Les bruits digestifs chez le cheval sont bien plus qu’un simple bruit de fond ; ils fournissent des indices précieux sur la fonction digestive. Ces sons gastro-intestinaux, appelés borborygmes, reflètent l’activité du tube digestif et peuvent aider les soigneurs de chevaux à détecter les premiers signes de dysfonctionnement gastro-intestinal.

Des bruits digestifs constants indiquent généralement un système digestif en santé, tandis que des changements marqués ou une absence complète de sons peuvent signaler des problèmes sérieux comme une colique, un iléus ou une motilité digestive anormale.

En écoutant les borborygmes de votre cheval, vous pouvez évaluer la motilité gastro-intestinale, soit le passage des aliments, des gaz et des liquides dans le tube digestif, et reconnaître les signes d’alerte avant qu’un problème ne s’aggrave.

Dans le guide qui suit, vous apprendrez à évaluer les bruits digestifs de votre cheval, à interpréter les différents types de borborygmes et à déterminer à quel moment des changements peuvent nécessiter une intervention vétérinaire afin de préserver la santé digestive et le bien-être général de votre cheval.

Motilité gastro-intestinale chez le cheval

La motilité gastro-intestinale désigne le mouvement coordonné des aliments, des liquides, des gaz et des déchets à travers le tube digestif d’un animal. [1][2]

La motilité est essentielle à une bonne digestion et à l’absorption des nutriments. Elle repose sur trois principaux paramètres physiologiques : [1][2]

  • Activité myoélectrique : la production et la propagation d’ondes électriques par les fibres musculaires lisses du tube digestif coordonnent les contractions intestinales
  • Activité mécanique : les contractions et les relâchements physiques des muscles lisses circulaires et longitudinaux qui mélangent les aliments et les font progresser le long du tube digestif
  • Transit du contenu intraluminal : le mouvement net et le temps de passage du digesta, des liquides et des gaz dans le tube gastro-intestinal, mesurés par le temps requis pour traverser des segments comme l’estomac, l’intestin grêle ou le côlon

Les borborygmes sont les sons audibles produits par le déplacement des gaz et des liquides dans les intestins, et ils constituent un indicateur précieux de la motilité digestive chez le cheval. Bien que la fréquence et l’intensité de ces sons puissent varier, il est important de savoir reconnaître les rythmes normaux pour identifier les premiers signes de perturbation gastro-intestinale. [3][4]

Auscultation abdominale : écouter les bruits digestifs du cheval

L’auscultation abdominale est une technique clé en médecine vétérinaire qui permet d’évaluer la fonction digestive en écoutant les sons produits par l’activité intestinale.

Les propriétaires de chevaux peuvent surveiller les borborygmes de leur animal à l’aide de leur oreille ou d’un stéthoscope afin de se familiariser avec les bruits digestifs normaux.

Cette méthode diagnostique non invasive doit être réalisée lorsque le cheval est calme et immobile, dans un environnement sécuritaire.

Lors de l’auscultation abdominale, quatre régions principales doivent être évaluées pour les bruits digestifs : [3][5]

  • Régions paralombaires droite et gauche : la zone située entre la hanche du cheval et le début des côtes, dans la partie supérieure de l’abdomen
Horse Health Check - Gut Sounds Using Stethoscope Over Paralumbar RegionAuscultation des bruits digestifs au niveau de la région paralombaire
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  • Flancs droit et gauche : la portion principale de l’abdomen du cheval, située juste devant les grassets
Horse Health Check - Gut Sounds Using Stethoscope Over FlankAuscultation des bruits digestifs au niveau du flanc
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Écoutez chacun des quatre quadrants abdominaux pendant 1 à 2 minutes. Les borborygmes correspondent aux bruits graves ressemblant à des gargouillements ou bouillonnements produits par les intestins du cheval. Portez attention à leur fréquence et à leur intensité. En apprenant à connaître ce qui est normal pour votre cheval, vous aurez un point de référence pour effectuer des comparaisons dans le futur. [6]

Ensuite, concentrez-vous sur la région paralombaire droite afin d’identifier la vidange (aussi connue sous le terme anglais de flush) cæcale. Ce grondement distinct et aigu, qui rappelle l’écoulement de l’eau dans un tuyau, prend naissance à la jonction de l’intestin grêle, du cæcum et du gros côlon. Les vétérinaires désignent ce bruit caractéristique sous le nom de vidange iléocæcocolique. [6]

Tableau 1. Guide de référence des bruits digestifs normaux chez le cheval

Niveau d’urgence Observation
Sécuritaire
Cheval en santé
  • Longs bruits de grondement et gargouillis courts à intervalles réguliers
  • Vidange iléocæcocolique au moins une fois toutes les 3 minutes
Prudence
Consultez rapidement un vétérinaire
  • Borborygmes plus fréquents ou moins fréquents chez un cheval ne présentant aucun signe de douleur
Urgent
Soins vétérinaires d’urgence requis
  • Borborygmes continus avec peu ou pas de périodes silencieuses
  • Bruits aigus résonnants
  • Absence complète de borborygmes pendant plus de 5 minutes
L’auscultation abdominale ne remplace pas une évaluation vétérinaire. Si vous observez un comportement préoccupant ou des symptômes tels que des coliques, une absence de bruits digestifs, un inconfort marqué ou d’autres signes cliniques, consultez rapidement un vétérinaire.

Borborygmes normaux

Bien que les bruits digestifs varient d’un cheval à l’autre, leur fréquence et leur rythme présentent des schémas reconnaissables en fonction de leur origine anatomique. Un système digestif équin en santé produit une gamme de sons résultant du passage des liquides, des gaz et du digesta dans l’ensemble du système gastro-intestinal.

L’amplitude (le volume) des borborygmes peut varier considérablement d’un cheval à l’autre, mais leur fréquence demeure généralement constante. Peu de temps après l’ingestion d’un repas, des bruits de brassage surviennent deux à quatre fois par minute, puis diminuent progressivement pour se produire une fois toutes les deux à quatre minutes au cours des heures suivantes. Ces sons durent souvent de six à dix secondes et peuvent être perçus des deux côtés de l’abdomen. [5]

Les caractéristiques courantes des bruits digestifs normaux comprennent : [5]

  • Vidange cæcale : un bruit distinct de ruissellement ou d’écoulement produit par le cæcum, une importante chambre de fermentation située du côté droit de l’abdomen
  • Bruits de l’intestin grêle et du côlon : une combinaison de gargouillements graves, de tintements aigus et de bruits de mouvement liquide occasionnels, généralement entendus dans le quadrant inférieur droit

Borborygmes anormaux et affections associées

Des bruits digestifs trop faibles, absents ou excessivement forts signalent souvent des problèmes gastro-intestinaux. Ces sons anormaux peuvent être causés par diverses pathologies qui influencent la motilité du tractus digestif du cheval.

Iléus

L’iléus correspond à une diminution ou à une absence de motilité intestinale, pouvant entraîner une accumulation dangereuse de gaz et de digesta dans les intestins. Lorsque le transit intestinal est ralenti, le cheval peut ressentir de l’inconfort, développer des coliques et présenter des complications potentiellement mortelles, comme une obstruction.

L’iléus est fréquemment associé aux interventions chirurgicales, en particulier à la suite d’une chirurgie pour une colique, lorsque les intestins ont été manipulés ou perturbés. [3]

D’autres causes fréquentes comprennent : [3][4][7]

  • Des déséquilibres électrolytiques : faibles taux de potassium, de calcium ou de magnésium
  • Une inflammation sévère : des affections comme l’entérite ou la péritonite peuvent ralentir ou interrompre le transit intestinal
  • Des médicaments : les analgésiques opioïdes et certains anesthésiques peuvent diminuer la motilité gastro-intestinale
  • La déshydratation : un volume de liquide insuffisant réduit l’apport sanguin vers l’intestin et compromet les contractions normales
  • Une ingestion de sable : l’accumulation de sable dans le côlon peut obstruer physiquement ou irriter la muqueuse intestinale, menant à une stase
  • La maladie de l’herbe : aussi appelée dysautonomie équine, cette maladie neurodégénérative endommage les nerfs autonomes responsables de la motilité digestive, provoquant une paralysie intestinale

Bruits digestifs excessifs

Lorsqu’on entend plus de quatre bruits digestifs par minute, cela peut indiquer une hypermotilité gastro-intestinale, soit un passage anormalement rapide du contenu à travers le tube digestif. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’hypermotilité chez le cheval, notamment : [4][8]

  • Des coliques spasmodiques : l’une des formes de coliques les plus courantes chez le cheval, généralement associée aux infections par les ténias
  • De la diarrhée : une augmentation des bruits digestifs accompagne souvent les épisodes de diarrhée, car l’inflammation intestinale entraîne un transit rapide des liquides et des gaz
  • Une dysbiose : un déséquilibre du microbiome intestinal, fréquemment associé à l’utilisation d’antibiotiques, à des changements alimentaires, au stress ou à la présence de parasites internes

Les facteurs de risque associés à l’hypermotilité chez le cheval comprennent : [4][8]

  • L’ingestion d’aliments inappropriés : les chevaux qui consomment des aliments inappropriés ou toxiques présentent un risque accru de développer de la diarrhée, une entérite et une hypermotilité
  • L’âge : les chevaux plus jeunes, en particulier les poulains, sont plus susceptibles de souffrir d’entérite et d’autres troubles gastro-intestinaux, comme la diarrhée des « chaleurs de lait »
  • Les parasites : les chevaux qui ne sont pas vermifugés régulièrement sont plus susceptibles de développer une hypermotilité digestive en raison de l’irritation intestinale
  • Les changements d’environnement : des changements soudains dans l’environnement du cheval peuvent perturber la composition de son microbiome intestinal

Diagnostic des bruits digestifs anormaux

Lorsqu’un cheval présente des bruits digestifs anormaux, les vétérinaires disposent de divers outils diagnostiques pour en déterminer la cause et établir un plan de traitement approprié. Plusieurs approches peuvent être combinées, notamment : [3][9][10]

  • Examen physique
  • Historique médical et alimentaire
  • Intubation nasogastrique
  • Imagerie diagnostique
  • Abdominocentèse (prélèvement de liquide abdominal)
  • Palpation rectale
L’intubation nasogastrique et la palpation rectale ne doivent être effectuées que par un vétérinaire. Il n’est pas sécuritaire d’intuber un cheval sans supervision vétérinaire.

Traitement et prise en charge

Les protocoles de traitement pour les chevaux présentant des bruits digestifs anormaux varient considérablement en fonction de la cause sous-jacente. Si vous constatez des changements dans les bruits digestifs de votre cheval (diminution, absence, augmentation excessive), consultez rapidement votre vétérinaire afin de déterminer la marche à suivre.

Iléus

L’iléus est une affection grave et potentiellement mortelle qui nécessite une prise en charge rapide et intensive, surtout en période postopératoire. Les principaux objectifs du traitement sont le rétablissement d’une motilité gastro-intestinale normale, la réduction de la douleur et la prévention de complications supplémentaires, comme l’obstruction intestinale. [3][11]

Les options thérapeutiques peuvent inclure : [3][11]

  • La fluidothérapie intraveineuse : pour rétablir l’équilibre électrolytique et l’hydratation
  • Les médicaments prokinétiques : des médicaments comme la lidocaïne sont utilisés pour stimuler le transit intestinal
  • Les analgésiques : des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être prescrits pour soulager la douleur
  • L’intubation nasogastrique : cette procédure est à la fois diagnostique et thérapeutique, puisqu’elle permet de soulager l’accumulation de gaz ou de liquide dans l’estomac
  • Le soutien nutritionnel : selon la gravité de l’iléus, il peut être nécessaire d’arrêter de nourrir certains chevaux ou de leur imposer un régime alimentaire restreint et facile à digérer afin d’éviter une surcharge supplémentaire du système digestif

Hypermotilité

Dans les cas d’hypermotilité, l’objectif est de ralentir le transit, de gérer les symptômes associés, comme la diarrhée, et de corriger la cause sous-jacente du problème. [3][12]

Les options thérapeutiques peuvent comprendre : [3][12]

  • Des médicaments antidiarrhéiques : les chevaux souffrant de diarrhée sévère peuvent avoir besoin de médicaments comme le subsalicylate de bismuth afin de ralentir le transit intestinal et de protéger la muqueuse gastro-intestinale
  • Des médicaments anti-inflammatoires : les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent réduire l’inflammation de la muqueuse intestinale
  • La fluidothérapie et la correction des électrolytes : les chevaux atteints d’hypermotilité, particulièrement ceux présentant une diarrhée marquée, sont exposés à un risque élevé de déshydratation et de déséquilibres électrolytiques
  • Les traitements antiparasitaires : lorsque l’hypermotilité est liée à une infestation parasitaire, des traitements de vermifugation ciblant les parasites en cause peuvent être administrés
  • Les ajustements alimentaires : la réintroduction graduelle d’une alimentation équilibrée peut aider à normaliser la motilité gastro-intestinale. Il est conseillé de donner de petits repas fréquents afin d’éviter de surcharger le système digestif

Prévention

Bien que l’iléus et l’hypermotilité ne soient pas toujours évitables, plusieurs mesures peuvent être mises en place afin de réduire le risque de troubles de la motilité du tube digestif chez le cheval. Les stratégies préventives comprennent :

  • Les transitions alimentaires graduelles : les changements brusques d’alimentation sont associés à des problèmes digestifs. En introduisant progressivement un nouvel aliment, la microflore intestinale du cheval dispose du temps nécessaire pour s’adapter. En cas de doute sur la façon d’effectuer une transition sécuritaire, utilisez notre calculateur de transition alimentaire pour planifier tout changement à la ration de votre cheval.
  • Des horaires de repas réguliers : des horaires de repas réguliers contribuent au bon fonctionnement du tube digestif du cheval.
  • Un apport hydrique adéquat : tous les chevaux doivent avoir un accès constant à de l’eau propre, abondante et fraîche. Une hydratation adéquate aide à prévenir la constipation et la formation de selles dures, lesquelles peuvent perturber la motilité intestinale.
  • Une vermifugation régulière : chez les chevaux, les parasites gastro-intestinaux peuvent provoquer de l’inflammation, une hypermotilité, des modifications du microbiome gastro-intestinal et d’autres problèmes. Le respect du calendrier de vermifugation recommandé par un vétérinaire demeure la meilleure façon de contrôler la charge parasitaire d’un troupeau.
  • La réduction du stress : à l’instar des humains, les chevaux qui subissent du stress peuvent souffrir de troubles digestifs. Des changements environnementaux limités, des sorties à l’extérieur et de l’exercice réguliers, ainsi qu’une socialisation adéquate, contribuent à réduire le stress.
  • Un suivi postopératoire : les chevaux ayant subi une chirurgie abdominale présentent un risque accru d’iléus postopératoire. Une surveillance attentive des bruits digestifs, du niveau d’hydratation et du niveau de confort du cheval est essentielle dans les jours suivant l’intervention.

Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées au sujet des bruits digestifs chez le cheval :

Résumé

Les bruits digestifs constituent un indicateur important de la motilité gastro-intestinale normale chez le cheval. En apprenant à faire un suivi régulier des bruits digestifs des chevaux, les propriétaires et les soigneurs peuvent reconnaître plus facilement les troubles gastro-intestinaux dès les premiers stades.

  • Les borborygmes sont les bruits digestifs produits par le passage des gaz et des liquides dans les intestins du cheval
  • L’auscultation abdominale consiste à écouter les bruits digestifs du cheval à l’aide d’un stéthoscope
  • L’évaluation des bruits digestifs doit être effectuée dans les quatre quadrants abdominaux ; il est recommandé d’établir un point de référence en auscultant régulièrement les bruits digestifs de votre cheval alors qu’il est en bonne santé
  • Des bruits faibles, absents ou constants indiquent des troubles gastro-intestinaux tels que l’iléus (absence de motilité) ou l’hypermotilité (mouvements digestifs excessifs)
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Références

  1. Koenig. J. and Cote. N.,Equine Gastrointestinal Motility — Ileus and Pharmacological Modification. The Canadian Veterinary Journal. 2006. View Summary
  2. Hudson. N. P. H. and Merritt. A. M., Equine Gastrointestinal Motility Research: Where We Are and Where We Need to Go. Equine Veterinary Journal. 2008.
  3. Blikslager. A. T. et al., Eds., The Equine Acute Abdomen. 1st ed. Wiley. 2017.
  4. Reed. S. M. et al., Equine Internal Medicine. Third Edition. Saunders Elsevier, St. Louis, Mo. 2010.
  5. Greene. E. A. and Mastellar. S. L., Knowing What Is Normal for Your Horse. University of Arizona Cooperative Extension. 2022.
  6. Costa. L. R. R. and Paradis. M. R., Manual of Clinical Procedures in the Horse. Wiley Blackwell, Hoboken. 2018.
  7. Rood. K. A. and Tebeau. C., Sand Colic: Risk Factors, Detection, Treatment, and Prevention. Utah State University Cooperative Extension. 2011.
  8. Proudman. C. J. et al., Tapeworm Infection Is a Significant Risk Factor for Spasmodic Colic and Ileal Impaction Colic in the Horse. Equine Veterinary Journal. 1998. View Summary
  9. Manso‐Díaz. G., Ultrasound Examination of the Equine Acute Abdomen. In Practice. 2021.
  10. Sasaki. N. et al., Evaluation of Equine Cecal Motility by Ausculation, Ultrasonography and Electrointestinography after Jejunocecostomy. Research in Veterinary Science. 2008. View Summary
  11. Delesalle. C., Ileus in the Colic Horse: Prognostic Factors and the Role of Serotonin and Serotonergic Receptors. Universiteit Gent. 2008.
  12. Hines. M. T., Equine Diarrhea - an Overview. Equine Internal Medicine. Fourth Edition. 2018.