Photo : Cealy Tetley 2024
Camille Bergeron ne s’assoit pas sur ses lauriers, mais elle profite de l’aventure.
Une longue liste de faits marquants ponctuent le début de carrière de la cavalière de Grand Prix de dressage et, au cours des deux dernières années, un climat d’excitation s’est développé autour de son évolution en tant qu’athlète, coéquipière et ambassadrice du Canada sur la scène internationale.
Camille et son partenaire équin de longue date, Sound of Silence 4, affectueusement surnommé « SOS », ont aidé le Canada à remporter la médaille de bronze par équipe aux Jeux panaméricains de 2023, une étape clé pour la qualification de l’équipe canadienne avant les Jeux olympiques d’été de 2024.
Camille s’est également imposée en tant que compétitrice individuelle. Lors de sa deuxième compétition avec sa jument Finnländerin, elle a remporté le Grand Prix Spécial 2024 au Global Dressage Festival à Wellington, en Floride. Ce fut sa première victoire de Grand tour.
Quelques mois plus tard, aux côtés de Jill Irving et de sa compatriote québécoise Naïma Moreira Laliberté, Camille a été sélectionnée pour représenter le dressage canadien aux Jeux olympiques de Paris.
Pour couronner le tout, Camille Bergeron a été nommée Athlète de dressage de l’année 2024 par Canada Équestre. À seulement 24 ans, sa carrière de Grand Prix ne fait que commencer.
Une cavalière impossible à arrêter dès ses débuts
N’ayant jamais eu de contact avec les chevaux auparavant, Camille a protesté lorsque sa mère l’a inscrite pour la première fois à un camp thématique sur les chevaux alors qu’elle avait neuf ans. « Ce n’est pas un camp normal. Il y aura des chevaux. Tu vas aimer ça », a dit sa mère pour la rassurer.
Dès le premier jour, la fillette, fascinée par les chevaux, a rapidement confirmé l’intuition de sa mère. Elle se souvient d’avoir voulu rester passé l’heure où ses parents devaient venir la chercher et d’avoir été impatiente d’y retourner le lendemain. Après la première semaine, Camille a supplié ses parents pour qu’ils l’inscrivent à nouveau au camp. Encore et encore. Cette année-là, Camille a passé tout son été avec les chevaux.
En fait, elle a passé tous les étés qui ont suivi avec eux.
Façonner une championne : une affaire de famille
En tant que jeune cavalière, Camille a exploré afin de décider dans quelle discipline équestre elle désirait se lancer. Finalement, ses parents ont convenu qu’ils étaient plus à l’aise avec l’aspect relativement sécuritaire du dressage.
Aujourd’hui, Camille en rit : « Quand j’ai commencé l’équitation, j’étais tellement excitée! Je disais à mes amis : “Je vais faire du saut d’obstacles!” Et puis mes parents disaient : “Non, tu ne feras pas ça!” ».
Camille n’avait pas peur des disciplines à fort impact, mais tout ce qui comptait pour elle, c’était d’être en selle; elle était donc heureuse peu importe la discipline. L’équipe canadienne peut aujourd’hui remercier ses parents.
Les parents de Camille ont joué un rôle déterminant dans sa carrière équestre. Encore aujourd’hui, son succès est porté par le soutien enthousiaste de toute sa famille.
Comme elle le dit elle-même, au début, son père Gilles Bergeron était une « victime » dans tout cela. « Il ne connaissait rien aux chevaux. Il a découvert cet univers en me voyant monter. Mais ensuite, il a assisté à tous mes cours et à toutes mes compétitions. Il a adoré ça! »
Aujourd’hui, Gilles Bergeron est une inspiration pour les pères de cavaliers un peu partout. Le soutien qu’il offre à sa fille et aux jeunes athlètes canadiens n’est pas passé inaperçu.
Grâce à ses généreuses commandites d’événements ainsi que son engagement à trouver des partenaires équins de classe mondiale, Gilles a été nommé Propriétaire de l’année par Canada Équestre en 2018 et de nouveau en 2024.
Trouver le chemin du succès
Camille a développé un fort esprit de compétition dès son plus jeune âge. À onze ans, elle maîtrisait déjà suffisamment de notions de base de dressage pour concourir à l’échelle nationale au Premier niveau dans la catégorie Poney. L’année suivante, elle accédait aux divisions Poney de niveau FEI.
Pour concourir aux niveaux supérieurs, elle devait acquérir de l’expérience au-delà de ce que son circuit local pouvait lui offrir. À l’école secondaire, elle a demandé à ses parents de l’aider à déménager en Floride afin de pouvoir monter à cheval toute l’année.
Ils ont accepté, à condition qu’elle poursuive ses études et maintienne de bonnes notes. Camille a respecté sa partie de l’entente et, pendant quatre mois par an, elle étudiait le matin et montait aux côtés des meilleurs cavaliers d’Amérique du Nord dans des installations de classe mondiale en Floride.
À ce stade, Camille avait délaissé les poneys et faisait désormais l’essai d’un hongre alezan athlétique qui, selon elle, a vraiment lancé sa carrière de compétition.
Le cheval, appelé Lowelas, s’était auparavant qualifié pour les Championnats nord-américains jeunesse (CNAJ) FEI, mais il dépassait les compétences de Camille à l’époque. « Au début, je n’étais qu’une simple passagère. Mais j’ai commencé à m’améliorer de plus en plus », se souvient-elle.
Dans une démarche audacieuse, la famille Bergeron a acheté Lowelas et a amorcé l’entraînement avec Albrecht Heidemann, un entraîneur de haute performance d’origine allemande qui a lancé la carrière de plusieurs cavaliers de l’équipe canadienne.
Lorsque la famille Bergeron a acheté le cheval au printemps 2014, ils n’avaient que trois mois pour se qualifier pour les CNAJ. Cela semblait improbable, mais le nouveau partenariat entre le cheval, la cavalière et l’entraîneur s’est avéré une combinaison gagnante.
En juillet, Camille a remporté l’or en style libre junior aux CNAJ, qui se sont déroulés au Kentucky cette année-là.
Des débuts explosifs sur la scène nationale
Entre l’âge de 14 et 18 ans, Camille s’est entraînée avec Heidemann, progressant graduellement à travers les niveaux FEI — de Juniors au Prix St-Georges en passant par Jeunes Cavaliers. Pendant tout ce temps, son père faisait l’acquisition stratégique de chevaux prometteurs, lui offrant ainsi l’opportunité de s’entraîner et de concourir avec une équipe diversifiée de partenaires équins.
En 2018, Camille a réalisé une saison exceptionnelle, franchissant une série d’étapes importantes.
En tant que compétitrice dans la division Jeunes Cavaliers, Camille a monté un hongre KWPN (Warmblood hollandais), Baldacci, pour aider à remporter la médaille par équipe aux CNAJ 2018 pour le Québec/Alberta. Cette année-là, Camille a également obtenu quatre premières places en division CDI-Y et a remporté une série de reprises individuelles et par équipe au Global Dressage Festival de Wellington, entre autres titres.
À la fin de l’année 2017, l’entraîneur Heidemann est retourné en Allemagne et, peu après, Camille a commencé à s’entraîner avec l’Olympienne Pia Fortmüller, de Calgary. Ayant le mal du pays, Camille est finalement retournée au Québec et a commencé à s’entraîner avec Brittany Fraser-Beaulieu, olympienne des jeux de Tokyo, qui est encore aujourd’hui son entraîneuse.
Avec les conseils de Fraser-Beaulieu, Camille a continué à gravir les niveaux du dressage, passant de la division Jeunes Cavaliers à U25, puis au Grand Prix. Son hongre westphalien né en 2008, SOS, a progressé avec elle.
Grâce à son travail acharné et sa détermination constante, Camille s’est retrouvée sur une scène encore plus grande. Elle a concouru pour le Canada dans toutes les Coupes des nations de 2019 à 2021 à Wellington, en Floride, remportant un total de neuf médailles.
Au printemps 2021, elle était classée première au classement mondial FEI U25, un exploit remarquable pour une cavalière canadienne dans un domaine où se démarquent de puissantes nations européennes.
Camille a terminé une saison couronnée de succès au sein de la division U25 et est passée au Grand Prix lorsqu’elle a reçu le prestigieux prix Orion Cup, nommé ainsi en l’honneur de Orion, le cheval olympique de sa mentor et ancienne entraîneuse Pia Fortmüller.
Monter pour le Canada
En 2023, avec les Jeux olympiques de Paris à l’horizon, Camille était prête à concourir pour le Canada aux Jeux panaméricains au Chili. Comme l’explique l’athlète, se qualifier pour de grands événements internationaux est un défi de taille.
« Je n’avais pas vraiment d’attentes. C’était notre première année au niveau Grand Prix Senior. Au début, nous étions vraiment novices. SOS était génial, puis je faisais une erreur. Je la corrigeais, puis il faisait une erreur. Ainsi, jusqu’à ce que nous soyons sur la même longueur d’onde, cela a pris un peu temps », se souvient-elle.
Se qualifier pour les Jeux panaméricains est une chose, mais les enjeux était encore plus élevés pour les cavaliers canadiens.
Pour que l’équipe canadienne obtienne une place aux Jeux olympiques, Camille et ses coéquipières – Beatrice Boucher, Mathilde Blais-Tetreault et Naïma Moreira Laliberté – devaient monter sur le podium.
Comme l’explique Camille, l’équipe a fourni beaucoup d’efforts et a su saisir ses opportunités :
« La façon dont c’était organisé était tout simplement géniale pour le Canada. Avec la possibilité d’éliminer la note la plus basse, nous savions que nous pouvions compter sur au moins une bonne performance dans chaque reprise. Heureusement, ma meilleure reprise a été pendant le Special et mes coéquipières ont obtenu de bonnes notes pendant le Grand Prix.”
En répartissant leurs forces stratégiquement, l’équipe a réussi. SOS, Camille et leurs coéquipiers ont décroché la médaille de bronze pour l’équipe canadienne. Par ailleurs, Camille s’est classée 7e en compétition individuelle en reprise libre.
Cette solide performance aux Jeux panaméricains a assuré la qualification de l’équipe canadienne pour les Jeux olympiques mais pour Camille, le travail n’était pas terminé. Elle et sa jument Oldenbourg, Finnländerin, devaient encore se qualifier en tant que couple avant de pouvoir participer aux Jeux.
« C’était un peu un défi, car nous avions peu de temps pour nous reposer. Nous devions y aller intelligemment, reprendre lentement et atteindre notre apogée au bon moment. Nous nous sentions très confiants mais en même temps, nous ne voulions pas recommencer à concourir trop tôt », explique-t-elle.
La fenêtre de qualification pour les Jeux olympiques est brève, mais Camille a choisi ses concours stratégiquement et a finalement réussi.
Photo : Cealy Tetley 2024
Camille a développé un lien spécial avec sa partenaire olympique Finnländerin. Achetée à l’origine comme option de secours si SOS ne pouvait pas être monté, Finn est devenue sa monture numéro un : « Elle est ma petite reine. Elle a un fort caractère, mais dans le bon sens. Elle a un grand cœur et travaille toujours très dur. Elle ne dit jamais “non” et adore son travail, adore l’attention », sourit Camille.
Une alimentation basée sur la science pour les chevaux d’élite
Que ce soit à domicile ou sur la route, Camille compte sur Mad Barn pour des conseils et un soutien nutritionnel d’experts. Le premier supplément de Mad Barn qu’elle a intégré à son programme était la spiruline. Cela fait maintenant six ans et elle ne l’a pas regretté.
« Nos chevaux voyagent tellement et ils changent d’écurie, de foin, etc. Je pense donc que la spiruline leur apporte la santé et garde leur système immunitaire en forme. Cela les aide à se sentir bien et à garder un bon niveau d’énergie. C’est simplement quelque chose que je donne à tous mes chevaux. Dès que je commence à les monter, c’est ce qu’ils reçoivent. »
Pour Camille, l’ajout d’un nouveau supplément à l’alimentation de ses chevaux n’est pas une décision à prendre à la légère. Elle travaille en étroite collaboration avec son nutritionniste équin et suit un processus de tests pour chaque cheval qui est sous sa responsabilité afin de détecter d’éventuelles carences en vitamines et en minéraux. Actuellement, elle utilise plusieurs suppléments dans son écurie et fait confiance à l’approche scientifique de Mad Barn pour soutenir la santé et les performances de ses chevaux.
L’ascension fulgurante de Camille n’aurait pas été possible si ses chevaux n’étaient au sommet de leur forme. Le soutien personnalisé offert par Mad Barn lui permet de se concentrer sur l’entraînement en toute confiance, sachant que ses partenaires équins sont prêts à performer.
Loin des projecteurs
De retour dans sa province natale du Québec, Camille dirige Les Écuries Élégance, la dynamique écurie familiale située au cœur de Laval.
Aux côtés de ses parents, Camille a développé une entreprise florissante de formation, d’entraînement, d’élevage et de reproduction internationale. Comme l’explique l’athlète, la devise des Écuries Élégance est : « Nous vendons, nous élevons, nous entraînons, nous formons. »
C’est beaucoup de travail, mais l’énergique cavalière ne voudrait pas qu’il en soit autrement. « J’adore être à l’écurie. Ce matin encore, j’ai fait toutes les corvées et j’adore ça, être avec les chevaux, » sourit-elle.
Après être allée au centre de conditionnement physique avant le lever du soleil, vous pouvez vous attendre à voir Camille à l’écurie, en compagnie de son premier client, dès 7 h 30. Entre ses propres chevaux et ceux de ses clients, elle en monte une dizaine par jour, tout en encadrant ses élèves cavaliers jusque tard en soirée la plupart du temps.
Avec ses élèves, Camille favorise un environnement d’apprentissage axé sur l’excellence et l’amélioration continue. Comme elle l’explique : « Je travaille avec beaucoup de chevaux et de cavaliers talentueux qui veulent passer au niveau supérieur. Je reçois toutes sortes de cavaliers différents. Qu’ils participent à des compétitions ou non, cela n’a pas d’importance. Ce qui compte pour moi, c’est qu’ils veuillent s’améliorer. Pour moi, c’est ce qui est important. »
Parfois, des gens viennent voir Camille avec des jeunes chevaux confrontés à des défis spécifiques d’entraînement. Son approche de résolution de problèmes ne repose pas sur une méthode qu’elle peut appliquer à tous. Elle explique : « Je n’ai pas un système unique pour tous les chevaux; je m’adapte plutôt aux besoins du cheval. Ce qui est important pour moi, c’est de toujours être positive et d’essayer de gagner la confiance du cheval. »
En d’autres termes, Camille utilise son expertise et son sens inné du cheval pour bâtir la confiance de ses élèves équins – la même confiance qu’elle apporte dans le manège les jours de compétition, une confiance basée sur l’harmonie, la communication et la pratique.
Se reposer, récupérer, recommencer
Les Jeux panaméricains et les Jeux olympiques ont mis beaucoup de pression sur Camille. Après plusieurs années de préparation, de qualifications et de compétitions bien remplies, ses plans pour l’avenir immédiat sont définitivement moins chargés. « Aucune pression sur moi ou mes chevaux cette année. Je veux juste m’amuser, faire des reprises libres et profiter d’être dans le manège avec mes chevaux sans penser à mes notes », réfléchit-elle.
Cela étant dit, Camille pourrait bien continuer sur sa lancée compétitive malgré elle. Malgré le besoin de reprendre son souffle, elle s’est spontanément inscrite à une épreuve de qualification de la Coupe du monde de dressage à Devon, en Pennsylvanie, après son retour des Jeux olympiques. Elle s’en est bien sortie, terminant en deuxième place avec Fïnnländerin. Depuis, elle a participé à un autre CDI-W à Ocala, en Floride.
Sans vraiment l’avoir planifié, Camille semble s’être engagée sur le chemin de la prochaine Coupe du monde, prévue en avril 2025 en Suisse.
« Alors, maintenant je dois peut-être changer mon plan pour 2025! » rit-elle. « Si ça fonctionne, ce serait fantastique. J’adorerais me qualifier pour la Coupe du monde, mais avant tout, je vais surtout m’amuser et profiter de mes chevaux. »
Former et apprendre au pays de l’hiver
En tant que cavalière ayant excellé sur la scène internationale dès son plus jeune âge, Camille fait partie d’une communauté canadienne de dressage passionnée, inspirant une nouvelle génération de cavaliers d’élite au nord de la frontière.
Les cavaliers canadiens doivent d’abord et avant tout faire face aux dures réalités de l’hiver, qui limitent leurs opportunités d’entraînement. Comme le suggèrent les accomplissements sportifs de Camille, cette dernière n’a pas peur des défis et utilise son expérience professionnelle pour aider ses élèves à progresser tout au long de l’année.
Comme l’explique Camille, « l’une des choses les plus difficiles avec l’équitation au Canada, c’est que les hivers peuvent paraître longs. Il peut s’écouler six ou sept mois entre les compétitions, donc il est facile de perdre sa concentration. Se fixer des objectifs est probablement la chose la plus importante. En hiver, fixez-vous un objectif clair chaque mois, afin qu’à l’arrivée du printemps, vous soyez prêt. »
Camille dit aussi que l’hiver est un excellent moment pour profiter des cours pratiques et qu’il existe plus d’opportunités que jamais pour suivre des compétitions internationales et assister à des cours pratiques en ligne. Les cavaliers en herbe peuvent facilement suivre les meilleurs cavaliers d’Europe et d’ailleurs pour rester motivés lorsque monter n’est pas une option.
Camille encourage un esprit d’apprentissage chez tous les cavaliers : « Apprendre des meilleurs cavaliers, apprendre des meilleurs chevaux, visualiser et se fixer des objectifs font partie intégrante de l’expérience d’apprentissage. »
Depuis ses débuts modestes dans un camp d’été jusqu’à la représentation du Canada aux Jeux olympiques, il y a beaucoup à apprendre du parcours de Camille Bergeron. Alors qu’elle progresse vers la prochaine étape de sa carrière, elle n’oublie pas la responsabilité que son influence implique. « Nous voulons tous redonner. Nous devons faire en sorte que cela fonctionne », se rappelle-t-elle.
Son engagement envers l’amélioration continue, l’adaptabilité et un entraînement positif illustre les valeurs fondamentales que les cavaliers canadiens véhiculent sur la scène internationale ainsi que la réputation qu’elle symbolisera en représentant notre pays pour les années à venir.










