Lorsqu’on parle d’anesthésie, on fait référence à la perte de sensation et de conscience résultant de l’administration de médicaments anesthésiques. L’anesthésie est une composante essentielle de la médecine vétérinaire, car elle permet de réaliser des interventions chirurgicales ou des examens diagnostiques qui peuvent sauver la vie ou la carrière des chevaux et qui seraient autrement impossibles à réaliser sur ces animaux.

L’anesthésie pour les chevaux peut être générale ou locale. L’anesthésie générale induit une perte de conscience complète et affecte l’ensemble du corps, tandis que l’anesthésie locale n’engourdit qu’une zone spécifique, laissant le cheval conscient.

Les utilisations les plus courantes de l’anesthésie générale en médecine équine comprennent les castrations, les chirurgies reliées aux coliques ainsi que les chirurgies musculo-squelettiques. Bien que les vétérinaires fassent tout leur possible pour prévenir les complications, ces procédures médicales impliquent un risque élevé de mortalité, environ 1 à 2 % des procédures se terminant par une euthanasie ou un décès.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur l’anesthésie générale chez les chevaux, notamment sur la façon dont un cheval est « endormi », les médicaments couramment utilisés, les complications et les stratégies préventives que les équipes vétérinaires utilisent pour les éviter.

Médicaments anesthésiques généraux courants pour les chevaux

Il existe deux types principaux de médicaments anesthésiques utilisés chez les chevaux : intraveineux (dans la circulation sanguine) et par inhalation (inhalés par le cheval). De nombreux protocoles d’anesthésie utilisent une combinaison des deux types. Cependant, il est possible que certaines procédures plus courtes n’aient recours qu’à l’anesthésie intraveineuse. [1]

Anesthésie intraveineuse

Les agents anesthésiques intraveineux sont principalement utilisés pour l’induction (début de l’anesthésie) chez les chevaux. [1] Les vétérinaires peuvent également les utiliser pour maintenir l’anesthésie pour des procédures courtes. [1]

L’agent anesthésique intraveineux le plus courant est la kétamine, bien que certains praticiens puissent utiliser la tilétamine ou le thiopental. [1] La kétamine est un anesthésique dissociatif qui empêche les nerfs excitateurs, les nerfs qui stimulent les muscles et les tissus, de s’activer. [2] La kétamine peut également fournir un léger contrôle de la douleur lors des interventions chirurgicales. [2]

Les vétérinaires combinent la kétamine avec un autre agent anesthésique, car l’utilisation de ce médicament seul peut provoquer des convulsions. [1] Les médicaments couramment combinés avec la kétamine pour l’anesthésie intraveineuse comprennent : [1]

  • La xylazine
  • La détomidine
  • La romifidine
  • Le diazépam ou le midazolam
  • La guaïfénésine

Ces médicaments procurent une relaxation musculaire et une sédation avant l’administration de la kétamine, réduisant ainsi le risque de convulsions. [2]

Anesthésie par inhalation

L’anesthésie par inhalation est courante dans les procédures plus longues, car elle fournit une dose constante d’agent anesthésique au cheval, garantissant qu’il ne se réveille pas pendant la procédure. [1]

L’équipe vétérinaire administre ces médicaments via un tube endotrachéal, un tube en plastique inséré dans la trachée du cheval pour fournir de l’oxygène et l’agent anesthésique. [1]

Lorsque les chevaux respirent sous anesthésie par inhalation, le médicament s’accumule dans les poumons du cheval et est rapidement absorbé par les petits vaisseaux sanguins, produisant un effet anesthésiant. [1] La concentration de médicament dans les poumons du cheval détermine le niveau d’anesthésie atteint. [1]

Une fois la procédure terminée, l’équipe vétérinaire arrête d’administrer l’anesthésique par inhalation via l’alimentation en air du cheval. Au fur et à mesure que le cheval respire, l’air non médicamenteux remplit les poumons du cheval, réduisant la concentration d’agent anesthésique. [1] Une fois que la concentration du produit anesthésiant baisse suffisamment, le cheval se réveille. [1]

L’agent anesthésiant par inhalation le plus couramment utilisé aujourd’hui est l’isoflurane. [1] Ce médicament stimule rapidement l’anesthésie et a une courte période de récupération dans la plupart des cas. [1] D’autres agents par inhalation utilisés chez les chevaux comprennent : [1]

  • L’halothane
  • Le sévoflurane
  • Le desflurane

Le mécanisme d’action exact des anesthésiques par inhalation est inconnu. [2] Ils empêchent probablement l’activité des nerfs quittant la moelle épinière et le cerveau, ce qui entraîne une immobilité et une perte de conscience. [2]

Utilisations de l’anesthésie générale

À moins que cela ne soit absolument nécessaire, les vétérinaires ont tendance à éviter d’utiliser l’anesthésie générale pour les chevaux, car elle comporte des risques importants.

Par conséquent, l’anesthésie générale est réservée aux procédures où le cheval doit être complètement inconscient. Pour d’autres procédures, la sédation en position debout est priorisée car elle présente un risque plus faible de complications.

Les procédures courantes effectuées sous anesthésie générale incluent : [3]

Certains vétérinaires peuvent utiliser l’anesthésie générale pour traiter les chevaux n’ayant pas l’habitude d’être manipulés, pour la sécurité du cheval et du personnel impliqué.

Les chevaux éprouvant un stress ou une anxiété élevés ne répondent pas entièrement aux médicaments sédatifs utilisés dans la sédation en position debout, ce qui peut entraîner des mouvements brusques potentiellement dangereux pour les manieurs. Une anesthésie générale administrée dans un couloir de contention ou par fusil à injection peut être nécessaire pour ces types de chevaux.

Procédure d’anesthésie

L’anesthésie générale est une procédure à haut risque pour les chevaux et souvent, les propriétaires ne sont pas présents pour la procédure. Une meilleure compréhension du déroulement exact de l’anesthésie générale peut aider à apaiser certaines des angoisses ressenties par les propriétaires par rapport à cet acte médical.

L’anesthésie générale chez les chevaux se déroule en cinq étapes :

  • La préparation
  • L’induction
  • Le positionnement
  • La surveillance
  • Le réveil

1. Préparation

Avant l’intervention, le vétérinaire évalue l’état de santé général du cheval pour déterminer s’il existe des anomalies susceptibles d’affecter la procédure anesthésique. [2] Ces résultats peuvent influencer le choix des médicaments utilisés par l’anesthésiste ou le type de procédure anesthésique employée. [2]

Contrairement à la médecine humaine et à d’autres espèces vétérinaires, les vétérinaires équins ne recommandent généralement pas le jeûne avant l’anesthésie. [2] Cependant, les céréales doivent être retirées de l’alimentation du cheval 12 heures avant l’anesthésie. [2]

En préparation pour l’anesthésie, le vétérinaire administre un sédatif ainsi que tous les autres médicaments nécessaires avant l’intervention. Ces médicaments peuvent inclure : [2]

  • Des médicaments anti-inflammatoires
  • Des antibiotiques
  • D’autres médicaments spécifiques à la procédure

Il pose également un cathéter intraveineux, ce qui permet un accès facile à la circulation sanguine pendant la procédure. [2]

Si le cheval doit être intubé (avec un tube placé dans sa trachée pour lui administrer de l’oxygène), le vétérinaire rince également la bouche du cheval pour éliminer tout débris alimentaire et prévenir une obstruction œsophagienne. [2]

2. Induction

De nombreux hôpitaux équins disposent de grandes salles rembourrées pour l’induction de l’anesthésie. L’équipe vétérinaire place le cheval sous sédation à côté d’un mur rembourré, puis maintient un panneau rembourré de l’autre côté du cheval. Cela permet à ce dernier de tomber contre une surface confortable une fois que l’équipe administre l’anesthésie général.

Certaines procédures d’anesthésie générale ont lieu à la ferme, où les salles rembourrées ne sont pas disponibles. Dans ces cas, le vétérinaire choisit un endroit sûr, dégagé, avec une surface adéquate pour induire l’anesthésie. Après l’administration de l’anesthésie général, le vétérinaire utilise la tête du cheval pour contrôler sa chute et s’assurer qu’il tombe dans une zone sécuritaire.

Pour les procédures de plus d’une heure, de nombreux vétérinaires utilisent une sonde endotrachéale pour aider à fournir de l’oxygène au cheval. [2] Bien que les chevaux puissent respirer par eux-mêmes sous anesthésie, le poids de leurs gros organes abdominaux peut appuyer contre les poumons et rendre la respiration inefficace. Pour les procédures plus longues, cela peut entraîner une hypoxie (faible taux d’oxygène dans le sang) qui peut endommager les organes internes.

Une fois le cheval au sol, l’équipe vétérinaire place le tube dans la trachée du cheval par la bouche. Le tube est relié à un respirateur (ventilateur pulmonaire), une machine spécialisée qui fournit de l’oxygène et gonfle les poumons. Pour les chevaux recevant une anesthésie par inhalation, le ventilateur fournit également ce médicament à chaque respiration. [2]

3. Positionnement

Le décubitus prolongé (position allongée) associé à l’anesthésie n’est pas normal pour les chevaux, car ils passent la plupart de leur temps debout. Le fait de rester allongé pendant de longues périodes exerce une pression accrue sur les muscles, la peau et les os du cheval en raison de son poids corporel important. [2]

Il s’agit d’un facteur important à considérer lorsque l’équipe vétérinaire se prépare à une procédure anesthésique. Une pression prolongée sur le corps peut entraîner : [2]

  • Des dommages musculaires
  • Des plaies cutanées
  • Des lésions nerveuses

En gardant cela à l’esprit, l’équipe vétérinaire choisit une position qui maximise le confort du cheval, tout en permettant un accès à la zone d’intervention. [2] Certaines procédures peuvent nécessiter que le cheval soit allongé sur le côté, tandis que d’autres peuvent nécessiter que le cheval soit couché sur le dos. [2]

Pour aider à prévenir les dommages aux tissus, de nombreux vétérinaires utilisent des coussins en mousse pour positionner le cheval. [2] Ces coussins aident à répartir la pression et permettent à l’équipe vétérinaire de placer le cheval dans la position la plus anatomiquement confortable possible. [2]

Ils retirent également le licou du cheval, car les boucles métalliques peuvent causer des lésions tissulaires importantes lorsqu’elles appuient contre le visage du cheval pendant une longue période. [2]

4. Surveillance (aussi appelée maintien)

La surveillance de la santé du cheval sous anesthésie est très importante pour prévenir les complications anesthésiques.

Le type de surveillance dépend de l’équipement dont dispose l’équipe vétérinaire. De nombreux hôpitaux vétérinaires équins disposent d’un équipement de surveillance de pointe pour leurs longues procédures anesthésiques. Les vétérinaires effectuant de courtes procédures à la ferme utilisent généralement une combinaison d’équipements portables et de leur stéthoscope.

Les composants courants de la surveillance anesthésique incluent : [1][2]

  • L’évaluation du niveau d’anesthésie
  • La pression artérielle
  • La fréquence et le rythme cardiaques
  • La fréquence respiratoire
  • Le niveau d’oxygène dans le sang
  • La température corporelle

5. Réveil

Une fois la procédure terminée, l’équipe vétérinaire réveille le cheval de l’anesthésie. [2] De nombreuses complications associées à l’anesthésie surviennent pendant la période de réveil. [2]

À l’hôpital, l’équipe vétérinaire déplace le cheval dans une salle rembourrée avec un sol antidérapant. [2] On place généralement le cheval sur un coussin en mousse ou un matelas pneumatique pour éviter les dommages aux tissus. [2] L’équipe enveloppe également les jambes du cheval et place un licou rembourré sur sa tête pour éviter les blessures lorsque ce dernier tente de se lever. [2]

La plupart des équipes administrent une dose de sédatif pour aider à garder le cheval calme pendant son réveil. [2] Une sédation supplémentaire garantit que le cheval n’essaie pas de se lever trop tôt, alors qu’il ressent encore les effets du produit anesthésiant. [2] Ils peuvent également couvrir les yeux du cheval, tamiser les lumières et créer un environnement calme pour éviter que des stimuli soudains ne réveillent le cheval trop tôt. [2]

Selon la préférence de l’équipe vétérinaire, on peut laisser le cheval récupérer sans assistance (par lui-même) sous supervision, ou on peut utiliser des cordes ou des harnais pour aider le cheval à se lever. [2][4]

La période de réveil peut être très dangereuse pour le personnel en raison des mouvements imprévisibles du cheval, de sorte que de nombreuses équipes vétérinaires optent pour le réveil sans assistance. [2]

À la ferme, la plupart des réveils après une anesthésie se font sans assistance. En général, un membre de l’équipe vétérinaire maintient la tête et le cou du cheval au sol aussi longtemps que possible, afin de s’assurer que l’effet de l’anesthésie se soit dissipé avant que le cheval ne tente de se lever. [2] Une fois que le cheval commence à essayer de se lever, l’équipe vétérinaire reste à une distance sécuritaire pour assurer la sécurité du personnel.

Les chevaux peuvent prendre jusqu’à 90 minutes pour se réveiller de l’anasthésie, selon le type de produit anesthésiant utilisé. [4]

Une fois que le cheval s’est levé avec succès, il est étroitement surveillé pendant que l’effet résiduel de l’anesthésie et de la sédation se dissipe. Une fois que le cheval peut marcher confortablement et semble alerte, il peut retourner à son box ou son enclos pour les soins postopératoires.

Complications

Les complications liées à l’anesthésie générale sont relativement courantes chez les chevaux par rapport aux autres espèces. Le taux de mortalité estimé chez les chevaux est d’environ 1 à 2 %. [5][6] Pour les chevaux subissant une chirurgie d’urgence, le taux de mortalité peut être aussi élevé que 10 %. [6]

Les facteurs qui augmentent le risque de complications liées à l’anesthésie chez les chevaux incluent : [6]

  • Le type de chirurgie, les chirurgies orthopédiques et celles liées aux coliques ayant les taux de mortalité les plus élevés
  • L’âge du cheval, les chevaux plus âgés présentant un risque plus élevé
  • Le type de procédure anesthésique utilisée
  • La position du cheval pendant la procédure

Les équipes vétérinaires emploient de nombreuses mesures préventives pendant le processus anesthésique pour réduire le risque de complications. Les mesures courantes incluent la surveillance de la santé, un rembourrage et un positionnement appropriés, ainsi que la conception de protocoles d’anesthésie spécifiques aux besoins individuels du cheval.

Les complications courantes pendant l’anesthésie incluent : [5]

  • Une pression artérielle basse ou élevée
  • Un faible taux d’oxygène dans le sang
  • Une fréquence cardiaque basse ou élevée
  • Des rythmes cardiaques anormaux
  • Une hémorragie (saignement externe ou interne)
  • Des réactions allergiques aux agents anesthésiques

Une complication potentiellement mortelle pendant l’anesthésie générale par inhalation est l’hyperthermie maligne (HM). Cette pathologie déclenche une libération exagérée de calcium dans les muscles squelettiques, entraînant des contractions musculaires extrêmes. Le cheval reste en spasme et l’activité musculaire anormale fait monter la température corporelle à des niveaux dangereux. [7] Le gène de l’HM a été identifié chez les Quarter Horses, mais pas chez d’autres races.

L’équipe vétérinaire tente de traiter ces complications au fur et à mesure qu’elles surviennent. Dans certains cas, la procédure peut se poursuivre si le cheval répond au traitement administré. [2] Si le problème persiste, l’équipe peut abandonner la procédure pour la sécurité du cheval.

La plupart des complications anesthésiques associées à la mortalité surviennent pendant le réveil, lorsque les chevaux peuvent agir de manière imprévisible et se blesser. Pendant la période de réveil, les complications courantes incluent : [5]

  • Des fractures des membres
  • Des lésions des tissus mous
  • Une paralysie nerveuse

L’utilisation d’une salle et d’un sol rembourrés pour le réveil peut aider à prévenir ces blessures. [2] D’autres stratégies incluent : [2]

  • Envelopper les jambes du cheval
  • Mettre un bandage par dessus les fers du cheval
  • Opter pour un sol antidérapant

Certaines équipes vétérinaires utilisent des techniques de réveil assisté telles que des cordes ou des harnais pour aider à stabiliser le cheval lorsqu’il se lève pour la première fois, dans le but de prévenir les blessures dues aux chutes. [2]

Les chevaux peuvent également développer une obstruction des voies respiratoires supérieures ou du liquide dans les poumons pendant la période de réveil. [2] Ces affections peuvent rapidement causer la mort si elles ne sont pas identifiées et traitées immédiatement. [2] Pour cette raison, le réveil suivant l’anesthésie est surveillé de près et des médicaments d’urgence sont gardés à proximité de la salle de réveil. [2]

Foire aux questions

Voici quelques questions fréquemment posées sur l’anesthésie générale chez les chevaux :

Résumé

L'anesthésie fait référence à la provocation d'une perte de sensation et de conscience via l'administration de médicaments.

  • L'anesthésie générale permet de réaliser des interventions chirurgicales et d'autres traitements qui seraient impossibles à réaliser sur un cheval conscient
  • Les procédures les plus courantes effectuées sous anesthésie générale sont les castrations, les chirurgies reliées aux coliques et les chirurgies musculo-squelettiques
  • L'anesthésie générale a un taux de mortalité élevé chez les chevaux par rapport aux autres espèces
  • Les équipes vétérinaires utilisent plusieurs mesures préventives pour réduire le risque de mortalité lors de procédures impliquant une anesthésie
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Références

  1. Taylor, P. M. and Clarke, K. W. Handbook of Equine Anaesthesia. 2nd ed. Elsevier Saunders, Edinburgh; New York. 2007.
  2. Doherty, T. et al., Eds. Manual of Equine Anesthesia and Analgesia. 1st ed. Wiley. 2022.
  3. Reed, S. M. et al. Equine Internal Medicine. 3rd ed. Saunders Elsevier, St. Louis, Mo. 2010.
  4. Clark-Price, S. C. Recovery of Horses from Anesthesia. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2013. View Summary
  5. Wagner, A. E. Complications in Equine Anesthesia. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2008. View Summary
  6. Senior, J. M. Morbidity, Mortality, and Risk of General Anesthesia in Horses. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice. 2013. View Summary
  7. Waldron-Mease, E. et al., Malignant hyperthermia in a halothane-anesthetized horse.. Journal of the AVMA. 1981.