Lorsqu’on demande à l’athlète et entraîneuse de dressage de niveau FEI Allie Schmidt où a commencé sa carrière équestre, elle répond en plaisantant : « dans le ventre de ma mère ». La mère d’Allie, cavalière passionnée tout au long de sa vie adulte, lui a transmis l’amour des chevaux dès son plus jeune âge.
Ayant grandi dans une famille bien ancrée dans le milieu équestre, il n’est pas étonnant qu’Allie ait développé un lien profond avec les chevaux qui l’entouraient. Adolescente, elle dirigeait déjà son propre programme d’entraînement depuis l’écurie familiale de Campbellville, en Ontario, et, à la fin du secondaire, elle concourait déjà en dressage au niveau Junior FEI.
Aujourd’hui, Allie est coach de haute performance certifiée par Canada Équestre, athlète et entraîneuse active en compétition, tant sur la scène nationale qu’au niveau FEI. Toutefois, son ascension jusqu’aux plus hauts échelons du dressage n’a pas été de tout repos au niveau personnel.
À la découverte du dressage : les débuts d’Allie
Allie a fait ses débuts en équitation au sein du Pony Club et lors de compétitions locales, sa mère étant sa première entraîneuse. Même si elle appréciait l’excitation du saut d’obstacles et du concours complet, c’est dans le manège de dressage qu’elle s’est vite démarquée.
Elle a progressé jusqu’à concourir au Premier Niveau à l’échelle régionale et a représenté l’ouest de l’Ontario à deux reprises lors de la finale nationale de dressage du Canadian Pony Club.
Cavalière polyvalente, Allie a gardé l’esprit ouvert lorsqu’elle a commencé à monter Walkin’ Shoes, un hongre hanovrien né en 2002 qui allait marquer sa carrière pour les années à venir. « Je l’ai essayé en concours complet. Il n’a pas aimé ça! » dit-elle en riant. Après une expérience similaire en saut d’obstacles, elle a compris que « Shoey » avait lui aussi une prédisposition naturelle pour le dressage.
Grâce aux compétences bien harmonisées du cheval et de la cavalière, la carrière compétitive d’Allie a continué de progresser. Les niveaux supérieurs du dressage lui sont rapidement devenus accessibles.
Le hasard a fait que David Marcus, cavalier olympique canadien et athlète de niveau Grand Prix sur la scène internationale, avait un centre équestre à proximité. L’esprit compétitif d’Allie l’a alors poussée à viser un entraînement de dressage plus rigoureux. « Si c’est ce que tu veux vraiment, va lui parler », lui a dit sa mère pour l’encourager à foncer.
Après plusieurs tentatives pour contacter cet entraîneur très sollicité, la persévérance d’Allie a porté fruit lorsqu’elle a repéré David à un concours local et a décidé de l’aborder directement. « Il venait de descendre d’un cheval, il était encore en sueur dans sa redingote. J’étais nerveuse! » se souvient-elle.
Impressionné par son sens de l’initiative, David a accepté de prendre la cavalière débutante sous son aile.
Grâce aux conseils de l’entraîneur, les compétences de dressage d’Allie se sont rapidement développées. Moins d’un an plus tard, elle participait à des compétitions Or au Premier Niveau en Ontario et, à 18 ans, elle avait atteint le niveau Junior FEI.
Un défi inattendu
Alors que la talentueuse cavalière gravissait les échelons sur la scène internationale, son succès apparent masquait une lutte intérieure silencieuse. La confiance inébranlable qui l’avait portée jusque-là s’effritait discrètement sous le poids des attentes croissantes.
« Ce n’était pas une bonne saison », confie-t-elle à propos de sa première année sur le circuit Junior FEI. « Mes notes baissaient de plus en plus à chaque concours. » Allie était prise dans une spirale d’anxiété autoréalisatrice qui menaçait de faire dérailler sa carrière juste au moment où elle prenait son envol.
Par moments, la cavalière a été tentée de tout abandonner, assaillie par les doutes qui la suivaient jusque dans le manège, mais elle a fini par briser le cycle.
Elle a progressivement découvert, grâce à une combinaison d’entraînement professionnel, de soutien psychologique et de progrès constants en compétition, qu’il était possible de surmonter les pressions mentales liées aux concours.
À mesure que sa confiance et son plaisir de monter refaisaient surface, ses résultats s’amélioraient. Allie parle avec passion de cette expérience, et elle est aujourd’hui une figure inspirante qui aide la relève à gagner en confiance, autant en compétition que dans la vie de tous les jours.
Le poids des attentes : gérer l’anxiété de performance
La transition vers la compétition internationale a apporté son lot de défis. Allie pouvait rivaliser avec les meilleures, mais en coulisse, se souvient-elle, « j’étais très anxieuse ».
Elle peinait à s’adapter à certains changements apportés à son programme d’entraînement en raison de son récent succès. « J’étais différente de beaucoup de mes pairs de concours en grandissant, car je n’avais pas toujours un coach avec moi. Je ne pouvais pas toujours me le permettre financièrement. »
En tant que cavalière habituée à s’entraîner seule, elle avait l’habitude d’assumer seule la responsabilité autant de ses victoires que de ses échecs. Cependant, avec la compétition qui s’intensifiait et la présence d’un entraîneur réputé à ses côtés, la pression mentale s’intensifiait.
« J’ai découvert quelque chose sur moi cette saison-là; c'était le fait d'avoir un coach qui déclenchait mon anxiété... Soudainement, j’avais peur de le faire mal paraître si j’échouais, ce qui, paradoxalement, me faisait échouer. »
— Allie SchmidtAthlète de haute performance avec Mad Barn
La maîtrise de l’aspect mental
Consciente de la nécessité d’effecteur une préparation mentale, Allie, alors âgée de 18 ans, a fait appel à un psychologue du sport. « On a beaucoup travaillé sur la visualisation, l’identification des éléments déclencheurs anxiogènes et la reprogrammation mentale afin de les associer à quelque chose de positif. »
Elle a aussi appris à se fixer des objectifs axés sur le processus, ce qui lui a permis d’avancer progressivement au lieu de se concentrer uniquement sur des résultats hors de son contrôle.
Selon Allie, le chemin n’a pas toujours été facile. La leçon la plus précieuse qu’elle en a tiré a été d’apprendre à communiquer des émotions positives à son cheval, tout comme à en recevoir de sa part, dans les moments où ils en ont tous deux le plus besoin.
« Et maintenant, je ne ressens pratiquement plus d’anxiété. Ça m’a vraiment aidé », sourit-elle.
Trouver l’équilibre : études et entrepreneuriat équestre
Entre les cours et les examens à l’Université Wilfrid Laurier, Allie a jeté les bases de sa future entreprise, Allie Schmidt Dressage, en se déplaçant chez ses clients pour donner des leçons privées.
Sa carrière de coach a rapidement pris un tournant décisif; en 2016, elle a été invitée à s’installer à Winterwood Farms, un centre équestre réputé situé près de l’université à Waterloo en Ontario, pour y diriger son école.
De retour sur le circuit Or ontarien, elle s’est peu à peu forgé une solide réputation de coach et cavalière. En 2018, en compagnie de quatre chevaux différents, est est montée sur 42 podiums, dont la moitié était pour la première place. « Cette année-là, j’ai vraiment commencé à comprendre…surtout en ce qui concerne la gestion des chevaux de mes clients », dit-elle.
Allie compare son expérience de coach au Canada, où « il n’existe pas vraiment de guide sur comment devenir un bon entraîneur », avec la formation et l’accréditation plus formelles offertes en Europe. Selon elle, en tant qu’entraîneur débutant au Canada, « tu dois un peu te débrouiller tout seul! » dit-elle en riant à moitié.
Malgré toute son humilité et sa grâce, Allie a bel et bien trouvé la clé du succès. Elle encadre aujourd’hui plus de 60 clients et leurs chevaux tout au long de la saison de concours nord-américaine, tout en poursuivant sa propre carrière compétitive avec passion.
Renforcer l’autonomie des cavaliers : l’approche holistique d’Allie en tant que coach
Le stress des concours est une réalité avec laquelle de nombreux cavaliers doivent composer. Certains évitent même complètement les concours. Comme Allie le comprend maintenant, transformer la peur de l’échec en réussite passe par une préparation mentale adéquate.
Véritable conquérante de son propre état d’esprit, Schmidt redonne aujourd’hui au suivant. Au sein de son entreprise Allie Schmidt Dressage, elle intègre le développement de la confiance et la fixation d’objectifs dans son programme. Sa mission : enseigner à une nouvelle génération de cavaliers comment prendre le contrôle de leur propre parcours.
Pour les jeunes cavaliers qui découvrent tranquillement les exigences techniques et émotionnelles du monde des sports équestres, la transparence dont Allie fait preuve est rafraîchissante. Elle parle ouvertement de la façon dont elle a surmonté l’anxiété à laquelle elle a fait face dans le manège à un stade critique de sa carrière.
L’ouverture d’Allie sur son anxiété en piste, à un moment clé de sa carrière, offre un soulagement bienvenu aux jeunes qui affrontent seuls les exigences du sport équestre.
Depuis trois ans, avant chaque saison de concours, Allie organise une journée complète avec ses élèves, axée sur la planification à long terme et la psychologie du cavalier.
Aux côtés d’un psychologue du sport qui connaît bien les pressions spécifiques du sport équestre, elle anime une session de travail en petits groupes centrée sur la fixation d’objectifs, donnant à chaque cavalier l’occasion de se concentrer sur la saison à venir.
« À l’adolescence, on traverse tellement de changements et on est déjà très stressé. Je pense que c’est vraiment important que les jeunes comprennent que c’est normal et qu’il existe des outils pour les aider. »
— Allie SchmidtAthlète de haute performance avec Mad Barn
Elle encourage ses élèves à décortiquer les ambitions vagues ou psychologiquement intimidantes – telles que « gagner plus de premières places » – en « micro-objectifs » concrets que chaque cavalier peut atteindre et maîtriser.
« On ne peut pas contrôler si l’on finit premier », explique-t-elle. Elle propose plutôt à ses éléves une approche plus valorisante : la méthode SMART (Spécifique, Mesurable, Approprié, Réaliste et Temporel), largement utilisée dans le milieu des affaires, de l’éducation et du sport. Grâce à cet outil, le groupe travaille ensemble à définir des objectifs centrés sur l’amélioration continue et le développement des compétences.
« Des objectifs qui ne reposent pas sur les rubans permettent de progresser et de ressentir un sentiment de réussite, et ces étapes mènent à leur tour à de meilleurs résultats. Il ne faut pas faire du ruban une fin en soi », conseille-t-elle.
Définir et suivre des objectifs propres à chaque cavalier demande beaucoup de travail, mais c’est une structure en laquelle Allie croit fermement. En encourageant une mentalité axée sur le développement et en célébrant les petites victoires, Allie donne à ses élèves les moyens de rester optimistes et motivés, même lorsqu’ils rencontrent des obstacles.
Forger des gagnants : bien-être équin et alimentation axée sur le fourrage
L’approche d’Allie en matière de développement personnel et sportif s’applique également à ses athlètes équins. Elle adopte une vision holistique de la performance de ses chevaux en collaborant étroitement avec des experts comme les nutritionnistes équins qualifiés de Mad Barn, afin d’optimiser leur alimentation en fonction des exigences liés à la haute performance.
En 2024, Allie Schmidt a commencé à travailler avec les nutritionnistes de Mad Barn, qui ont élaboré un plan alimentaire personnalisé pour chacun de ses chevaux de performance.
Allie a été impressionnée par le degré de précision requis pour concevoir un plan alimentaire optimisé pour la performance. « Ils pèsent chaque portion de chaque aliment et, à partir de ça, produisent une analyse complète », explique-t-elle.
« J’ai reçu des notes détaillées pour chaque cheval, et ils m’ont proposé de petits ajustements pour corriger les déséquilibres dans l’alimentation. J’ai énormément appris, et j’utilise maintenant ce cadre pour orienter mes choix alimentaires pour tous mes chevaux. »
Mad Barn a également joué un rôle essentiel en aidant Allie à apporter un soutien ciblé à ses chevaux qui ont besoin d’un coup de pouce supplémentaire. Elle est particulièrement satisfaite de la manière dont ses chevaux réagissent à l’huile w-3 et à la spiruline, qu’elle utilise pour fournir des calories fraîches ainsi qu’un soutien antioxydant à ses chevaux qui travaillent dur.
« Avec les suppléments, il y a tellement d’éléments sur l’emballage – des allégations et autres – qu’il est difficile de savoir ce qui est vrai ou non. Avec Mad Barn, tout est tellement clair et logique. »
— Allie SchmidtAthlète de haute performance avec Mad Barn
Outre son intérêt pour la nutrition, Allie accorde une grande importance aux sorties à l’extérieur en liberté et à une vie aussi naturelle que possible pour ses chevaux.
Elle veille à ce que tous ses chevaux, y compris ses montures de compétition, bénéficient de suffisamment de temps pour brouter et socialiser en petits groupes, ayant constaté elle-même combien cela contribue à leur bien-être général et à leur préparation pour l’entraînement et la compétition.
Faire tomber les barrières pour les cavaliers canadiens
Alors qu’Allie se projette dans l’avenir, sa priorité demeure le développement athlétique à long terme de ses chevaux et de ses cavaliers. « Je suis vraiment emballée quand mes élèves réussissent! », lance-t-elle en riant.
La réputation d’Allie en tant qu’entraîneuse lui permet de se concentrer sur la performance. « Je suis beaucoup plus sélective qu’au début. Je veux des élèves dont les objectifs sont alignés avec la direction de mon programme – vers la haute performance. Ils n’ont pas besoin d’être compétitifs, mais ils doivent être sérieux et vouloir progresser. »
En tant que cavalière et entraîneuse de dressage basée au Canada, Allie a rencontré des défis uniques comparativement à ses homologues qui passent leurs hivers sous les climats plus cléments de la Floride ou de la Californie. « C’est difficile quand on ne bénéficie pas d’un important soutien financier », reconnaît Allie, qui, vu son expérience, sait à quel point un manque de ressources peut freiner le développement d’un cavalier.
Elle apprécie le soutien d’organismes comme Équestre Canada, qui organisent des collectes de fonds pour les équipes nationales, mais comme elle le souligne : « Arriver à se qualifier pour l’équipe par ses propres moyens n’est pas chose facile. »
Malgré ces défis, Allie a su maintenir un haut niveau d’entraînement et de compétition, autant pour elle-même que pour ses élèves.
À titre d’exemple, elle s’appuie sur un réseau de collègues professionnels, dont les cavalières olympiques canadiennes de dressage Megan Lane et Belinda Trussell, qui travaillent régulièrement avec Allie et ses chevaux.
Allie est également une pionnière dans l’utilisation des technologies de coaching virtuel, ce qui lui permet de collaborer avec des entraîneurs internationaux de haut niveau, même si ces derniers sont basés à l’étranger.
Enfin, Allie tire pleinement parti du calendrier estival de compétitions, se concentrant sur le solide circuit ontarien et participant de façon sélective à des concours importants comme ceux de Devon, en Pennsylvanie et de Bromont, au Québec, lorsque le calendrier et les ressources le permettent.
Avec pour objectif de se qualifier pour les Jeux panaméricains de 2027 et les Jeux olympiques de 2028, Allie est bien placée pour faire sa marque sur la scène internationale. Sa capacité à surmonter l’adversité pour atteindre les plus hauts échelons est une véritable source d’inspiration pour chaque jeune cavalier qui se demande s’il en est capable. En restant fidèle à elle-même, elle montre la voie aux cavaliers canadiens et prouve au monde entier ce qu’un lien fort avec son cheval, allié à de l’ambition et à une solide éthique de travail, peuvent accomplir.












