicateurs d’une selle mal ajustée, qui doit alors faire l’objet d’un examen attentif.

Un garrot bien musclé est non seulement l’attribut d’un cheval doté d’une chaîne dorsale robuste, mais il simplifie aussi l’ajustement de la selle. [13]

Les épaules

L’inclinaison des épaules a une incidence sur l’amplitude et la maniabilité de la foulée du cheval.

L’angle d’inclinaison des omoplates

Pour mesurer l’inclinaison de l’omoplate, on trace une ligne horizontale qui se projette tout droit depuis la pointe de l’épaule et une deuxième ligne qui relie la pointe de l’épaule au garrot.

L’omoplate s’aligne sur la ligne qui joint la pointe de l’épaule au garrot. Elle doit former un angle compris entre 40 et 55 degrés lorsque le cheval se tient droit en prenant appui également sur ses quatre sabots.

Idéalement, l’omoplate des chevaux de dressage doit être inclinée à un angle de 45 degrés. Cette obliquité plus prononcée permet une plus grande amplitude de mouvement. Le cheval peut étendre son épaule plus loin vers l’avant et vers l’arrière, ce qui augmente la longueur de sa foulée et lui confère des allures brillantes.

Une épaule plus droite, c.-à-d. l’inclinaison de l’omoplate qui approche 55 degrés, convient mieux aux chevaux qui font du saut d’obstacles et à ceux à plus de trois allures (gaited horse en anglais). Ces épaules plus redressées permettent au cheval de mieux soulever les membres antérieurs à la verticale. Les chevaux sauteurs peuvent ainsi mieux lever leurs antérieurs pour éviter de heurter les obstacles. Elle donne aux chevaux à plus de trois allures une action des genoux plus spectaculaire, un trait recherché dans les manèges de concours. [3]

L’angle des épaules

Après avoir mesuré l’inclinaison des épaules du cheval, on mesure leur angle. Pour ce faire, on tire une ligne imaginaire qui part la pointe de l’épaule et qui se termine au coude. L’angle entre cette ligne et la droite qui relie la pointe du poitrail au garrot doit mesurer entre 80 et 115 degrés.

Plus l’angle est grand, plus le cheval a la capacité de fléchir ses antérieurs vers le haut. De nombreux chevaux sauteurs qui replient leurs genoux jusqu’aux oreilles ont un grand angle d’épaule. [1][3]

Les coudes

Lorsqu’on observe le cheval de profil, les coudes doivent être parallèles au corps sans rotation vers l’extérieur ou vers l’intérieur.

Ils doivent être musclés uniformément et bien droits. Si c’est le cas, les coudes restent parallèles au corps lorsque le cheval avance. [3]

Les avant-bras et les genoux

En observant le cheval de profil, le radius, soit l’os de l’avant-bras, doit se trouver directement au-dessus de l’os du canon lorsque ce dernier est perpendiculaire au sol. Le canon est l’os qui forme la partie inférieure du membre.

Le poids du cheval doit être réparti également entre les deux antérieurs. Les pinces doivent pointer droit devant. Finalement, l’écart entre les sabots doit être le même que celui entre les avant-bras à l’endroit où ces derniers s’attachent au corps. [3]

Le radius doit être légèrement plus long que le canon. L’avant-bras doit être musclé uniformément, sans renflements ni nœuds.

Les genoux

Les genoux du cheval doivent être relativement épais et leur face avant doit être plate. Un petit genou pincé comprime les tendons et le cartilage, entrave son action. Il réduit la capacité du membre à amortir et à répartir les chocs.

Un genou dont la face avant est uniforme permet aux tendons extenseurs de glisser sur une surface lisse, ce qui diminue l’inflammation et accroît l’aisance du cheval lorsqu’il se déplace. [3]

Les genoux doivent se trouver directement entre l’avant-bras et l’os du canon afin de former une ligne verticale parfaitement droite lorsqu’on observe le cheval de face et de profil.

Si l’articulation du genou dévie de la ligne droite, la capacité du cheval à amortir et à répartir efficacement les chocs est compromise. Ce défaut peut rendre le cheval vulnérable à l’arthrite ou à d’autres problèmes articulaires dégénératifs.

Les chevaux dont la conformation des genoux est défectueuse courent un risque particulièrement grand de développer des troubles articulaires. Ce défaut risque de compromettre les performances de l’animal et sa santé à long terme. [3]

Les canons, les boulets, les paturons et les sabots

L’os du canon

Bien qu’aucune mesure exacte ne précise la longueur idéale de l’os du canon, ce dernier doit avoir une circonférence substantielle et être plus court que l’os du radius.

Un canon plus court s’accompagne de tendons plus courts dans la partie inférieure du membre, ce qui peut réduire le risque de blessures. De plus, un canon plus court est plus léger. Il permet donc aux muscles de l’avant-bras de déplacer le bas du membre plus rapidement avec moins d’effort.

L’angle des paturons

Les paturons jouent un rôle important dans l’amortissement des chocs, en atténuant l’impact du sabot qui se pose sur le sol. Idéalement, l’angle des paturons doit correspondre à l’angle des épaules, bien qu’un alignement parfait ne soit pas toujours réalisable.

Il faut éviter de parer les sabots du cheval en tentant de rectifier l’angle des paturons, car cette pratique peut engendrer plus de problèmes que de solutions.

En outre, l’angle du paturon doit correspondre à l’angle de la muraille des sabots. L’axe du sabot et du paturon, représenté par une ligne tracée sur la partie avant du sabot, doit longer la muraille sans dévier.

L’angle formé avec le sol doit se situer entre 45 et 50 degrés. Les talons du sabot doivent former le même angle. [3][5]

Les sabots

Les sabots eux-mêmes doivent être substantiels et convenir à la taille du cheval. La sole doit former une coupelle ou être concave. La fourchette doit être au niveau de la muraille. La largeur de la fourchette doit correspondre à au moins deux tiers de sa longueur. [5]

La surface des talons en contact avec le sol doit s’aligner sur la partie la plus large de la fourchette. Les ânes et certains poneys ont une fourchette plus bulbeuse et des talons plus fuyants sous le sabot.

La bande coronaire ou bourrelet doit être parallèle au sol et bien formée. C’est l’un des signes d’une structure de sabot saine. Autrement dit, la couronne ne doit pas être affaissée. [5]

Les défauts d’aplomb communs des membres antérieurs

Des antérieurs à la conformation idéale supportent le cheval tout en permettant un amortissement efficace des mouvements et des impacts. Chaque partie des antérieurs est conçue pour glisser correctement sur le tissu conjonctif de l’articulation tout en distribuant la force des chocs et des impacts vers le haut du membre jusqu’au corps du cheval.

Les défauts d’aplomb des antérieurs peuvent entraver le mouvement juste des membres ou la distribution des forces. Par conséquent, le cheval est sujet à subir des blessures aiguës ou une dégénérescence à long terme.

Les défauts de conformation du garrot

Les défauts de conformation courants qui touchent le garrot incluent le garrot effacé ou noyé et le garrot trop saillant.

Le garrot noyé ou effacé

Chez les chevaux au garrot noyé ou effacé, le garrot est peu ou pas apparent et les épaules manquent de définition. Lorsqu’on observe le cheval de profil, l’encolure semble se noyer dans le dos sans que l’on puisse distinguer de relief entre les deux parties du corps.

Le garrot noyé provient de processus épineux anormalement courts sur les vertèbres thoraciques entre les épaules. Chez les chevaux normaux, les processus épineux sont longs et prononcés. Ils donnent au garrot son relief caractéristique. Lorsqu’ils sont plus courts, le garrot perd sa définition et s’efface dans les épaules et le dos. [3]

Le trapèze prend naissance au garrot. Lorsque les processus épineux du garrot sont trop courts, la surface où s’attache le trapèze est réduite. Cette conformation restreint l’amplitude des mouvements de l’épaule et rend cette partie plus sensible aux lésions musculaires et tendineuses. [6]

En dernier lieu, un garrot effacé complique beaucoup l’ajustement de la selle. L’absence d’un garrot proéminent diminue le soutien latéral de la selle et accroît la probabilité que cette dernière glisse de côté. [4]

Le garrot trop saillant

En revanche, si les processus épineux des vertèbres thoraciques sont anormalement longs, le garrot est trop saillant. Ces processus se prolongent alors plus loin vers le haut, ce qui donne au garrot l’apparence d’un « aileron de requin ».

Les garrots anormalement saillants ne causent habituellement pas de problèmes importants autres qu’un ajustement de la selle plus difficile. La selle de ces chevaux peut nécessiter un pommeau plus haut que la moyenne ou un nez coupé pour s’adapter à la conformation de l’animal. [4]

L’atrophie musculaire

Tous les types de garrots, quelle que soit leur proéminence ou leur taille, peuvent souffrir d’atrophie musculaire si le conditionnement du cheval est inadéquat ou si la selle est mal adaptée. La perte musculaire peut entraîner l’apparition des dépressions visibles de part et d’autre du garrot.

Si la selle est trop étroite, elle peut créer des points de pression sur les trapèzes, les spinales et les muscles rhomboïdes. Cette pression cause de la gêne et de la douleur lorsque le cheval mobilise ses antérieurs.

Cette douleur peut empêcher le cheval de mobiliser correctement ses épaules et sa chaîne dorsale, ce qui a pour conséquence de limiter la flexion et le développement de ces muscles. Elle peut donc mener à une diminution de leur taille et de leur force. [4]

Les défauts de conformation des épaules

Les deux principaux défauts de conformation qui peuvent affecter les épaules équines sont une épaule trop droite et une épaule trop oblique. [3]

L’épaule droite

On considère que l’épaule est « trop droite » si son inclinaison est supérieure à 60 degrés. Une épaule trop droite manque d’élasticité. Les allures du cheval sont donc légèrement plus saccadées que la normale. Bien que certains cavaliers ne remarquent pas nécessairement une allure légèrement moins fluide, cette altération de la qualité de la foulée peut avoir un impact sur l’ensemble du corps du cheval.

Un cheval dont l’épaule est très droite encaisse des chocs accrus qui se répercutent sur l’ensemble de ses membres antérieurs. Les impacts plus grands subis par chacune des articulations et des structures du membre peuvent conduire à un plus grand risque de développer des boiteries au fur et à mesure que la carrière sportive du cheval progresse. [3]

Les chevaux de trait ont souvent des épaules très droites. Il s’agit en effet d’un trait recherché parmi ces races, car elle permet une meilleure adaptation du collier. [3]

L’épaule oblique

On dit des chevaux dont l’angle des épaules est inférieur à 40 degrés qu’ils ont « une épaule trop inclinée ». Lorsque c’est le cas, l’angle d’inclinaison des épaules est trop abrupt.

Bien que cette conformation n’ait pas d’impact direct sur la santé du cheval, elle peut compliquer l’ajustement de la selle. Lorsque les épaules sont trop obliques, la selle tend à se déplacer vers l’arrière. Elle peut conséquemment glisser trop loin sur le dos du cheval. Lorsque la selle est placée au bon endroit, elle repose sur l’omoplate et limite le mouvement des épaules.

Les défauts de conformation du coude

Les défauts de conformation du coude incluent les coudes trop serrés ou trop dégagés.

Les coudes trop serrés

Lorsque les coudes d’un cheval sont trop serrés, l’humérus est incliné vers l’intérieur en direction de la ligne médiane du corps du cheval. Puisque les coudes sont orientés vers l’intérieur, tout le membre antérieur est tourné vers l’extérieur.

Le cheval a les pieds « panards ». Les pinces des sabots antérieurs s’éloignent l’une de l’autre au lieu d’être parallèles. On dit aussi qu’il est « ouvert du devant ». Lorsqu’il fléchit les genoux, le cheval « fauche », c.-à-dire que le bas du membre effectue une rotation vers l’intérieur.

Les chevaux aux coudes serrés ont tendance à avoir un poitrail étroit qui restreint le mouvement des antérieurs. Non seulement les avant-bras sont trop rapprochés, mais la rotation du pied en mouvement vers l’intérieur accroît la probabilité d’interférence des membres antérieurs, auquel cas le bas du membre et les sabots se croisent et se heurtent. [3]

L’interférence des membres antérieurs peut causer des blessures graves, en particulier lorsque le cheval court à grande vitesse. [7]

Les coudes trop dégagés

Lorsque les coudes du cheval sont trop dégagés, l’humérus s’éloigne du corps. Les coudes du cheval sont donc tournés vers l’extérieur.

Les antérieurs sont conséquemment tournés vers l’intérieur. Le cheval a les pieds « cagneux », auquel cas les pinces des sabots antérieurs sont orientées vers l’intérieur.

Lorsqu’il fléchit les genoux, le cheval « billarde », un mouvement caractérisé par la rotation extérieure du sabot et de la partie inférieure du membre antérieur.

Les chevaux dont les coudes sont trop dégagés sont généralement serrés du devant. Le poitrail est plus large que l’écart entre les sabots posés au sol.

Le fait d’être serré du devant n’a pas de conséquences directes sur la locomotion du cheval. Toutefois, toute déviation du mouvement normal exerce une pression supplémentaire sur les articulations. Ce défaut rend le cheval vulnérable à une usure accrue des articulations. [3]

Les défauts de conformation des avant-bras

L’angle à la jonction du membre antérieur et du reste du corps est également susceptible de présenter des défauts de conformation. Idéalement, cette jonction doit former un angle parfaitement vertical. Cependant, il arrive que la conformation du cheval s’éloigne de cet idéal.

Le cheval sous lui du devant ou campé du devant

Lorsque l’angle à l’endroit où le membre antérieur rejoint le corps est en deçà de la verticale, on dit que le cheval est « sous lui du devant ». Les membres antérieurs du cheval s’inclinent vers l’arrière. Les pieds antérieurs sont plus rapprochés des pieds postérieurs que lorsque les aplombs sont justes.

Le cheval sous lui du devant subit plus de contraintes sur les tendons postérieurs et les ligaments des antérieurs en raison de la posture de la partie inférieure des membres antérieurs.

De plus, cette posture accroît le poids que le cheval porte sur ses antérieurs. Ce poids supplémentaire engendre une foulée courte et saccadée, ainsi qu’une propension à buter et à trébucher. [8]

Lorsque le membre antérieur rejoint le corps à un angle au-delà de la verticale, on dit que le cheval est campé du devant. Il se tient avec les pieds antérieurs plus éloignés des pieds postérieurs que lorsque les aplombs sont justes.

Les chevaux campés du devant subissent des contraintes excessives sur les sabots, les boulets et les genoux. Pour rester dans cette position, les articulations doivent fléchir vers l’arrière et adopter une position qui ne leur est pas naturelle. [1]

Les chevaux peuvent être campés ou serrés du devant en raison de leur conformation ou lorsqu’ils éprouvent de la douleur. Un cheval qui n’est pas ordinairement campé ou serré du devant peut pouvoir tenter de soulager ses sabots endoloris par une pathologie inflammatoire, comme la maladie naviculaire ou la laminite.

Les chevaux ouverts ou serrés du devant

Les chevaux peuvent en outre être « ouverts du devant » ou « serrés du devant ». Ces désignations décrivent l’écart entre les sabots au sol par rapport à la largeur du poitrail.

Les chevaux serrés du devant ont des antérieurs qui s’inclinent vers l’intérieur. D’autres défauts peuvent être à l’origine de cette conformation. C’est le cas notamment d’un poitrail trop large ou d’un angle fautif à l’endroit où l’avant-bras rejoint le corps du cheval.

Les chevaux serrés du devant ont tendance à mettre plus de poids sur l’extérieur de la muraille lorsqu’ils posent le sabot au sol. Cette pression accrue les rend plus enclins à souffrir d’affections telles que les formes phalangiennes, les exostoses ou les formes cartilagineuses et les bleimes au talon. [9]

Dans le cas des chevaux ouverts du devant, les antérieurs s’inclinent vers l’extérieur en s’éloignant l’un de l’autre. Ces animaux ont tendance à avoir un poitrail étroit. Ils mettent habituellement plus de poids sur l’intérieur de la muraille lorsqu’il pose le sabot. Ce défaut prédispose aux formes phalangiennes et cartilagineuses ou ligamentaires. Il a une incidence sur la locomotion du cheval à long terme. [9]

Les défauts de conformation des genoux

La structure du genou équin peut présenter divers défauts de conformation, qui peuvent inclure ceux qui suivent :

Les genoux creux ou genoux de mouton

Chez les chevaux aux genoux creux ou effacés, l’os du canon s’incline vers l’arrière à la hauteur du genou. Ce dernier se trouve derrière la verticale.

Ce défaut de conformation augmente le stress infligé à l’avant du genou. Conséquemment, le cheval est vulnérable aux fractures cunéennes (esquilles) des petits os du genou et à l’arthrite dans cette articulation. On considère le genou creux comme un défaut très grave qu’il faut éviter à tout prix chez les chevaux de performance. [10]

Les genoux brassicourts ou genoux arqués

Lorsque les structures articulaires à l’arrière du genou sont trop tendues ou contractées, les genoux peuvent se trouver devant la verticale. Ils semblent alors être fléchis en permanence.

Les chevaux aux genoux brassicourts peuvent buter et trébucher. De plus, le sabot se pose d’abord en pince, ce qui affecte la façon dont il amortit les chocs.

Dans les cas extrêmes, ces chevaux peuvent avoir de la difficulté à bloquer leurs genoux en position debout. Leur appareil de maintien en station debout s’en trouve donc compromis. Ce défaut peut entraîner des difficultés à demeurer stable et des troubles du sommeil, ou encore mener à l’incapacité à rester debout au même endroit pendant de longues périodes. [10]

Les genoux de bœuf (valgus carpien)

Chez les chevaux aux genoux de bœuf, tout le genou du cheval vu de l’avant est orienté vers l’intérieur, et la partie inférieure du membre ne suit pas l’angle du radius.

Bien que fréquent chez les poulains en croissance en raison de la faiblesse des structures de soutien qui se trouvent dans l’articulation, on considère qu’il s’agit d’un défaut de conformation lorsque le cheval a fini de grandir.

Les chevaux aux genoux de bœuf ont souvent les pinces orientées vers l’extérieur (les pieds panards) en raison de la rotation de l’os du canon à la hauteur du genou. Ils subissent un stress excessif sur les structures internes du genou, y compris la capsule articulaire et le ligament collatéral médial. [3]

De plus, il peut y avoir des interférences au niveau des genoux qui peuvent mener à d’éventuelles blessures lorsque ces derniers se heurtent. [3]

Les genoux cambrés (varus carpien)

La conformation des genoux cambrés se caractérise par l’inclinaison vers l’extérieur du radius avec un canon incliné vers l’intérieur. Les genoux du cheval se trouvent donc à l’extérieur de la verticale.

Ces chevaux sont plus susceptibles de souffrir d’ostéoarthrite du genou, du boulet et du paturon. Ils sont d’autre part sujets aux exostoses en raison de la pression accrue sur les parties extérieures de la muraille lorsqu’ils posent le pied. [3]

Les genoux aux tendons atrophiés

Chez un cheval aux genoux aux tendons atrophiés, ou aux « poignets étranglés », le tendon semble plus étroit que le reste de l’os du canon à l’endroit où il rejoint l’arrière du genou.

L’étroitesse limite la capacité du tendon fléchisseur à amortir et à distribuer les chocs, ce qui le rend plus enclin aux blessures. [11]

Les genoux en pied de banc (le canon désaxé)

Le genou en pied de banc est un défaut de conformation caractérisé par un canon placé à l’extérieur de l’axe du genou.

Les genoux de pied de banc infligent une charge importante sur le métatarsien médial. Ce défaut accroît les contraintes infligées au ligament interosseux et hausse la probabilité que les métatarsiens se détachent ou se brisent. [12]

Les défauts de conformation des paturons

Les défauts de conformation des paturons compromettent souvent la locomotion à long terme du cheval. Les chevaux dont la structure des paturons est défectueuse connaissent fréquemment des problèmes de paturon et de boulet, ainsi qu’une dégradation d’autres structures de la partie inférieure des antérieurs.

Les paturons longs et bas jointés

Les paturons longs et bas jointés présentent souvent un axe semblable à un « dos brisé » par rapport au sabot. Au lieu de pouvoir tracer une ligne droite à partir du boulet qui passe sur la bande coronaire et se prolonge jusqu’à la pince, la ligne fléchit vers l’arrière à la hauteur du bourrelet. [15]

Les paturons bas jointés et l’axe à dos brisé haussent la tension infligée aux structures postérieures du paturon et du boulet, y compris l’appareil suspenseur, les tendons fléchisseurs et la région naviculaire.

De plus, en raison de la longueur du paturon et de la faiblesse relative du boulet, ces chevaux peuvent subir un affaissement complet du boulet en sautant ou en galopant, ce qui accroît le risque de fracture des os sésamoïdes.

Les paturons courts et droit jointés

Les chevaux dont les paturons sont courts et droit jointés ont souvent un axe « brisé vers l’avant » par rapport au sabot. La ligne tracée du boulet à la pince fait saillie vers l’avant à la hauteur du bourrelet.

L’axe brisé vers l’avant diminue la capacité du boulet à amortir et à distribuer les forces vers le haut du membre. Conséquemment, les os du pied et du boulet supportent une plus grande partie de la charge de force portante, ce qui accroît le risque de fracture de fatigue et d’arthrite dans ces parties du corps. [3]

Composer avec les défauts de conformation

Lorsqu’on étudie un cheval ou une monture potentielle pour repérer les défauts de conformation des membres antérieurs, il faut se rappeler qu’aucun cheval n’est parfait. Tous les chevaux dévient plus ou moins de normes de la conformation idéale.

En tant que propriétaire, savoir évaluer la conformation des membres antérieurs permet de mieux comprendre comment certains traits affectent les performances, les allures et le bien-être général du cheval. En connaissant ses défauts de conformation, le propriétaire est en mesure de prendre des décisions éclairées concernant son entraînement, sa gestion et son aptitude potentielle à prendre part à des activités ou à des disciplines précises.

Lors de l’examen préalable à l’achat, le vétérinaire examine attentivement l’animal pour identifier les défauts de conformation afin d’évaluer leur impact potentiel sur sa santé et son adéquation à l’usage prévu. Il revient à l’acheteur potentiel de décider quels sont les défauts acceptables et quels sont ceux qui ne le sont pas.

On peut ignorer certains défauts dans les cas des chevaux destinés à une certaine discipline équestre plutôt qu’une autre. Demandez conseil à votre vétérinaire ou à votre entraîneur pour plus obtenir plus d’informations sur les défauts qui ne sont pas une préoccupation, ou que vous pouvez gérer grâce à des interventions. Celles-ci peuvent comprendre un entraînement adapté, des infiltrations intra-articulaires ou des suppléments nutritionnels.

Questions fréquemment posées

Voici quelques questions fréquemment posées sur la conformation des membres antérieurs chez les chevaux :

Résumé

La conformation des membres antérieurs joue un rôle essentiel dans l’équilibre, le mouvement et la santé locomotrice à long terme du cheval. L’évaluation de la structure, du garrot jusqu’aux sabots, permet d’identifier l’alignement, la symétrie et les défauts potentiels qui influencent les performances.

  • Une conformation idéale des membres antérieurs implique des membres droits qui portent le poids avec un alignement correct de l’épaule jusqu’au sabot
  • Des déviations telles que des épaules droites, des membres campés ou des angles de paturon irréguliers peuvent compromettre l’efficacité de la foulée et augmenter le risque de blessure
  • Chaque composant du membre antérieur contribue au mouvement, à l’absorption des chocs et à la stabilité lors du port de la charge
  • L’évaluation régulière de la conformation aide à orienter l’entraînement, l’ajustement de la selle et la gestion pour soutenir la santé locomotrice à long terme
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Références

  1. Duberstein, K. Evaluating Horse Conformation. UGA Extension. 2016.
  2. Powell, D. Evaluation of Indicators of Weight-Carrying Ability of Light Riding Horses. Journal of Equine Vet Sci. 2008.
  3. Smith Thomas, H. The Horse Conformation Handbook. Storey Publishing LLC. 2005.
  4. Rizzi, B. Muscle Atrophy. Dynamic Equine Saddle Fitting. 2023.
  5. Malone, E. Foot conformation. Large Animal Surgery- Supplemental Notes. 2016.
  6. Wilson, A. and Lichtwark, G. The anatomical arrangement of muscle and tendon enhances limb versatility and locomotor performance. Philosophical Transactions B. 2011.
  7. Hunt, W. et al. Analysis of video-recorded images to determine linear and angular dimensions in the growing horse. Equine Vet Journal. 2010.
  8. de Souza, M. et al. Influence of camped under associated with upright pastern in front conformation in the forelimb movement of horses. Journal of Equine Vet Sci. 2004.
  9. Haakenstad, L. Chronic Bone and Joint Diseases in Relation to Conformation in the Horse. Equine Vet Journal. 1969.
  10. Beeman, M. Conformation of the Horse: Relationship of Form to Function. Form and Function. 2008.
  11. Mackay-Smith, M. Handsome Is... Form and Function in the Performance Horse. Stud Manager's Handbook. 1984.
  12. Sellnow, L. What is a splint?. SA Horseman. 2010.
  13. Greve, L. and Dyson, S.J. The interrelationship of lameness, saddle slip and back shape in the general sports horse population. Equine Vet J. 2014. View Summary
  14. van Weeren, P.R. and Crevier-Denoix, N. Equine conformation: clues to performance and soundness? Equine Vet J. 2006. View Summary
  15. O’Grady, S.E. Basic Farriery for the Performance Horse. Vet Clin North Am Equine Pract. 2008. View Summary